OSCAR PETERSON, GÉANT DU PIANO, DU JAZZ, DU 20E SIÈCLE
- Dominique Neirynck
- 30 janv.
- 12 min de lecture
Dernière mise à jour : 13 juil.
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Noël 2007 : Oscar Peterson meurt à Toronto. Nous perdons le plus grand musicien de l'histoire du jazz. L'un des géants du 20e siècle.
À Jacques Puisais, œnologue (parce que musique et vin sont tellement proches...)
Jacques Puisais, que j’ai eu le plaisir de connaître et rencontrer, est œnologue, philosophe du goût, auteur. C'est le meilleur spécialiste, au monde, des vins de Loire. Né à Poitiers en 1927, titulaire d'un doctorat en chimie, il dirigera à Tours le Laboratoire régional d’analyses. Il aura été l’auteur de 17 ouvrages consacrés au vin et au goût, parmi lesquels : Le vin se met à table (1981, éditions Marcel Valtat), Les vins de la Loire (1985, éditions La Nouvelle République), La France du vin (1996, éditions du Patrimoine Centre des monuments nationaux), Le goûteur et le voluptueux, avec Nicolas de Rabaudy (1996, éditions Gérard Klopp), Vins et vignobles de France (1997, éditions Larousse), Empreintes de vin, avec Michel Didier (2007, éditions Delicéo), Le temps du goût, avec la neurologue Régine Zékri-Hustel (2010, éditions Privat), Et si nous refusions la MacDonaldization du goût ! (2011, éditions Delicéo), Le goût chez l'enfant — L’apprentissage en famille, avec Catherine Pierre (2013, éditions Flammarion), Le goût juste des vins et des plats, avec Catherine Pierre (2013, éditions Flammarion). Cette longue série est saluée le 21 décembre 1985 par un article titré Un esthète des goûts : Jacques Puisais, dans Le Monde : "Un fou du goût laisse (enfin) ses papilles et sa mémoire tenir sa plume : Jacques Puisais, le pédagogue œnologue. Puisais, le professeur en sensations gustatives, le physiologiste épicurien, entreprend de nous raconter ses régalades.” Je lui dois ma plus grande leçon d’humilité : j’assiste, un jour de 1987, à une dégustation à Lille, au cours de laquelle, non seulement il reconnaît un vin de Loire les yeux fermés, mais aussi son terroir, mais aussi son récoltant… mais également la parcelle de la récolte !! Je l’entends encore : “C’est chez Untel, près de tel pont sur la Loire : je reconnais le goût du sable" ; on retourne la bouteille, on lit l’étiquette… Bingo, c’était gagné ! Jacques Puisais meurt de la covid à Chinon en 2020, à 93 ans.
Son blog est toujours actif : http://jacques.puisais.over-blog.com.
Début 2019 j'ai lancé la contribution qui lui est désormais consacrée sur Wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Puisais.
Le jazz a produit 31 grands pianistes
11 d'entre eux sont mes références : Count Basie, Bill Evans, Erroll Garner, Earl Hines, Ahmad Jamal, Keith Jarett, Thelonious Monk, Charles Mingus, Oscar Peterson, Art Tatum, Fats Waller. Les 20 autres sont Dave Brubeck, Nat King Cole, Chick Corea, Duke Ellington, Herbie Hancock, Fletcher Henderson, Hank Jones, Scott Joplin, la Canadienne Diana Krall, Alfred McCoy Tyner, Brad Melhdau, Jelly Roll Morton, Bud Powell, Horace Silver, le Français Martial Solal, le Français Jacky Terrasson, Bobby Timmons (qui a tant joué avec Chet Baker), le Cubain Chucho Valdés, Kenny Werner, Spike Wilner.
Une scène du jazz en perpétuelle adaptation depuis près d’un siècle et demi
Mais à quoi bon classer des musiciens au sein d’une forme de musique, qui serait donc devenue historique, sans actualité ? Ici il n’en est rien : la scène du jazz continue à vivre. Plusieurs musiciens cités ci-dessus sont des quadras ou des quinquas : Diana Krall, Brad Melhdau, Jacky Terrasson, Spike Wilner. Cela signifie 2 choses : non seulement ils ne sont pas âgés, mais surtout ils ont encore beaucoup à dire. Et ils le diront au cours des 30 ans qui viennent. Poursuivant l’évolution de cette forme de musique, après ses périodes New Orleans, Saint-Louis (qu’on appelle à tort le “Nouvelle-Orléans”), be-bop, etc.
Des concerts new-yorkais quotidiens sur internet
Ainsi Spike Wilner : pianiste, il gère son propre club, le Smalls Jazz Club de New York, dans la 10e rue de Greenwich Village. Il a réinvesti et repris, en 2007, le lieu mythique qu’était déjà ce club, underground, entre 1993 et sa fermeture en 2003 pour difficultés financières. Preuves complémentaires du renouvellement permanent de la scène jazz, le club ouvre depuis plus de 15 ans avec succès dès 19:30, tourne jusqu’à 04:00 du matin librement autour d’un bar et… diffuse ses concerts en direct sur internet ! En s’appuyant sur son propre label : Smalls Live. En face, également à l'angle de la 10e Rue et de la 7e Avenue, se trouve le club-frère, le Mezzrow, diffusé aussi sur internet en direct... En tout 30 nouveaux concerts par semaine ! Les sites internet :
www.youtube.com/@smallslive : le site-concerts du club Smalls Live ;
www.youtube.com/@mezzrowjazzclub8350 : le site-concerts du club Mezzrow.
Des jazzmen souvent formés aujourd'hui à l'université
Autre signe de progression et d’adaptation : Spike Wilner est issu de la plus grande université privée de New York, The New School, et précisément de son département School of Jazz. Comme Brad Mehldau, il était dans les premiers étudiants à la fin des années 1980. Et ils auront eu comme prof un certain… Kenny Werner.
Le plus grand musicien du 20e siècle ? Oscar Peterson... En tout cas le plus grand pianiste de jazz
Le plus grand pianiste de jazz ? Oscar Peterson. On peut même pousser jusqu’à dire que, plus grand instrumentiste du plus grand instrument (le piano) de la plus grande musique du 20e siècle (le jazz), il est le plus grand musicien du 20e siècle… Je blague. Quoique…
Montréal, une source du jazz dans la seconde moitié du 20e siècle
Oscar Peterson est Canadien et non pas Américain : né à Montréal en 1925 et mort à Toronto le 23 décembre 2007. Voilà qui montre le dynamisme de la scène musicale noire de Montréal, très tôt. Ainsi la sœur d’Oscar Peterson, Daisy Peterson Sweeney, qui décède le 11 août 2017, à 97 ans, aura animé pendant un quart de siècle à Montréal une école de musique de grande qualité. Elle formera des générations de musiciens (plus de 2000), la plupart Noirs, qu'elle prépare notamment aux examens de l'Université McGill. Son travail de fond marquera Montréal. Elle est elle-même diplômée en musique de McGill.
Le pianiste de jazz Albert Creton : "Le jazz au piano, c'est la main gauche"
Parenthèse technique indispensable pour comprendre le jazz au piano : n’oublions jamais, à l'écoute, particulièrement en trio, le principe fondateur du piano en jazz... c’est la main gauche qui bosse. C’est en effet elle qui plaque les accords (jeu simultané de plusieurs sons), les uns derrière les autres, sous forme d’une suite harmonique. Ce faisant la main gauche indique et révèle le niveau du pianiste de jazz, précisément et à la fois :
sa puissance physique : le piano n’est pas qu’un instrument à cordes, c’est aussi un instrument "à percussion"… on le constate quand on regarde les pianistes de jazz plaquer les accords ;
sa finesse créative, par la richesse des harmonies choisies et l’intelligence mathématique de leur succession.
Emilie et Marie (Marie alors très jeune) l’ont vécu en rendant visite un jour à Albert Creton, chez lui, à Dunkerque ; ce dernier prouve à Marie et Emilie la prééminence de la main gauche dans le jazz ; il utilise pour cela un jeu de rôles facile à réaliser, en 2 temps :
il se met tout d'abord à la main droite en jouant une mélodie de jazz, tandis que Marie, qui n’avait pas encore débuté le piano, "improvise" à la main gauche… le résultat est tout bonnement catastrophique ;
ensuite il inverse les rôles, se met donc à la main gauche et place une suite harmonique de jazz, superbe, laissant Marie "improviser" à la main droite ; très naturellement Marie tape alors n’importe quoi en rythme avec un doigt… cette fois le résultat est, incroyablement, magnifique.
Explication : grâce à la qualité harmonique exceptionnelle du jeu d’Albert Creton à la main gauche, à lui seul il "emplit" l’expression jazzistique.
Oscar Peterson au piano, Ray Brown à la basse, Ed Thigpen à la batterie : la perfection en trio de 1959 à 1965
Enfant, Oscar Peterson abandonne la trompette à cause d’une tuberculose et se tourne vers le piano. Parmi les qualités d’Oscar Peterson, la modestie. Celle des très grands. Il ne refusera jamais le rôle de simple accompagnateur : Louis Armstrong, Ella Fitzgerald, Billie Holiday, Dizzy Gillespie ; parfois il n’apparaît même pas sur la pochette ! Il se forgera ainsi un style exclusif, très personnel, qui atteindra la perfection en trio, de 1959 à 1965. Le trio est alors une forme nouvelle de l’organisation musicale jazzistique, et remplace utilement le quintet :
dans le quintet les cuivres sont rois – souvent trompette, saxo, trombone – et se réservent en principe les solos ; la section d’accompagnement y regroupe piano, batterie, basse ;
dans le trio, plus léger donc plus abordable mais en même temps plus exigeant, particulièrement pour le pianiste, c’est le piano qui prime, accompagné par le couple batterie / basse.
Le monde du jazz est un village
Ce trio, de 1959 à 1965, regroupe Oscar Peterson au piano, Ray Brown à la basse, Ed Thigpen à la batterie. Ray Brown est le plus grand bassiste de l’histoire du jazz, et le bassiste attitré d’Oscar Peterson de 1951 à 1966. Et qui était la femme de Ray Brown ? Une certaine… Ella Fitzgerald. Le monde du jazz est un village. Le bassiste Ray Brown était un improvisateur d’exception… du moins les premiers temps ; ensuite Oscar Peterson se réservera les solos : avec le temps, le maître devient le boss. Générosité, simplicité, franchise, élégance… pour reprendre les termes du grand critique Alain Gerber. Et, toujours en premier lieu, la recherche du swing.
Un succès populaire croissant, alors que le jazz décline : une mini-révolution anglaise s'impose
En toile de fond, le succès populaire va croissant pour Oscar Peterson et ce trio ; pourtant, la vague du jazz décline alors fortement aux Etats-Unis, submergée par le son pop britannique. Oscar Peterson vivra en spectateur cette mini-révolution : comme je l'indique plus haut, un son blanc et européen va, pour un temps, dominer la planète.
L'excellence date en réalité de la période avant 1959 : le trio précédent, Peterson-Brown-Ellis... un trio à cordes dans le jazz
Oscar Peterson au piano, Ray Brown à la basse, Herb Ellis à la guitare. Sans batteur ! J’en suis convaincu : l’excellence avait été atteinte, en réalité — probablement moins abordable pour la grande écoute mais terriblement plus exigeante —, au cours de la période précédant celle du trio 1959-1965 dont je parle ci-dessus, donc jusqu’en 1958. Car ce trio Peterson-Brown-Ellis est marqué dans son essence par 2 caractéristiques improbables, pour ne pas dire impossibles :
d’une part il regroupe les 3 plus grands jazzmen de l’histoire dans leur instrument ;
d’autre part c’est un trio… à cordes (piano-basse-guitare) ! Là se révèle l’exigence hors du commun : en effet, si la basse peut en théorie jouer un rôle de soubassement, piano et guitare sont, eux, 2 instruments rois, complets, équivalents. Donc a priori incompatibles. La performance qui consistera à les faire fondre dans une musique commune, à la fois fusionnelle et complémentaire, est proprement unique dans l’histoire de la musique.
L'efficacité d'un couple : Peterson l'artiste, Granz le producteur
O.P., comme il se faisait appeler, sera cornaqué par le plus grand producteur de jazz, l’Angelino (aux parents Moldaves) Norman Granz. Un phénomène à lui seul : il traverse tout le 20e siècle, fonde les disques Verve en 1946, mémoire et fonds fabuleux du jazz. Il lancera Charlie Parker, Stan Getz, Billie Holiday ; il produira Louis Armstrong, John Coltrane, Nina Simone, Bill Evans, Sarah Vaughan. Verve est aujourd’hui intégré dans Universal Music Group, propriété de Vivendi. Granz aura le génie et l’énergie d’inventer l’une des premières tournées musicales, à couverture planétaire, concept qu’il baptise Jazz at the Philarmonic et qu’on appellera le JATP. Il y intègre, au coup par coup et à géométrie variable, les plus grands noms du jazz, dont O.P. Norman Granz est un acteur de l’antiracisme : il paye au même tarif un musicien noir ou blanc, et il se fera même arrêter, à Houston (Texas)… il venait d’arracher les panneaux "Noirs" et "Blancs" dans la salle où il produisait ses musiciens.
Références et guide d'écoute pour le trio Peterson-Brown-Thigpen : "Night Train" en 1962
Pour le trio Peterson-Brown-Thigpen, je recommande 3 albums :
The Sound of the trio (live à la London House de Chicago), au début de la période Peterson-Brown-Thigpen.
We get requests, dans les studios RCA à New York, à la fin de cette période.
Night Train, qui restera la grande référence de ce trio. L’album est enregistré dans l’historique studio Radio Recorders, au 7000 Santa Monica Boulevard de Los Angeles. Ce studio est construit en 1929 sur une fondation-amortisseur en sable pour ne pas ressentir la circulation automobile. Il bénéficiera pendant près d’un siècle du meilleur son de L.A. Jusqu’à la fin du 20e siècle enregistreront là, ou à l’arrière dans le "1041", les plus grands : Louis Armstrong, les Beach Boys, les Beatles, les Carpenters, Jimi Hendrix, Billie Holiday, Charlie Parker, Elvis Presley, Frank Zappa et tant d’autres. Night Train c’est 17 titres (pour plus de 1 heure d’écoute), dont beaucoup sont remarquables.
Sélection d'écoute détaillée pour Night Train :
Georgia on my mind : pour le tempo lent et en général le respect (un défi avec un piano) de l’esprit de retenue du standard de Carmichael.
Bags groove : pour le jeu épuré, réduit à l’essentiel, qui permet à Oscar Peterson de sublimer l’esprit chaud, chaloupé, soul, de ce morceau du vibraphoniste be-bop Milt Jackson.
Things ain’t what they used to be : pour l’hommage de Ray Brown, par son jeu, au bassiste Jimmy Blanton, son idole, mort de tuberculose en 1942, à 23 ans, à Los Angeles ; en 2 ans seulement, Jimmy Blanton aura révolutionné la pratique de la contrebasse pour un siècle, au sein de la formation de Duke Ellington ; le morceau est l’œuvre du fils de Duke Ellington, Mercer.
Band call : pour son final, qui imite les grands orchestres et clôt ce morceau de Duke Ellington.
My heart belongs to Daddy : pour l’adaptation, sous la forme d'une bossa-nova jubilatoire, de ce titre de Cole Porter ; Cole Porter est l’un des principaux paroliers et compositeurs américains du 20e siècle, fou de France… où il part en 1918 s’engager volontairement dans la Légion Etrangère et y récolte la Croix de Guerre.
Hymn to freedom, par dessus tout la pièce maîtresse de ce CD ; cette version est renversante. Un jour de 1962 Albert Granz demande à Oscar Peterson de composer un hymne en hommage aux débuts du blues… Oscar se met au piano et compose son plus grand chef-d’œuvre, qui deviendra l’un des chefs-d’œuvre du 20ème siècle, hommage planétaire aux droits civiques et aux libertés. Oscar Peterson le jouera en 2002 devant la Reine Elisabeth II, pour son jubilee, au Roy Thomson Hall de Toronto.
Références et guide d'écoute pour le trio précédent, Peterson-Brown-Ellis : "Tenderly" en 1958
Pour le trio précédent, Peterson-Brown-Ellis, mon préféré : l'album Tenderly. Il est enregistré en public à Vancouver en 1958. Oscar Peterson a 33 ans. Le CD est aujourd’hui épuisé. On le trouve sur Youtube ou sur Amazon : il s’agit du JAP 9147-2, avec O.P. sur la couverture, au piano, vu de droite, en gilet avec une chemise ouverte ; le titre est "Oscar Perterson (en blanc sur toute la largeur sur la 1re ligne) with Herb Ellis § Ray Brown (en noir sur 2 lignes) Tenderly (en italique rouge sur la 4e ligne)"… précision utile car d’autres disques ont le même titre… Ce qui frappe c’est l’ambiance encore artisanale et très nature du contact avec le public, Oscar Peterson prenant soin, à la fin de chaque plage, d’expliquer (parfois longuement) le morceau qui suit. Le maître-mot de cette prestation du trio, c’est leur cohésion. Guide d’écoute détaillé :
Alone together, le titre d’ouverture : 4’ de jeu, dans les aigus, au piano (en réalité la mélodie), avec la basse en soutien et la guitare en harmonie (c’est-à-dire plaquant des accords) et rythme. Rappelons que la musique c’est un assemblage culturel de 3 composantes, "arrangé" (par un arrangeur) : la mélodie, le rythme, l'harmonie (science et art des accords)… un art qui ne regroupe pas ces 3 éléments peut être très noble mais ce n’est pas de la musique. Puis, à 4’, le piano ajoute ses graves : il faut redire ici qu’en piano de jazz, ce qui compte c’est la main gauche et sa suite harmonique… La clôture du morceau exprime un jeu entre la guitare et le piano.
How about you débute par ce même jeu, en introduction, entre les 2 instruments, entremêlés et complémentaires à la fois. À 1’ on assiste à un solo de guitare… ah, le plus grand guitariste de l’histoire du jazz, accompagné ici modestement par le plus grand pianiste… À 2’ les rôles s’inversent. À 3’ nous assistons à un bel exemple montrant la capacité de tricotage et de re-lancements entre la guitare et le piano, la basse n’étant pas en reste.
The surrey with the fringe on top débute avec les 3 musiciens, à une ultra vitesse, tout en maintenant leur "intimité collective" (grâce à leur proximité, ce n’est pas un oxymore) et en conservant un swing parfait. Il s'agit là d'une performance physique : le pianiste noir canadien Oliver Jones, qui fut l’élève de Daisy Peterson Sweeney et signe la présentation sur la jaquette du CD, parle d’un morceau athlétique. C'est aussi une performance artistique. Les deux performances démontrent leur habitude à jouer ensemble. La dextérité du guitariste dans ses solos est surhumaine : si on fait abstraction du son de la guitare, on croit entendre un piano.
The music box suite aka Daisy’s dream, le 4ème titre, est un chef-d’œuvre, de plus signé par Oscar Peterson. Le trio y passe, sur près de 1/4 d’heure, de la musique classique au jazz-rock… on comprend à son écoute que ces 3-là avaient tout intégré, de toutes les musiques. Pendant 3’ l’introduction n’a rien à envier à la musique de chambre de Mozart ou aux menuets de Bach — Ray Brown est même à l’archet sur sa contrebasse — puis on bascule dans un mélange de jazz et de classique, le bassiste abandonnant l’archet. À 7’ le jazz explose : Ray Brown utilise sa basse en soutien et Herb Ellis sa guitare en accords. À 8’ on bascule en un jazz-rock endiablé, pour finir… en classique. Ouf !
A foggy day : les 3 compères revisitent les frères Ira et George Gershwyn.
The Gipsy in my soul : exercice très classique en trio, qui est clos par une fin courte et humoristique, façon Bach au clavecin.
My funny Valentine : pour Oliver Jones c’est le meilleur morceau du CD ; il est vrai que la contrainte de se mettre au service d’un standard du jazz oblige le trio à développer toutes les facettes de son talent.
Patricia : signé Herb Ellis, le morceau est un long solo, impressionnant, du guitariste.
Poggo : également signé par le guitariste, cette plage le voit soutenu en revanche par Ray Brown à la basse ; à 3’ ils sont rejoints par Oscar Peterson, qui joue donc ici un morceau de son guitariste !
Tenderly : le morceau donne son nom à l’album et débute par une superbe et longue intro de 2’, soit la moitié du titre.
Supplique à Bolloré : please, rééditez "Tenderly" !
Ce disque est épuisé ; restent quelques rares exemplaires sur Amazon. Monsieur Bolloré, demandez à Vivendi, qui demandera à Universal, qui demandera etc.. etc… une réédition de ce CD ! En attendant, pour les non fouineurs sur Amazon, on se rabattra sur le reste de l’immense production d’Oscar Peterson. Plus d’un demi-millier de disques !



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