EMMANUEL LOOTEN, POÈTE DU 20E SIÈCLE
- Dominique Neirynck
- 23 mars
- 31 min de lecture
Dernière mise à jour : 1 nov.
Néerlandicité 9
Un acteur du "mouvement d'avant-garde" des années 1950 et 1960 : dans le cercle des Michel Tapié, René Drouin, Georges Mathieu, Salvador Dali.
À Paulette Lieven, mon institutrice
En 1959, à Steenvoorde, Paulette Lieven m’apprend à lire. Sur jan de Hollande, un livre exceptionnel, que je possède toujours. Le livre est édité en 1954 par Flammarion, dans la mythique collection Le Père Castor : créée par Paul Faucher et Lida Durdikova en 1931 (elle compte aujourd’hui 2000 titres) elle popularisera l’illustration des livres pour enfants. Le livre était rédigé par Jean-Michel Guilcher, devenu ensuite ethnologue, mort en 2017 à 102 ans. Le livre était illustré par Gerda Muller, née en 1926 à Naarden aux Pays-Bas, illustratrice des albums du Père Castor (souvenez-vous : Les trois petits cochons, Les bons amis, Marlaguette, c’était elle) ; Gerda Muller est aujourd'hui à l'Ecole des Loisirs et, au printemps 2019, à 92 ans, illustre son dernier ouvrage : L'apprenti Sorcier ! jan de Hollande forgera la culture néerlandaise du Flamand que je suis. Pour la vie.

Arthur Van Hecke, Charles Looten, Andrée Aroz... témoins et passeurs d'héritage
Ils m’ont fait découvrir Emmanuel Looten voici 50 ans : son frère Charles Looten, son épouse Andrée Aroz, le peintre Arthur Van Hecke. Autant de témoins et passeurs d’héritage. Le 30 juin 1974, Emmanuel Looten nous quitte, à Bergues. Poète mais aussi dramaturge, critique, conférencier. Né en 1908, il fait paraître À cloche-rêve, son premier ouvrage, en 1939, et reçoit le Prix de poésie de l’Académie Française en 1949. Il sera l’ami proche du peintre Arthur Van Hecke, du critique d’art, éditeur et peintre Michel Tapié. Il est l’un des chantres exceptionnels de la Flandre : "Nos Flandres sont douces. Elles sont Gezelle ou Erasme. Elles sont fortes : elles sont Jean Bart ou Barentz" (La poésie aux yeux de cœur, exposé à la Faculté des Lettres de Lille, 1951). Je n’ai pas connu Emmanuel Looten : ce sont ces rencontres qui m’ont montré le chemin… Tout d’abord l’amitié avec Arthur Van Hecke et Lucette, qui m’amènera à apprendre beaucoup sur lui, et à en conserver la mémoire. Arthur Van Hecke me parle de "Manu" à chaque échange… soit des dizaines de fois ! A la fin des années 1970 je me rends à 6 reprises chez Charles Looten, le frère d’Emmanuel, à Bergues ; il me prête tous les ouvrages d’Emmanuel Looten. En 1978 Marie-Jeanne et moi rencontrons Andrée Aroz, l’épouse d’Emmanuel, 4 ans après la mort de ce dernier, chez elle à Golfe-Juan. Je prépare alors, pour le plaisir, un projet de livre reprenant 150 poèmes sur la Flandre, que je compile et saisis, prêts à être diffusés. Ce qui me vaut une réaction de sidération positive d’Arthur Van Hecke… Pour me remercier Arthur m’offre une superbe marine qu’il vient de terminer ! Cadeau magnifique.
Petit-fils de son frère Charles : Christophe Looten ; petit-fils d'Emmanuel : Eric Looten
Aujourd’hui, son petit-neveu, le musicologue et compositeur d’opéra et de musique contemporaine Christophe Looten, m’aura aidé à rédiger cet article. Sa correspondance aura été abondante avec Emmanuel Looten. Début 2018 il me met en contact avec le petit-fils d’Emmanuel, Eric Looten, né en 1981 ; Eric, après l’Esigelec (Ecole supérieure d’ingénieurs en génie électrique), un Master de sciences à l’université de Dublin, enfin HEC, est l’un des 3 associés de Abyss Energie, entreprise conseil dans le domaine du pétrole. Merci à Philippe Looten, fils de Charles, neveu d'Emmanuel Looten, longtemps à la tête de l'entreprise Looten, pour ses encouragements et sa validation du présent article.
Une très grande amitié entre Emmanuel Looten et Arthur Van Hecke... "Un poème de Looten c'est la musique des mots."
Emmanuel Looten fut d’abord un physique : en 1928 il est Champion de Flandre aux 100 mètres, en atteignant 11 secondes. Il obtient son Brevet de pilote d’avion en 1936 et sert comme aviateur pendant la 2e Guerre mondiale ; il reçoit la Croix de guerre. Voici ce qu’Arthur Van Hecke me dit de lui en 1979 : "Il est impossible de synthétiser Manu en quelques mots. C’est comme si on voulait définir un peintre en montrant l’une de ses toiles. C’est un être complexe, très complexe et très naturel à la fois. Il était en perpétuelle ébullition, une ébullition qui paraissait compliquée à ceux qui ne le connaissaient pas, et qui en fait pouvait être très simple pour ceux qui le connaissaient. (…) Jamais je n’ai essayé de comprendre un texte de Manu. Cela ne m’est pas venu à l’esprit et je n’en éprouve aucun besoin. Un poème de Looten c’est la musique des mots. Quand j’écoute de la musique, je ne cherche pas à comprendre ce que l’auteur a écrit ! Peu importe ! Je me laisse aller à un plaisir des sens. (…) Manu employait très souvent le mot de manouvrier. Mais il lui redonnait toute sa noblesse. Manu était un manouvrier de la poésie. (…) Toute création est sacrale. Toute création authentique. Manu disait volontiers : je suis entré en poésie comme on entre en religion. C’était vrai. (…) Le drame de Manu c’est cette solitude. Alors, automatiquement, il plongeait dans la poésie à corps perdu." (interview dans le magazine Plein.Nord La Gazette, octobre-novembre 1979). Emmanuel Looten, pour sa part, lui avait exprimé ce beau jugement : "En peinture, je me borne à aimer.”
"Vents de Flandre, Pour mes Amis Van Hecke"
Emmanuel Looten écrira ce poème, destiné à Lucette et Arthur Van Hecke, qu’il édite dans le recueil Nada, paru en 1971 (Sanderus, Oudenaarde) :
"Vents de Flandre, Pour mes Amis Van Hecke
Vents fous, énergumènes affollants… Furieux vents arrachant l’esprit et le souffle, qui vous dépoitraillent à nud et, tout vif, vous lacèrent. Rauque table d’harmonie, basses chuintantes, profondes. Caverneuses résonances ou sifflements diaboliques, stridant jusqu’à l’ultra son. Cela surgissait du fond de nos plaines de terre ou de mer, jailli, pulsé, clamé, hurlé à vive moelle. Souffle immensément profond, intense respirer d’une mer innombrable.
Cri-ahan de force brute, laminée, orientée au venturi majeur du Pas-de-Calais. Forge puissante où se forment, se sculptent glaises et limons, sifflant giclant de toutes parts. Irrésistiblement montent en nous ces rafales hurlantes, engloutissant dix mille vertiges, géantes et hurlantes rafales, vaticination rageuse de ce ventre, à toutes ondes en son implosive folie. Envoûtement de sabbat, langues acérées de maléfique…
Tournoi glapi des hells, diaboliques Korrigans, étrange souffle d’Au-Delà. Sables, poudres en tournis, monte à puissante magie, ce largo dramatique. Mystérieuse mystique de ces ondes à multiple tessiture. Poudroiement des rafales, sonoris paroxyte comme un vocal abois qui délire. Vent de mer qui nous a créés et recréés sans fin, pizzicato de furias aigües, norias à transes folles. Marée de sons, hurle-bête pleine puissance, vocifération haut et hot… Puis adoucis soudain en murmures aigus au diapason démoniaque.
Et de nouveau l’éventrer brutal de toutes choses, gongs de violente percussion, marée exaspérée de sons et de forces, ce broiement d’une pulvérulence des sables, dans la rage des ondes de pluie à fols ravages. Au plein fouet des forces alouvies de nature : pulsions, scansions rageuses, puissante vie aux tempêtes anormales. Battement-forge de toutes artères folles, des ondes de tornade, mer, ciel et terre. Ah ! vents furieux de nos puissantes Flandres !…"
Le poème Gris ma seule couleur…, paru dans Gwenn Fydd, chez "Sanderus" (Oudenaarde) en 1968, pourrait aussi apparaître comme une forme d’hommage à la peinture d’Arthur Van Hecke, coloriste exceptionnel :
"Gris ma seule couleur…
Sang de gris, plein sang à griselis doré,
Angoisse nouée d’affre en quoi ce gris me grise,
Nuances mille où le ciel graille et croûle,
Entrailles turbulées d’un multiple combat !
Mon ciel effiloché, penaillé, émulsionne
Cette bioflore à geste indéfinie…
Fabuleux fermenter, sixtessencié, subtil ;
Remuement vibrions à changeance incessée…
Voici l’aube émerveillante, enjouée de souples gris adolescents.
Gris grenus de variances, de grèges reflets grésillés, noués de
fibres fines : tonalité grignée, couleur d’eau et de larmes. Ciel-
force de vivance impalpable, soie d’une Flandre !
Gris, ma seule couleur, richissime nuance…"
Parmi les préfaciers d'Emmanuel Looten : Pierre Emmanuel, René Huyghe, Stéphane Lupasco, Michel Tapié, Paul Valéry
Ce qui frappe chez Emmanuel Looten, ce sont les liens tissés avec les plus grands, de la Flandre au Japon, et la qualité de ses amitiés et de ses références artistiques. Les textes qui préfacent ses ouvrages en disent long sur sa personnalité. Quelques exemples :
Antoine Adam, né en 1899 et mort en 1980, universitaire, Professeur de littérature française à Lille puis à La Sorbonne, écrivain : "Il est bien certain que pour quiconque connaît la Flandre française, son climat, sa lumière, son ciel, les vers d’Emmanuel Looten disent exactement les mots qu’il devait dire pour y enfermer la beauté propre et particulière de son pays natal." (préface de La Maison d’Herbe, "Seghers", 1953)
Pierre Emmanuel, Académicien et poète : "Ce feu matériel de la parole en fusion jaillit en d’étranges, d’impérieuses coulées, il transmue les vocales, les combine, provoque des alliages entre des termes rebelles qui cèdent à la pression du métal fou, du souffle de lave dont le volcan Looten est possédé."
René Huyghe, Académicien, philosophe de l’art, ancien Conservateur du Louvre – il aura organisé le transfert des peintures du Louvre en zone non occupée pendant la 2e Guerre mondiale – : "Il n’y a de vivant que la tension et nous savons depuis HERACLITE qu’elle ne s’établit qu’entre les contraires. Que serait une culture incapable de couvrir le champ magnétique qui vibre et crépite, de terroir à l’humanisme ? Emmanuel LOOTEN sait dresser comme un flamboiement, cet arbre lyrique qui va chercher sa sève dans la racine et le jette dans la palpitation des feuilles, vent, lumière, tempête… Et l’arbre des FLANDRES avec lui plonge dans la terre la plus dense, la plus drue, la plus charnue, pour égoutter le Sang, à sa cime, dans les tourbillons de l’Espace." (Epigraphe en tête de Le sang du soir, paru chez Sanderus en 1970). Emmanuel Looten dédie cet ouvrage, Le Sang du soir, "À Vital Celen et à Bert Peleman, conjonction double de l’Ami véritable et du Flamand universel." Vital Celen, né en 1887, est mort à Anvers en 1956. Inlassable créateur de liens entre la Flandre belge et la Flandre française, il a publié l'ensemble de la production du grand dramaturge Dunkerquois Michiel de Swaen. Il traduira en néerlandais une partie de l’œuvre d’Emmanuel Looten.
Stéphane Lupasco, né en 1900 à Bucarest en Bulgarie et mort à Paris en 1988, est l’un des grands philosophes français du 20e siècle, inclassable. Sur le thème du tragique, Emmanuel Looten fera souvent référence à Stéphane Lupasco : les deux hommes se connaissaient bien. Emmanuel Looten : "Avec Lupasco et le Professeur Pierre Auger, dirai-je combien la vie est dissymétrique" (Delà mon impossible, exposé au Palais du Louvre le 8 novembre 1957, Barbez, 1958).
Michel Tapié, descendant de Toulouse-Lautrec, critique d’art, conseil artistique de plusieurs galeries de la place de Paris, peintre, musicien, né en 1909 et mort en 1987, créateur de la formule "art informel". Nous verrons plus loin son importance considérable dans la vie d’Emmanuel Looten.
Paul Valéry, philosophe, poète, écrivain, né en 1871 et mort en 1945, grand Résistant (Charles de Gaulle lui fera rendre des funérailles nationales) ; il signe en 1945 l’épigraphe de Sur ma rive de chair.
Parmi les illustrateurs d'Emmanuel Looten : Karel Appel, Georges Mathieu, Arthur Van Hecke. Et Andrée Aroz
Ses textes et ses livres auront été illustrés par les plus grands. Voici quelques illustrateurs des ouvrages d’Emmanuel Looten ; ils viennent s’ajouter à son épouse, Andrée Aroz, qui réalisera de nombreuses couvertures :
Karel Appel, peintre et sculpteur néerlandais, né à Amsterdam en 1921 et mort à Zurich en 2006 ; fondateur du groupe CoBra (pour Copenhague, Bruxelles, Amsterdam), mouvement de l’après 2e Guerre mondiale, qui influencera considérablement l’art européen.
René de Graeve, peintre né à Mouscron en 1901, mort en 1957 et qui vécut à Lille, injustement méconnu.
Inshō Dōmoto, artiste Japonais, né en 1891 et mort en 1975.
Jean Fautrier, sculpteur, graveur, peintre, né en 1898 et mort en 1964. Leader, avec Jean Dubuffet, de l’Art informel.
Lucio Fontana, né en Argentine en 1899 et mort en Italie en 1968, sculpteur et peintre, fondateur du mouvement spatialiste.
Georges Mathieu, né en 1921 et mort en 2012, peintre, fondateur de l’Abstraction lyrique.
Jaroslav Serpan, né à Prague en 1922 et mort en 1976 dans les Pyrénées (au cours d’une randonnée… on ne retrouvera son corps que 5 ans plus tard !), peintre, membre du groupe surréaliste, en marge de sa carrière universitaire en biologie et mathématique.
Michel Tapié.
Sofu Teshigahara, Japonais, peintre et sculpteur, né en 1900 et mort en 1979.
Arthur Van Hecke, peintre, né à Roubaix en 1924 et mort en 2003 à Hondschoote, l’un des principaux membres du Groupe de Roubaix.
Le galeriste René Drouin, le peintre et critique Michel Tapié : le puzzle se met en place
En matière de notoriété, pour Emmanuel Looten tout commence autour de Michel Tapié et de René Drouin. René Drouin influencera considérablement la vie culturelle européenne. Né en 1905 et mort en 1979, il ouvre sa galerie à Paris en 1939 et doit la fermer en 1950, pour des raisons financières. Il sera l’un des leaders de l’avant-garde moderne : il lance Dubuffet en 1944 ou Georges Mathieu en 1950. Michel Tapié est son conseiller artistique. Michel Tapié est peintre et sculpteur. Son voisin d’atelier, à Montparnasse, est Jean Dubuffet. Tapié sera successivement, pendant plus de 25 ans, conseiller artistique chez Drouin, puis pour la Galerie Le Studio (de Paul Facchetti, photographe lui-même), puis pour la Galerie Rive Droite (il y organisera la 1re exposition en France de Karel Appel, en 1955), enfin chez Rodolphe Stadler. Chantal Lachkar, directrice de la Bibliothèque des Arts Décoratifs à Paris (partie intégrante du MAD Paris - Musée des Arts Décoratifs), organise en 2017 une exposition rétrospective, à la Bibliothèque du MADParis, consacrée à René Drouin ; j'appelle Chantal Lachkar début 2018 : "Non seulement René Drouin fait preuve d’une grande curiosité, mais il aura de plus l’intelligence de s’appuyer très fortement sur Michel Tapié et ses amis écrivains ; ensemble il exposeront tous les grands de ce qu’on appelait l’avant-garde."
Michel Tapié, par le poème Hepta, découvre Emmanuel Looten : "une création aussi orgiaque que tellurique"
Précisément, Michel Tapié découvre Emmanuel Looten à la lecture du poème Hepta, paru en 1949 dans Grenier sur l’eau : "J’ai tout de suite fait confiance à la magie verbale de cet Hepta par quoi j’ai affronté l’œuvre-choc qui n’a depuis cessé de poursuivre en violence mon ami Emmanuel Looten. (…) Ce moment crucial de bascule entre deux ères, entre les millénaires classiques et le vigoureux début de cette ère autre dont nous avons la chance fantastique de vivre les débuts. (…) Emmanuel Looten est bien armé pour tenter cette aventure totale : ses pointes de la plus extrême audace poussées dans le magma grammatico-étymologique, réalisées dans l’extrême vitesse d’une création aussi orgiaque que tellurique, lui permettent de conquérir en force les moyens d’explicitation de la richesse de son intérieure cosmogonie." (préface de OIW, 1955).
"Je parle en Looten, je suis Looten"... mais quel est ce poème, Hepta, qui révèle Emmanuel Looten à Tapié ?
"Cet Hepta", comme dit Michel Tapié… Mais que regroupe ce "Sept" grec qui lancera Emmanuel Looten dans une ardente vie parisienne ? Hepta, chez Emmanuel Looten, c’est : "L’Inconnaissable, L’Onde, La Femme, La Nuit, La Terre, Le Feu, le Cycle". Extraits :
"Hepta
L’Inconnaissable (1er et dernier paragraphes)
Dieu-mer, Dieu profus de vos innombrables océans, Dieu qui gantez vos loisirs de ma peau offrante, je suis fidèlement confondu de la dévastation d’Amour. J’attends le soc. J’explose aux puretés de l’infini. (…)
Votre vérité, au rugissement de cette création… Suis-je point que de Vous, sauvagement Vôtre, à sanglante gloire du corps ?
L’Onde (2 premiers paragraphes)
Voici la mer, gigantesque de l’onde, quêtant le ciel à ses envahissements torturés. Explosions terrifiant la force.
Le ciel, s’impugnant aux ombres encloses. Un sol défaillant l’assouvissement sous la rude percussion du temps. Je suis meurtre dès cette création.
La Femme (début du 1er et 2 derniers paragraphes)
Port… mon bras s’écoule, s’est coulé vers ce long de l’épaule… tant de courbes aventurées. Côte cursive au blond de sable, à fin contact de l’estran. Je glutissais ce retour, près de toi lové dans notre lumière. Il se tendait ces lèvres des jetées, traversières au large bondissement des marées. Largo sans fin épanoui, la mer s’écrasait et râlait. Ton corps d’offrande à grain fiévreux arcboutait les houles de notre don. En ce havre, comme touchée de grâce, l’onde calmissait. Ce boucan de la proie comme je viens des Iles du Vivant. (…)
Toi, car tu es l’Amour et mon amour. Bref et sec, un instant-missionnaire soudain s’éclate, s’étire, épidème au travers d’épidermes, ignorant diffus, policé de l’expérience. Canon de voluptés, mètres et nombres.
Toi, car le désert humain silicate cette fleur intense. Amour-simoun de sable et de rose, ce grain soyant la chair, le sel d’un corps, l’exférer retentissant des glandes, l’énormité vitale qui éjouit ce tocsin. Tout mon corps duplice désormais…
La Nuit (2 1ers paragraphes)
Souillure affollant mon angoisse, mécréant au plus exalter ; pus des forces créatrices en ma faiblesse. La nuit créante à ce goût mien : dégoût de l’aube possédée.
Déjà crispe la froidure intense. Je racornis cet âge. Une faune courra, brûlures animales, cette trace que j’épouse, frigide. Mon combat s’ensevelit au lent ralentissement de moi-même.
La Terre (2 derniers paragraphes)
Donc il me faut rentrer, rentrer sur terre. Un macadam croupit, gazeux de ces reflets, mirages étrangers. Morne, voici la norme et son étau-limeur. Je tiendrai. Enfin le morse cliquetis des sensations drues. Je suis chambré de l’objectif propre, valvant cet air impossiblement désiré.
A retour de mon tourisme étrange, je ne puis qu’atterrir ici-même. Cela est bien… Il faut rentrer. N’est-ce pas, la terre ?
Le Feu (1er et 2 derniers paragraphes)
Je suis environné soudain de forces hurlées. Mille fusées glapissantes, l’écheveau membraneux des lueurs, extase de lumières brutales ; cela claque, saute et m’arrache l’instant. Le ciel s’escalade par l’éclatement de mille furieuses poudrières. De longs drapés digitaux, de lourds volumes sensibles roulant ces larges cylindres de feu ; les pizzicati exaspérés d’étoiles agressives, sans fin variées de couleur ; un déroulé d’orbes montantes et explosées. (…)
Au travers de la purification advenue, créée du feu, source essentielle d’exister, me voici nud de moi-même, happant l’horizon, ardent tison de l’humaine et féconde impossibilité.
Mais le feu, cruellement originel, n’est-il point ce propre moi-même ?
Le Cycle (2 derniers paragraphes)
En couche striée de froid glacial ai-je plaint ce vieil homme qui agitera son râle. Le drap se roule. Un point d’orgue accusera les orgues calmes de l’hiver. La dièse acide du printemps, le bécarre foudroyé de l’été brut, le sanglant, douloureux bémol de cette automne deuillante et voici l’hiver nietzchéen. La neige endort la planitude des paysages, une trace est dentelle par l’horizon transi, un vol d’oiseaux, lourds et noirâtres, épingle cette voussure des nuées lourdes, tunnel renouvelant, mer inversée, onde profuse comme la mer du Nord et à elle conjointe en ces prodigieux effacements de l’horizon.
Je suis le farouche convive en la même nature, de la cruauté de ces nuances jusque l’intense émerveillement. En mon pays de Flandre, le cycle des saisons prodigiantes…"
Suivra la rencontre fondatrice entre Michel Tapié et Emmanuel Looten. Emmanuel Looten dira à cette occasion : "On me dit que je ne parlais pas français mais c’est une erreur grossière. Pourquoi voulez-vous que je parle en français ? Je parle en Looten, je suis Looten."
Michel Tapié, au cœur de l'Avant-garde d'après-guerre, engouffre Emmanuel Looten dans une ardente vie parisienne
A Emmanuel Looten, Michel Tapié, baigné de peinture et de littérature, ouvre tout grand les portes de la vie artistique parisienne. Il le présente à des membres de l’Avant-garde, notamment à :
Henri Michaux, poète et peintre belge naturalisé français (né en 1899 à Namur et mort en 1984 à Paris).
Salvador Dali, dont Manu et Andrée Aroz deviendront proches ; Emmanuel Looten offre même à Salvador Dali des cornes pour sa célèbre collection. Eric Looten cite une photo représentant Andrée Aroz et Emmanuel Looten chez Salvador Dali, assis dans son célèbre Canapé Boca.
Max Ernst, peintre et sculpteur allemand, naturalisé américain puis français (1891-1976), dadaïste et surréaliste.
Inshō Dōmoto et Sofu Teshigahara, artistes japonais.
Tapié est l’éditeur de Karel Appel et sera celui d’Emmanuel Looten. Emmanuel Looten et Michel Tapié deviennent des amis proches. Ces 10 années d’après-guerre feront vivre une époque majeure dans la vie d’Emmanuel Looten. Son épouse Andrée Aroz est sa première lectrice. Emmanuel Looten a quitté Bergues et le couple vit à Paris. Looten y poursuit son activité professionnelle, de commercial de l’entreprise familiale, menée par son frère Charles. Il réside au 22 de l’avenue Raphaël, en plein 16e arrondissement. L’immeuble est attachant : il clôt une rangée magnifique tout au long de la petite rue Louis Boilly, qui relie le Jardin du Ranelagh et le Boulevard des Maréchaux… la partie prestigieuse du boulevard des Maréchaux, celle des ambassades et consulats de cet arrondissement. En face de chez Looten, au cœur de ce quartier de La Muette : le Jardin du Ranelagh et le Musée Marmottan Monnet… Pour autant Emmanuel Looten n’oubliera jamais sa ville, Bergues. En 1949 il écrit Bergues (Poèmes, Dassonville) :
"Bergues
Mon Nord est froid d’un froid de fer.
Nos cieux offerts sont durs
En leur pâleur de tendre porcelaine.
Je vois ces vieux quais morts et leurs canaux herbus,
Des pavés, l’orgueil tors de ma cité nouée
En ses murailles souveraines.
Mon pays s’ennoblit de ce qu’il a souffert,
Nul ne sera vainqueur de sa force d’attendre,
Ma Flandre est chaude comme un cœur."
Mai 1950 : Georges Mathieu est lancé chez Drouin par Michel Tapié, sur un poème d'Emmanuel Looten
Pour Emmanuel Looten, le choc viendra de la rencontre (elle aussi organisée par Michel Tapié) avec un tout jeune artiste de 29 ans, Georges Mathieu. Georges Mathieu est né à Boulogne sur mer en 1921 ; il deviendra, bien plus tard, le chef de file planétaire de l’abstraction lyrique. Emmanuel Looten a alors 42 ans, Michel Tapié 41, René Drouin 45. Tapié a son idée derrière la tête ; il écrit à Emmanuel Looten : "Je souhaite voir de vous des poèmes épuisants (un livre qui serait un seul poème interminable) avec des vers longs eux-mêmes (...) textes poétiques écrits comme des proses à énormes paragraphes, comme on n’en voit pas assez." Michel Tapié édite donc ce texte qu’il reçoit, La Complainte sauvage. Mais il le fait préalablement orner de 11 signes, 3 lithographies, 15 idéogrammes de Georges Mathieu. Il dispose un exemplaire en vitrine chez Drouin et accroche dans la galerie 8 des toutes premières créations de Mathieu ; il les extrait de collections privées, dont les collections d’Emmanuel Looten et de Salvador Dali. L’événement a lieu exclusivement les lundi 22 et mardi 23 mai 1950, mené par les 4 comparses : Drouin / Tapié / Mathieu / Looten.
Malraux, Dali… Tout Paris visite l’exposition
Tout Paris se rend à cette exposition : André Malraux, Salvador Dali, Jean Paulhan (né à Nîmes en 1884 et mort en 1968, qui animera la "NRF", "Nouvelle Revue Française", la principal magazine littéraire en Europe), le poète et peintre Henri Michaux et tant d’autres. Si Emmanuel Looten disait peu de bien de ses premières productions en poésie, La Complainte Sauvage marque un tournant. Jean-Marie Cusinberche est l’historien d’art spécialiste de Georges Mathieu et Gauguin ; il écrit dans le catalogue de la rétrospective René Drouin du MADParis en 2017 : "Michel Tapié réalise la maquette de l’ouvrage, superposant, sur des doubles pages, les dessins de Mathieu reproduits en rouge sur le poème de Looten, qu’il découpe en onze stances, imprimées en noir. La pagination se réfère à des idéogrammes inventés par Mathieu, conférant à la présentation et au caractère de ce livre de format oblong une manière de recueil de haikus et de calligraphies japonaises. Une préface, Dégagement, imprimée sur une feuille rose et volante, est placée avant le premier feuillet. Michel Tapié la conclut ainsi : (...) je n’ai pas cru devoir tirer à plus de trente exemplaires." Voici 2 extraits de La Complainte Sauvage (Michel Tapié éditeur, 1950) :
"La Complainte Sauvage
Sang éternel que recherchent les armes,
Ame bouillie d’un cuir tout vernissé.
L’immense forêt charbonnière abonde
En rouvres écroulant mon ciel, arbres géants ;
Je suis noir cavalier à forêts noircéantes,
Mon combat est solitude propre de moi.
Je hais le Soleil !
(…)
La saison furiée renouvelle mes sentes ;
De ma hutte de peau et torchis et branchures,
Je bous au meurtrier mouvement de la terre.
La neige doucereuse, branchages craquelins,
Comme racines mortes braquées vers la nue.
Ma féroce tranquillité cerne l’aura
De ces vapeurs, pervenches souples de l’haleine.
Soudain le fifre, éclatant renouveau,
Le printemps, cet acide, agacé de verdure ;
Diéses borgnes, bourgeons aux sucres ruisselés :
Déjà l’été fougueux lapide sa démence,
Coulées d’or cru, extrême à sensible chaleur,
Tout ce qui, moi chef noble, m’importune
Car je hais le Soleil."

Les ouvrages de Looten : des recueils de poèmes, mais aussi des pièces de théâtre et des essais
Au cours de la rétrospective consacrée à Emmanuel Looten et organisée par la Bibliothèque de Lille en 2003, la responsable du projet, Catherine De Boel, rappelle que beaucoup de livres paraissent en auto-édition, aux frais d’Emmanuel Looten. Looten fut aussi un conférencier : aux Centres français de Milan, de Lisbonne, d’Amsterdam, à Anvers, Bruxelles, Paris (Salle Pleyel, Sorbonne, Musée du Louvre). Ses ouvrages sont au nombre de 87 au total : recueils de poèmes, pièces de théâtre, essais, conférences, disques. Extrait très partiel :
1939 : À Cloche-rêve, premier recueil de poèmes, à 31 ans. Emmanuel Looten parlera plus tard de "bourbeux départ". Ces textes furent auparavant édités dans Grand Large, la revue littéraire dunkerquoise. Car à l’époque, à Dunkerque, paraissait une revue littéraire…
1942 : Flamme, avec une couverture d’Andrée Aroz
1943 : Clairenef, avec une couverture d’Andrée Aroz
1944 : Masque de cristal, avec une couverture d’Andrée Aroz
1945 : Sur ma rive de chair, avec épigraphe de Paul Valéry ; cet ouvrage est un tournant : les grands thèmes d’Emmanuel Looten apparaissent, comme les indique en 1969 la Bibliothèque de Lille : "l’âme flamande sauvage et instinctive, le poids étouffant du ciel, le désir d’évasion vers un au-delà, la magie…"
1946 : L'Opéra fabuleux, précédé d’un inédit de Paul Hazard, cousin d’Emmanuel Looten (né à Noordpeene en 1878 et mort en 1940), historien, essayiste, Académicien
1947 : Chaos
1948 : Adam était-il poète ?, exposé sur l’essentialisme en poésie, réalisé à la Salle Pleyel à Paris le 15 mars 1948
1948 : Sortilèges, qui reçoit le Prix de l’Académie française
1949 : Le Grenier sur l’eau, avec avant-dire de Henri Pichette, dramaturge, écrivain, poète, très proche de Gérard Philippe (ce dernier créera une de ses pièces)
1950 : Entrer en Poésie, exposé réalisé à la Maison des Artistes à Anvers le 13 décembre 1949, à partir d’un essai sur la substance poétique
1950 : La Complainte sauvage, illustré par Georges Mathieu
1950 : La Saga de Lug Hallewijn, pièce de théâtre, dédiée à Michel de Ghelderode
1952 : Sangs bruts
1954 : Haine, plaquette-objet illustrée par Karel Appel
1954 : Kermesse pourpre, plaquette-objet illustrée par Michel Tapié
1954 : Lieu-Chef de ma révolte, conférence réalisée à Anvers le 30 avril 1954, introduite en néerlandais par Vital Celen. Les textes sont lus par Jacques Navadic. Né à Lille en 1920 et mort en 2015 à Nice, à 95 ans, Jacques Navadic est journaliste à Télé-Lille dans les années 1950. En 1955 il crée le Journal de Télé Luxembourg, dont il est le premier rédacteur en 1955. Il le coprésente avec Robert Diligent, le frère d’André Diligent, Sénateur et Maire de Roubaix. Jacques Navadic dirigera 10 ans les programmes de RTL Télévision.
1955 : Oiw, préfacé par Michel Tapié ; Emmanuel indique en exergue : "OIW (prononcez Oyoun) : terme celtique exprimant le tout, création principe et conduisant Paniquement le jeu du Monde. Absolu conjoint du Bien et du Mal."
1955 : Cogne-ciel, avec dessins et composition de Karel Appel
1957 : Horizon absolu
1958 : Rhapsodie de ma nuit, livre-objet illustré par Karel Appel : 75 exemplaires
1958 : Delà mon impossible, exposé réalisé au Louvre le 8 novembre 1957 : Univers-Ile du poème
1959 : Timbres sériels, avec avant-dire de Stéphane Lupasco, illustré par Arthur Van Hecke
1959 : Moi de l’Agonie, illustré par Inshō Dōmoto
1960 : Flandre
1962 : Liturgies flamandes
1962 : Hepta, livre-objet illustré de la main d’Arthur Van Hecke, par 7 gouaches, sur chacun des 20 exemplaires
1963 : Vers le Point Oméga, illustré par Lucio Fontana
1965 : Terre de 13 Ciels, avec 13 dessins lithographiés, originaux, d’Arthur Van Hecke (chef-d’œuvre en 40 exemplaires). Extrait de Songe Ciel (Terre de 13 Ciels, Dourdin, Lille) :
"Plein sang d’impatience, alors je vis
Altières se dresser, hennissantes,
Aux coursières marées de nues ensauvagées,
Mille juments d’écume en l’apparat des cieux…
Ma Flandre de Ciel et de Songe…"
1968 : Exil intérieur
1968 : Gwenn Fydd, avec avant-dire de Michel Tapié
1968 : Sur ma rive de chair
1970 : Le Sang du soir
1971 : Nada
1973 : Le Chaos sensible, préfacé par l’écrivain André Beucler
Le "Stedelijk Museum" d'Amsterdam organise en 1955 une exposition Karel Appel : Hugo Claus, Emmanuel Looten, Michel Tapié...
A l’occasion des expositions consacrées à Karel Appel, le nom et les poèmes d’Emmanuel Looten seront régulièrement cités ou présentés. Comme en octobre 1955 à la Galerie Rive Droite puis en novembre au Steledlijk Museum d’Amsterdam : Hugo Claus, Emmanuel Looten et Michel Tapié sont repris dans le catalogue de l’exposition. Pour lequel la photo de Karel Appel est réalisée par Ed van der Elsken (1925-1990), le plus grand photographe néerlandais de l’histoire (20 livres, dont le célèbre Une Histoire d'amour à Saint-Germain des Près). On le voit une fois encore : certains livres sont des œuvres d’art en eux-mêmes, avec des tirages très limités. Un poème d’Emmanuel Looten ("J’étincelle de lumière forte…") sera même choisi pour être l’un des 7 Haïkus traduits en japonais et calligraphiés sur un éventail par Sofu Teshigahara en 1960, pour son Institut Sogetsu, à Tokyo, l’une des grandes écoles d’Ikebana. On constate à la fois le tourbillon littéraire et artistique de qualité extrême dans lequel baignait Emmanuel Looten, et le niveau du développement culturel de la place parisienne autour de l’avant-garde.
Michel de Ghelderode, ami d’Emmanuel Looten
Michel de Ghelderode, le grand auteur dramatique flamand du 20e siècle (né et mort à Bruxelles : 1898-1962), tenait une correspondance record : 20 000 lettres. Emmanuel Looten entretiendra une correspondance régulière avec Michel de Ghelderode. On imagine leurs échanges… Michel de Ghelderode est cité par la Biblitohèque de Lille à l’occasion de son exposition de 1969 sur Emmanuel Looten, dans son catalogue, Emmanuel Looten et son œuvre poétique : "Pour Emmanuel Looten, la poésie n’est pas un jeu, c’est un drame… C’est une vision de l’univers… C’est la formule qui métamorphose et transcende le pauvre homme en archétype." Rappelons les textes majeurs de Michel de Ghelderode sur la Flandre : "De nos jours, Flandre n’est plus rien qu’un songe. Flandre n’est qu’un cri comme ceux qui retentissent dans les songes, cri pur et haut que seuls les poètes doivent transmettre, ainsi que des vigies. (…) Point tant ne faut qu’un tel nom se comprenne. (…) Flandre demeure un lieu magnétique, jardin d’esprit où rode l’immortel Renard, où dans un arbre se balance l’Espiègle." Tout est dit. Mais encore : "Qui dit 'Flandre' ne lance plus un cri de guerre mais profère une formule de magie poétique. Alors, ce grand Etat spirituel se reconstitue par la vertu du songe, devient phosphorescent, tout de violence et de splendeur. Nous savons de ces mots contagieux, par quoi s’ouvrent les écluses d’images, toute une machinerie optique aussitôt s’éclairant. Quelqu’un a dit 'Flandre', les volets d’un polyptyque se sont dépliés et j’ai vu : Le haut lumineux d’une aurore au cerne violet, embué d’or ; le bas empli de fumées obscures, pourprées de flammèches, le Ciel et l’Enfer peints ; entre les deux passe l’Homme portant chimère, un squelette musicien le suivant comme son ombre. Dans les craquelures des paysages, val des roses ou collines calcinées, se voient le Péché et le Rachat : l’offrande du fruit et l’érection de la Croix."

L'Académie Septentrionale s'est éteinte en 1968 et "Présence d'Emmanuel Looten" est en veille...
Emmanuel Looten sera membre de l’Académie Septentrionale. À Paris, cette académie littéraire et artistique regroupera des écrivains, poètes, artistes, scientifiques. Ils sont originaires principalement du Nord de la France ou de la Belgique, ou liés à ce territoire. Créée en 1935, elle maintiendra un lien fort entre ses membres pendant un demi-siècle. Emmanuel Looten y côtoie l’écrivain Pierre-Mac Orlan, le peintre Marcel Gromaire, René Huyghe, Georges Mathieu, le physicien Léon Rosenfeld, Françoise Dolto. L’Académie Septentrionale n’est plus ; elle avait pourtant accueilli Louis Blériot, Niels Bohr, Paul Claudel, James Ensor, Carl-Gustav Jung, Rudyard Kipling, Maurice Maeterlynck, Henri Matisse, Raoul Nordling, Maxence Van der Meersch ! La dernière trace, par une plaquette, est signée, en 1968, par le comédien et metteur en scène Pierre Bertin. Bien plus tard, et infiniment plus modestement, je prendrai l’initiative de monter l’association "Présence d’Emmanuel Looten", lors d’une réunion à l’Hôtel de Ville de Bergues le dimanche 15 juin 1980. Sont présents, notamment, Andrée Aroz, Charles Looten, Arthur Van Hecke, Thierry Looten (le fils d’Emmanuel). L’idée était de créer et formaliser par précaution une structure juridique dormante, regroupant les plus proches, dans le cas où un projet verrait le jour autour d’Emmanuel Looten. Je dépose les statuts en Préfecture du Nord, dès juillet, en indiquant pour siège social la Mairie de Bergues (le Maire, Roger Drapie, qui décède en 2015 à 93 ans et fut Maire pendant 42 ans, nous avait aimablement reçus et accepté que le Maire de Bergues soit le Président d'Honneur en titre). Pour me remercier, Thierry Looten m’offre Le Sang du soir, édité chez Sanderus en 1970, avec ce petit mot chaleureux : "A celui par qui 'Présence' fut présent !"
Un lien charnel et permanent avec la Flandre, parfois comprise comme les 17 Provinces des Pays-Bas
La Flandre, chez Emmanuel Looten, désigne souvent la Flandre historique (répartie aujourd’hui entre la France, la Belgique, les Pays-Bas), mais aussi les Pays-Bas dans leur configuration d’origine, celle des 17 Provinces. Emmanuel Looten l’exprime dès 1949 dans son essai Entrer en poésie, présenté par un exposé à Anvers le 13 décembre à la Maison des artistes :
"Entrer en poésie
Terre prestigieuse de nos Flandres, Anvers gigantesque à la conjonction prodigiante des ondes. Pays du Diamant, de l’industrie, de ce port, l’un des principaux du monde. Terroir de Van Dyck, des Teniers, Jordaens et Brueghels. Et notre grand Rubens. Me voici donc, moi qui suis profondément Français, parmi vous, Flamands de ma belle race dont les traditions éclairées donnent Force et Noblesse à cette Europe nôtre. (…) La leçon que la Flandre donne au monde est essentielle. Elle passe par Janssen jusque Thomas a Kempis ou Van Kempen, Ruysbroeck l’admirable, Gerlac Peters ou Zuijster Hadwigh. Mysticisme et pureté religieuse. Foi poétique de Michel de Swaen, foi maritime de Barentz ; Ruyter, Jacobsen, Bart et tous les câpres. Foi musicale du plain chant des innombrables abbayes jusque de Lassus, Josquin des Prés (ces découvreurs aussi de la fugue et du contrepoint), Adam de la Halle et dès lors Stappen, Olivier Messiaen et tant d’autres. Foi humaniste depuis Lorris jusqu’à Erasme en allant jusqu’à mon maître et parent vénéré Paul Hazard, de l’Académie Française, né du très haut et noble petit instituteur Hazard-Looten. Flandre des Saints, de l’Imagerie poétique, des mystiques, des conquérants, des marchands, des humanistes et de tant de peintres et artistes."
Peintres, marins et corsaires, mystiques, écrivains, aventuriers, musiciens, philosophes : les références d’Emmanuel Looten
Explication de texte partielle, qui permet de situer les références d’Emmanuel Looten :
Tout d’abord les peintres… les 3 grands peintres baroques flamands anversois : Van Dyck (portraitiste et graveur, né à l’ombre de la cathédrale d’Anvers au début du 17e siècle et mort à Londres, où il fut le peintre de la Cour), Jacob Jordaens, Pierre-Paul Rubens. Puis Pieter Brueghel (peintre et graveur bruxellois du 16e siècle), David Teniers (peintre baroque anversois du 17e siècle).
Les marins et corsaires (en flamand de Dunkerque : kapers, d’où le mot câpres) : Cornil Janssen (corsaire néerlandais du 17e siècle), Michel de Ruyter (Amiral de la marine hollandaise au 17e siècle), le Flamand de Dunkerque Michel Jacobsen (à cheval sur les 16e et 17e siècles, Vice-amiral de la flotte du Roi d’Espagne), son arrière-petit-fils Jean Bart (corsaire dunkerquois du 17e siècle).
Les mystiques : Thomas a Kempis (moine et écrivain néerlandais du 15e siècle, l’un des fondateurs de la littérature chrétienne), Gerlac Peters (mystique du 14e siècle).
Les écrivains : Michel de Swaen (Dunkerquois, le grand dramaturge néerlandais du 17e siècle), Paul Hazard.
Les navigateurs et aventuriers : Willem Van Ruysbroeck (le premier aventurier… quand un Dunkerquois, moine franciscain flamand du 13e siècle, part loin loin vers l’est, missionné par Saint-Louis, avant Marco Polo), le néerlandais Willem Barentz (Frison, du 16e siècle).
Les musiciens : De Lassus, Josquin des Prés (les piliers de la Renaissance par la polyphonie flamande), Adam de la Halle (le trouvère picardisant originaire d’Arras, au 13e siècle) ; puis Olivier Messiaen (le compositeur du 20e siècle, dont le père, Pierre, le grand traducteur de Shakespeare, était de Wervicq).
Le philosophe Erasme de Rotterdam, sur les 15 et 16e siècles, porteur de l’humanisme, icône de la tolérance, symbole de l’Europe.
Emmanuel Looten l’exprime à nouveau en 1951 dans un autre exposé, cette fois à la Faculté des Lettres de Lille :
"La poésie aux yeux de cœur
Nous tous de Flandre savons et ressentons la fine, l’émouvante poésie de nos fuyants paysages, de nos gestes paysans éternellement accordés avec notre mère la Terre. Terre énorme et plantureuse, gargouillante, noircie d’hormones et d’attendre. Prodigieuse mamelle de moissons jamais épuisées, limoneuse détresse vers nos cieux ravagés. Ruines et deuils de tant de guerres toujours injustes, toujours supportées. Ça, nous savons bien que l’Amour – celui de notre pays ou celui du couple idéal – ne vient que de la Mort. La vraie Civilisation, tout du même - les gouttes de lune éparsent jusqu’aux yeux des chats – étincelle au dérouler de la Geste des Flandres. Scrutez ce goût prestigieux de l’habitat, de l’intérieur – ce sens de l’homme que nous ne connaissons plus - ces décors de Vermeer par exemple… Nos Flandres sont consciencieuses, précises (leur en reprochera-t-on d’être lourdes ?), infiniment éprises aussi et par Amour, de cette Poésie qui s’appelle l’Harmonie Sociale. Combien en avance sur les douteuses vertus actuelles de socialité, cette remarquable organisation de nos anciennes cités coutumières ! On ne peut commander à la nature sinon, surtout, en lui obéissant."
Parmi les très nombreux poèmes consacrés à la Flandre, le plus connu reste Toi Flandre (Flandre, Grassin-Paris 1960), destiné à son ami le romancier, poète, essayiste Willy Spillebeen (auteur d’un essai avec traduction : Emmanuel Looten, de Franse Vlaming, De Bladen voor de Poëzie, Lier, 1963 ; et d’un recueil de traduction de poèmes en néerlandais : Flandre à Coeur - Harte-Vlaanderen, éditeur J.E. Buschmann, Antwerpen, 1970) :
"Toi Flandre
Je n’en puis plus d’aimer
Ces terres d’humus gras, pétales de ma tourbe,
Horizons éventrés de ces gris violents,
Plaine de tons meurtris,
La douceur feutrée des bois verts d’eau.
Nos plages lacérées du Nord
Aux spasmes effrayés :
O ma charnelle,
O ma charnelle Flandre, béguine de l’humus…
Ce magma délicat aux douceurs flamboyées
Un gris taiseux, bâillon de cendres-ciel.
Je n’en puis plus d’aimer l’infini paysage,
Sauvagerie des vents et de la mer,
Ton cœur brassé de sable, brasé de ces gris pourpre,
O ma Flandre de Ciel !"
Arthur Van Hecke crée le lien entre Emmanuel Looten et Jean Kerchbron : Looten est adapté sur France 3 en mai 1974
Sur une idée d’Arthur Van Hecke, Emmanuel Looten confie à Jean Kerchbron l’adaptation, pour la télévision, de sa pièce Samsoen ou la désespérance. Car Emmanuel Looten est aussi dramaturge. Jean Kerchbron est alors l’un de principaux réalisateurs de télévision d’après-guerre ; il confie les décors à Arthur Van Hecke. La pièce est diffusée le 18 mai 1974 sur France 3, à l’époque FR3. 1 mois avant la mort de Looten ! Rappelons ce que Wikipedia dit du grand résistant qu’avait été Jean Kerchbron : "Jean Kerchbron entre dans la Résistance alors qu'il n'est âgé que de 17 ans. Il est arrêté au Bois de Boulogne au cours d’une opération et est emmené avenue Foch où il est torturé par la Gestapo sans que celle-ci parvienne à lui faire avouer quoi que ce soit. Il est alors emprisonné à Fresnes dans le quartier des condamnés à mort. Puis, découvrant qu’il est juif, ses geôliers l’envoient au camp de Drancy en août 1944. Il sort finalement du camp grâce aux négociations entre les Allemands et le consul de Suède et participe ensuite à la Libération de Paris à la mairie du 2e arrondissement sous les ordres du Capitaine Joiris. Il reçoit la Croix de guerre 1939-1945, ainsi que la Légion d'honneur en février 1985." Arthur Van Hecke s’était, de son côté, engagé volontaire, tout jeune, dans l’armée de Libération qui défendait la poche de Dunkerque. Voilà qui crée des liens…
Marguerite Yourcenar, Emmanuel Looten, André Louf... Ou quand la Flandre française produisait de grands littérateurs
Marguerite Yourcenar passera les étés de son enfance dans le château familial, en haut du Mont Noir, entre Steenvoorde et Cassel. Emmanuel Looten est de Bergues. Sans oublier André Louf : on ne peut éviter de ressentir une forme de proximité entre le poète Emmanuel Looten et le mystique André Louf. Même si les hasards de la vie font qu’ils ne se sont pas connus. Dom André Louf nous quitte un 12 juillet, en 2010. Il naît à Louvain en 1929. Il est le fils du poète flamand André Louf-Decramer. Jaak (son vrai prénom) Louf passera son enfance à Bruges (Brugge) ; il entre à 18 ans à l’abbaye du Mont des Cats, entre Dunkerque et Lille, et y est élu Abbé à seulement 33 ans ! Il en restaurera l’église abbatiale, dans l’esprit épuré de la tradition cistercienne. Son 1er livre paraît en 1974, l’année du décès d’Emmanuel Looten : Heer leer ons bidden, en français Seigneur apprends-nous à prier, traduit en 10 langues. Il publiera 15 livres et sera nommé Docteur honoris causa de l’Université de Louvain. Le Pape Jean-Paul II lui confie, en 2004, la rédaction des méditations pour le Chemin de Croix du Vendredi Saint au Colisée. Il finira sa vie comme il le souhaitait, ermite pendant 10 ans en Provence dans la Communauté bénédictine de Saint Lioba à Simiane-Collongue, entre Marseille et Aix. Il y traduit et publie (du syriaque au français) les écrits monastiques de Saint Isaac le Syrien (8e siècle), et du flamand au français les textes du mystique Bruxellois le Bienheureux Jean Ruysbrouck (1293-1381). Il revient en mai 2010 au Mont des Cats et y décède le 12 juillet ; il repose au cimetière du monastère.
1973 : Emmanuel Looten dédie "Ma Flandre est un songe" à Jozef Deleu, journaliste, éditeur, poète, acteur culturel
Emmanuel Looten dédiera à Jozef Deleu 2 versions de son poème Ma Flandre est un songe (Le Chaos sensible - "Sanderus" Oudenaarde - 1973). Jozef Deleu, aujourd’hui en retraite, est né à Roeselaere en 1937 ; fils de paysan, il sera, au cours de la 2e moitié du 20e siècle, l’un des principaux poètes et écrivains en néerlandais. Jozef Deleu sera le créateur, puis le Rédacteur en chef de "Ons Erfdeel" ("Notre héritage") de 1957 à 2002, revue culturelle d’un niveau exceptionnel. Il est un pont fabuleux entre la culture française et les cultures flamande et néerlandaise. Faut-il rappeler la création de sa revue "Septentrion" (Arts, culture et lettres de Flandre et des Pays-Bas ), en français, pour diffuser la culture néerlandaise aux francophones ? Le tout est abrité dans une Fondation à Rekkem, entre Tourcoing et Courtrai, avec centre d’expositions et de débat, le Dialoogcentrum Stichting Ons Erfdeel (Centre d'échanges Fondation Notre Héritage). Son travail est époustouflant, étalé sur un demi-siècle : en littérature, particulièrement, tout est dans "Ons Erfdeel" et "Septentrion". En 2002 l'écrivain et essayiste Luc Devoldere prend la succession de Jozef Deleu à la tête de la Fondation et de ses publications. En 2019 "Ons Erfdeel" ouvre une plateforme internet trilingue néerlandais-anglais-français, consacrée aux Plats Pays, sous le nom The low countries : https://www.les-plats-pays.com, qui devient le site-accueil internet de l'ensemble (magazines, annales, livres, événements). En marge des 2 revues, Jozef Deleu puis Luc Devoldere auront édité de nombreuses plaquettes, livres et livrets d’une facture et d’un contenu remarquables. Quant à sa retraite, l’infatigable Jozef Deleu l’occupe ainsi : il a fondé et dirige jusqu'en 2025 la revue de référence en matière de poésie contemporaine en néerlandais, le semestriel "Het Liegend Konijn", avec site internet d’actualités à la clef : http://www.hetliegendkonijn.be ! Emmanuel Looten comptait Jozef Deleu parmi ses amis.
La dernière époque d'Emmanuel Looten : Golfe-Juan... puis Bergues
En 1981 j'avais publié une chronique dans Neerlandia, le magazine du Algemeen-Nederlands Verbond, mouvement créé en 1895 pour renforcer les liens entre Pays-Bas du nord et Flandre belge : "Men kan het werk van Looten indelen in drie perioden. Zijn jeugdwerk was tegelijk erg klassicistisch en erg Frans. Men voelt de invloed van de Franse literatuur die hij nogal koud verwerkt. Al vlug daarna ontplooit Looten zich tot een erg persoonlijk kunstenaar, met een zeer persoonlijke uitdrukkingstechniek. Zijn eigen geliefkoosde uitdrukking was: ‘Ik schrijf in het Lootens’. In zijn tweede periode vindt de dichter zijn vlaamse wortels terug. Hij gaat nu zijn erfgoed verheerlijken. Tenslotte, ondermijnd door de ziekte, treedt een tot dusver onbekende Emmanuel naar voor. Zijn indrukwekkende gedichten van de jaren '70 werden op een gewoon stuk papier met de hand geschreven en aan vrienden of familieleden uitgedeeld. Zij zijn tragisch en mystiek geladen." J'y décris les 3 périodes de la création d'Emmanuel Looten : une première très classique, une seconde à la fois plus puissante et souvent tournée vers la Flandre, enfin une troisième, lumineuse et sombre à la fois, marquée par la maladie et la douleur. En effet Andrée Aroz et Emmanuel Looten emménagent à Golfe-Juan en 1973 : la santé d’Emmanuel se dégrade. À cette époque, il remet un poème inédit, lourd de sens, à son frère Charles Looten, qui me le prêtera plus tard :
"De la collection Charles Looten :
Mon Dieu comme Votre main est lourde quand elle frappe
Mais que Votre main soit bénie
Pleine face j’ai reçu le dur gantelet de fer
Des épreuves qu’il vous plut de m’infliger.
Mon Seigneur et mon Dieu, pitié pour ma lâcheté,
Si je crie, et supporte mal, si je trébuche et saigne
Si ma douleur sauvage arde et se cabre
Frappez encor. Dieu de bonté, pour que je sois humble.
La main de justice est dure et lourde…
Atteint de vive chair, je râle comme une bête
Mais que cette agonie monte vers Vous ô Très haut
Joindre sa farouche louange aux neuf chœurs des anges."
Toute sa vie Emmanuel Looten conservera des relations étroites avec son frère Charles : ils auront animé à deux l’entreprise familiale de quincaillerie en gros. Et c’est dans les bras de Charles qu’Emmanuel reviendra mourir. À Bergues. Le poète, romancier, critique Flamand Willy Spillebeen, qui fut l’ami d’Emmanuel Looten, le rappelle dans la revue de Jozef Deleu, "Septentrion" (1974 - n° 2) : "Emmanuel Looten, le chantre de la Flandre française, est décédé le 30 juin 1974. Le 6 novembre prochain, il aurait atteint l'âge de 66 ans. Pris d'un malaise dans sa maison à Golfe Juan, il a eu sans doute la prémonition de sa mort prochaine : il a prié sa femme de le faire transporter dans sa maison natale de Bergues, à proximité de Dunkerque, à une distance de quelque mille kilomètres à travers la France. Il est mort peu après son arrivée. Il a été enterré à côté de son père et de sa mère dans sa terre natale." Je tente cette synthèse dans Neerlandia en 1985 : "Emmanuel Looten was een Vlaming door zijn afkomst en in zijn kunst, een Fransman in zijn uitdrukkingstaal, en een Nederlander, in de ruime zin van het woord, door zijn bewogen universaliteit." (Emmanuel Looten était Flamand par ses origines et son art, Français par sa langue d'expression, et Néerlandais par son universalité). Belle conclusion par Daniel Cunin sur son blog Flandres-Hollande - littérature flamande & néerlandaise (http://flandres-hollande.hautetfort.com) : "Le Flamand Emmanuel Looten, l’un des poètes les plus rares de notre 20e siècle".
Une exposition en 2028, à l'initiative de Patrick Descamps, Conservateur du Musée de Bergues
Patrick Descamps, Conservateur du Musée de Bergues, mène en 2025 l'inventaire des archives d'Emmanuel Looten. Une exposition-bilan, avec catalogue, est programmée pour 2028. Ce sera 120 ans après la naissance d'Emmanuel Looten. Patrick Descamps fait paraître, le 3 mars 2025, sur le site Les Plats Pays, un article annonçant l'événement : https://www.les-plats-pays.com/article/emmanuel-looten-une-posterite-en-mode-mineur/



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