LA MUSIQUE NORD-AMÉRICAINE
- Dominique Neirynck
- 29 janv.
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 13 juil.
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Photo en-tête : le site de Motown en juin 2025.
5 mini-révolutions marquent le 20e siècle musical nord-américain. Précédées par un génocide
Il faut rappeler les mini-révolutions qui en ont marqué la musique de l'Amérique du Nord depuis l'invasion par les Européens. Et avant elles, tout d’abord, le génocide (physique, culturel, donc musical) : le génocide des Indiens. Car la musique issue d’Europe s’implante, sur fond d’un oubli complet des musiques indiennes. Ces dernières devaient être riches et diversifiées précédemment ; il n’en reste rien ou presque.
États-Unis : de 10 millions à... 250 000 Indiens
Et l’éradication fut atroce, comme le montre Dalva, du colosse littéraire Jim Harrison (1937-2016). Un seul chiffre, qu’il se plaisait à rappeler, comme dans Péchés capitaux : "Peu après la guerre de Sécession, nous avons recommencé à exterminer les Indiens d’Amérique, un holocauste en soi, car à notre arrivée sur le continent ils étaient presque dix millions et vers 1900 il en restait à peine deux cent cinquante mille."
Ensemble des Amériques : 56 millions de morts au cours du 16e siècle
En 2018 une étude de l'UCL (University College of London) évalue, pour l'ensemble du continent américain, à 56 millions le nombre d'Indiens massacrés ou morts d'épidémie au cours de la colonisation par les Européens, pour le seul 16e siècle. Référence sur ce thème : l’essayiste, nouvelliste, romancière américaine Ursula K. Le Guin (1929-2018), du fait de sa filiation avec Theodora et Alfred (1876-1960) Louis Kroeber, anthropologues spécialistes des Amérindiens, notamment de Californie. C’est d’ailleurs d’une chanson indienne qu’elle tire cette expression, “danser au bord du monde”, image au cœur d’une discussion sur la création fictionnelle du monde, pour en faire le titre de son livre : Danser au bord du monde. Mots, femmes, territoires. Sa mère, Theodora, publie en 1961 Ishi in two worlds, histoire passionnante, incroyable, édifiante du dernier (1860-1916) Indien Yahi, de la tribu Yana, passée dans la 2e moitié du 19e siècle de 3000 à 15 membres, par massacres. Le livre sera édité en France : Ishi : testament du dernier Indien sauvage de l'Amérique du Nord. Certes les Indiens n’étaient ni des agneaux ni de grands féministes ni des démocrates exigeants, mais rien n’excuse le génocide… On imagine l’univers musical sacrifié au passage. Les Européens arrivent avec des chants religieux, des balades irlandaises et implantent le socle musical nord-américain : la country. Parmi les sources :
Dalva : Jim Harrison, 1991
Péchés capitaux : Jim Harrison, 2015
Ishi : testament du dernier Indien sauvage de l'Amérique du Nord : Ursula K. Le Guin, 2002 (Pocket, collection Terre Humaine)
Les 5 mini-révolutions : jazz et blues, rock, rythm and blues, pop, hip-hop
Chacune de ces mini-révolutions permet à une population nouvelle — Blancs puis Noirs, ou l’inverse, Européens puis Américains, ou l’inverse —, donc à des sources nouvelles, de s’exprimer, parfois par le mélange avec une forme musicale préexistante. Il faut les distinguer des grandes révolutions musicales qui sont, elles, de totales ruptures positives, majeures ; pour la musique européenne puis occidentale ces dernières furent au nombre de 2 : la polyphonie flamande, puis Bach et son clavecin tempéré.
L’EFFACEMENT PROGRESSIF DE LA COUNTRY AU PROFIT DU JAZZ ET DU BLUES
Le jazz naît à New Orleans au début du 20e siècle. Rapidement il émigre, par le Mississippi, vers Saint-Louis et Chicago, lorsque les bars de New Orleans, qui était le port maritime militaire des Etats-Unis, sont fermés brutalement pendant la 1re Guerre mondiale. La raison : trop de marins s’y perdaient avant le départ pour l’Europe…
LA DOMINATION DU ROCK
La saga du rock débute par une improvisation fondatrice, réalisée par un inconnu, un petit jeune nommé Elvis Presley. Nous sommes à Memphis (Tennessee), le 5 juillet 1954 (une bonne année pour les naissances…), au cours d’une séance improvisée dans les studios de Sun Records. On connaît la suite : une première prestation en public au club Bon Air le 17… suivie par une déferlante planétaire.
L’AVÈNEMENT DE LA SOUL ET DU R’N’B (“RYTHM AND BLUES”)
Le lieu et la date symboliques : au nord des USA, à Detroit (Michigan) le 12 janvier 1959, le Noir Berry Gordy (95 ans en 2025) crée son label, Motown. Parti avec 800 $ il en fera une usine mondiale à tubes et influencera le son sur toute la planète pour un demi-siècle. Motown ce sera notamment Marvin Gaye, Michael Jackson, les Jackson Five, Lionel Richie, Diana Ross, les Supremes, les Pointer Sisters, les Temptations, Stevie Wonder. Berry Gordy vit toujours au nord de Los Angeles, le long de la 405. Motown est aujourd’hui intégrée dans Universal Music Group. L’autre grande maison de disques de la soul, dans le Sud cette fois, sera Stax Records, lancée en 1958 à Memphis (Tennessee) par 2 Blancs, Jim Steward et sa sœur Estelle Axton. On appellera leur son la Southern soul, issue de l’ensemble gospel / blues / country ; ils lanceront Otis Redding. Stax fait faillite en 1975 et est relancée en 2007. Hors de Motown et Stax on trouvera aussi quelques personnalités exceptionnelles, comme Fats Domino, qui nous quitte en octobre 2016 : Noir et du Sud, en pleine ségrégation raciale il aura été dans les années 1950 le plus gros vendeur américain de disques, au niveau d’Elvis Presley.
LA CRÉATION DE LA POP
Nous sommes au début des 60’. La pop se construit sur le socle des balades irlandaises préexistantes et du nouveau son britannique de certains jeunes Anglais… Beatles et Rolling Stones en tête. La pop portera et accompagnera musicalement la révolution générationnelle de la fin des années 60 : hippies aux Etats-Unis, Provos aux Pays-Bas, Mai 68 en France, punks en Angleterre.
LE LANCEMENT DU MOUVEMENT HIP-HOP
Une décennie plus tard, dans les années 1970, des New-Yorkais du South Bronx, influencés par l’Afrique, lancent les 4 principales composantes du mouvement hip-hop :
le break dancing (danse au sol),
le graffiti,
les musiques rap (plutôt parlée) et hip-hop (plutôt chantée),
le DJ mix.



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