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ET L'EUROPE ?

  • Dominique Neirynck
  • 18 janv.
  • 10 min de lecture

Dernière mise à jour : 10 août

Documents 14


Photo en-tête : le site internet de l'Europe en juin 2025.


N'oublions pas notre terre naturelle : l'Europe. Comment apprendre à l'aimer et à la comprendre ?

Pour (au moins) 4 bonnes raisons :

  • Elle naît unie, sous Charlemagne, après quelques siècles d'invasions germaniques sur un fond gallo-romain. Du fait de l'incurie et de la stupidité de ses successeurs elle s'est divisée pendant 12 siècles. Artificiellement. Pour aboutir aux Etats-Nations, dont le bilan principal se compte en guerres, dont les 2 mondiales du 20e siècle.

  • Elle a inventé (se ré-unissant ainsi de fait au 16e siècle) la Renaissance, formidable mouvement révolutionnaire qui éclaire la planète entière encore aujourd'hui.

  • Unie à nouveau aujourd'hui — difficilement et partiellement —, elle semble en capacité de se réformer dans l'intérêt des gens, comme le souligne Françoise Fressoz dans un éditorial du Monde du 29 décembre 2020 en partie consacré aux effets du Brexit : "(...) l’UE s’emploie à combler le fossé : l’ode à la concurrence a été supplantée par la défense d’une souveraineté européenne qui reste encore largement à bâtir. La protection des peuples est constamment mise en avant, notamment à l’occasion de la crise sanitaire durant laquelle la Commission européenne a joué son rôle en assurant l’approvisionnement en vaccins contre le Covid-19. Sous l’impulsion de la France et de l’Allemagne, un plan de relance sans précédent a été lancé pour tenter de juguler la récession. L’euro, qui était régulièrement fustigé, a fini par remporter la bataille de l’opinion, aidé par l’évolution décisive de la Banque centrale européenne, qui, au lieu de camper dans son rôle de gardienne de l’inflation, est devenue le pompier de l’Europe."

  • Les grandes évolutions sociétales positives sont presque toujours issues de l'Europe. Qui souvent fait figure d'exception. Un exemple symbolique : Hannah Summers sous apprend dans The Guardian du 10 décembre 2020 que "En dix ans, le nombre de femmes incarcérées a grimpé en flèche. Les règles adoptées il y a dix ans pour faire diminuer le taux de femmes derrière les barreaux n'ont visiblement pas porté leurs fruits." Malgré ces "règles de Bangkok", 100000 femmes de plus sont incarcérées dans le monde, soit 741000. Partout dans le monde... sauf en Europe.


Réfléchissons et documentons-nous sur notre Europe

Le philosophe et historien Néerlandais Luuk Van Middelaar (né à Eindhoven, 52 ans en 2025) est une source de 1re approche concernant l’Europe. Il enseigne à l’Université de Leyde (“Fondements et pratique de l’Union européenne et de ses institutions”) et signe des chroniques dans le quotidien des Pays-Bas NRC Handelsblad. De 2010 à 2014 il est conseiller du Président du Conseil Européen Herman Van Rompuy. Deux de ses livres sont parus en français, chez Gallimard : Le passage à l'Europe. Histoire d’un commencement (2012 ; Socrates Prijs 2010, Prix du Livre européen 2012, Prix Louis Marin 2012 de l’Académie des Sciences morales et politiques), Quand l'Europe improvise. Dix ans de crises politiques (2018). En 2021 il inaugure le “Cycle Europe” du Collège de France à Paris, par 4 conférences titrées “L’Europe géopolitique – actes et paroles” (1 : L’Europe face aux voisins russe et turc : la frontière ; 2 : L’Europe face à la Chine : la rareté ; 3 : L’Europe et les Etats-Unis : la solitude ; 4 : L’Europe et l’entrée dans l’Histoire : le récit) et ainsi présentées : “Nous aborderons dans ce cycle Europe les aspirations de l’Union européenne, en tant qu’ensemble, à se montrer comme un acteur respecté sur la scène mondiale et à peser davantage sur le cours des événements. Ce vœu d’une Europe plus "géopolitique", plus ''stratégique", voire "souveraine", exprimé depuis quelques années par de nombreux dirigeants (dont le président français et la présidente de la Commission), ne se traduit que difficilement dans les actes. Afin de remédier à cette situation, la doctrine bruxelloise tend à regarder du côté des réformes institutionnelles ou d’une adaptation des politiques. Nous suggérons, au contraire, qu’il convient en premier lieu d’effectuer un changement d’ethos, de mentalité et de vision du monde. Afin de retrouver un rôle d’acteur, l’Europe doit sortir de la pensée universaliste et intemporelle où elle a trouvé refuge après 1945, tant sur le plan des valeurs que sur celui de l’économie. Elle doit assumer la finitude de l’espace et du temps, réapprendre le langage du pouvoir, entamer, en somme, une vraie métamorphose libératrice – aussi douloureuse soit-elle. L’expérience enseigne toutefois que seule la nécessité pourra faire sortir les Européens de leur place privilégiée dans les coulisses de l’Histoire ; choc après choc, pas à pas. Plutôt que d’ajouter au chœur des exhortations qui se font entendre régulièrement, nous examinerons comment les Européens réagissent depuis 2015 aux événements disruptifs et réorganisent leur Union en conséquence. Quatre thèmes principaux illustrent ce réveil à contrecœur : découverte de la finitude territoriale, dans la reconnaissance d’une frontière extérieure commune, notamment à l’occasion des crises ukrainienne (2014-2015) et migratoire (2015-2016), et lors de l’intimidation turque en Méditerranée orientale (2020) ; découverte de la finitude économique, vivement ressentie sous le choc de la rareté médicale lors de la pandémie de la covid 19, et, plus largement, dans une nouvelle dépendance vis-à-vis de la Chine de Xi Jinping ; découverte de la finitude temporelle et de la solitude, enfin, qui se joue dans le lent abandon par les États-Unis de leur rôle de protecteur du continent européen. Ces découvertes, tâtonnements et pertes d’innocence successifs ne pourront déboucher sur une Europe actrice et maîtresse de son destin que s’ils sont accompagnés d’un récit. N’est-ce pas là la plus ancienne façon de s’inscrire dans le temps, le meilleur moyen de transformer la douleur de la finitude en une force ? Sans souveraineté narrative, pas d’autonomie stratégique. Ces quatre exercices de géopolitique seront reliés par quelques thèmes transversaux : nouvelle importance de la publicité et de l’espace public ; glissements de pouvoir entre États européens, notamment entre la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni ; réformes institutionnelles et rapport droit/politique au sein des instances de l’Union.”


Ré-insuffler l’Europe : liberté ET protection

Concernant l’Europe, rappelons le discours présidentiel pour le centenaire de l’Armistice de 1918 devant plus de 70 chefs d’Etat et de gouvernement : "L’Union européenne, une union librement consentie, jamais vue dans l’histoire, et nous délivrant de nos guerres civiles". Les arguments de cette intervention : "Souvenons-nous : ne retranchons rien de ce qu’il y avait de pureté, d’idéal, de principes supérieurs dans le patriotisme de nos aînés. Cette vision de la France comme nation généreuse, de la France comme projet, de la France porteuse de valeurs universelles, a été dans ces heures sombres exactement le contraire de l’égoïsme d’un peuple qui ne regarde que ses intérêts. Car le patriotisme est l’exact contraire du nationalisme : le nationalisme en est la trahison. En disant 'nos intérêts d’abord et qu’importent les autres !', on gomme ce qu’une nation a de plus précieux, ce qui la fait vivre, ce qui la porte à être grande, ce qui est le plus important : ses valeurs morales." Ces arguments, exacts mais surtout lyriques, n’empêchent pas les moins riches de se croire perdants de la mondialisation et de l’Europe, à la fois sur le plan économico-social et sur l'immigration. Un nouveau souffle s’impose donc pour l’Europe ; il passe par un projet social intégrateur ; d'autant qu'en réalité chacun profite de l’Europe dans sa vie quotidienne et sa sécurité. N'oublions pas : toutes les réponses sont européennes. Une réponse nationale est une réponse inefficiente : la France c’est 1 % de la population du monde.


Solidarité financière européenne

A ce titre l’initiative du couple franco-allemand en mai 2020 est positive : Angela Merkel, en un premier temps opposée à ce type de solution pour aider à sortir de la crise due au coronavirus, semble avoir été convaincue par Emmanuel Macron. Par une conférence de presse commune, le couple annonce un projet de plan de relance de 500 milliards d’euros pour l’Europe. Virginie Malingre, dans Le Monde le 18 mai : “Cet accord franco-allemand, qui doit encore être validé par les autres Etats membres, est en soi une révolution.” Car ce plan de relance propose un endettement de la Commission européenne pour envoyer ce budget vers les secteurs, Etats ou régions les plus touchés par la crise économique due au virus. L’Allemagne est donc désormais d’accord pour mutualiser la dette des pays de l’Europe. La notion de solidarité européenne devient prioritaire. Bien d'autres exemples suivront, notamment lorsqu'il s'agit en 2025 de "réarmer l'Europe".


Ré-insuffler l’Europe : économie ET incarnation

Les élus politiques devraient cesser de limiter l’Europe aux chiffres, aux tendances économiques, aux normes. Ils doivent être aussi porteurs du roman de l’Europe, de son identité propre, de ses grands personnages et événements symboliques, qui structurent une communauté humaine.


Re-politiser l'Europe

L’Europe a été dépolitisée parce qu'on l'a limitée aux politiques publiques, en évitant les controverses et les débats démocratiques ; il faut ré-enrichir l’Europe de la politique tout court. Sinon la re-politisation n’est l’oeuvre que des populistes, et exclusivement contre l’Europe ; l’exemple le plus flagrant est le Brexit. On se réfèrera aux travaux du politologue et universitaire Christian Lequenne, professeur de science politique à l’IEP Paris : “Les discours qui ne parlent que de taux de croissance et de réduction des droits de douane laissent un vide que les populistes s’empressent de combler.” (L’Europe doit refaire de la politique — Le Monde — 12/08/2018).


L'Europe a une essence propre

L’Europe a une essence propre et n’est pas seulement un lieu et un outil d’ouverture au reste du monde et d’accueil inconditionnel de toutes les immigrations. L’Europe existe, par une identité unique. L’Europe a inventé la démocratie, le concept de l’universel, l’humanisme, la laïcité, la Renaissance (dont les valeurs régulent la planète depuis 4 siècles). Ce doit être notre message au monde et nous devons en être fiers. On se réfèrera aux tribunes du philosophe et universitaire (université de Cergy-Pontoise) Claude Obadia : “Ce n’est pas en niant son identité qu’on peut s’ouvrir à l’altérité et à la diversité. C’est en l’assumant ! (…) L’Europe n’existera que lorsque les peuples européens se reconnaîtront dans l’idée de l’Europe.” (Oser affirmer une identité européenne commune — Le Monde — 12/08/2018)


Ré-insuffler l’Europe : renouveler la matrice de l’européanisme pour créer un projet européen

La pensée européenne récente est marquée par 2 temps différents :

  • Elle a été dominée pendant 65 ans par les conséquences de la 2e Guerre mondiale (ce qui est normal au vu de l’importance, de la profondeur, de l’étendue de l’événement) : tenter de dépasser le niveau national pour développer un niveau supranational. Ce fut, et c’est encore, une position de bonne foi, menée par des cercles et des penseurs européens autour des concepts de cosmopolitisme, de dépassement de l’état national, de post-national, de supra-national ; c'est le cas du groupe Altiero Spinelli (fondé notamment par Daniel Cohn-Bendit, Guy Verhofstadt, au sein duquel on trouve le philosophe français Jean-Marc Ferry), le sociologue allemand Ulrich Beck.

  • Mais en voulant dépasser le niveau national on l’a nié ; or les jeunes générations ne disposent pas du référentiel des années 1939-1945. En limitant l’intérêt de l’Europe à construire et entretenir la paix, on s’est tenu à un objectif louable mais, les décennies passant, insuffisant pour les générations nouvelles. Elles se sentent perdues, face, à la fois, à une relative absence de consistance et de conscience de soi au niveau de l’Europe ET à une négation du niveau-refuge de la nation. Ce qui fut un progrès considérable après-guerre (relativement : il était principalement la conséquence de la mauvaise conscience due au fait que l’Europe a généré la 2e Guerre Mondiale) est devenu une impasse au 21e siècle, dénoncée par les seuls populistes, à leur profit. Mais aussi par le philosophe Claude Obadia : “Considérer que l’identité européenne n’est qu’une disposition à s’ouvrir à toutes les identités, loin de fonder la possibilité de l’Europe, nous condamne en vérité à la défaire ! La raison en est claire : cette position, frappée au sceau de la mauvaise conscience des Européens de l’ère post-hitlérienne, revient à faire sortir l’Europe de l’Europe, bref à nier son existence.”


"L’Europe est le nom d’un ensemble de valeurs héritées de son histoire"

Et Claude Obadia et Christian Lequesne de proposer un chemin :

  • Claude Obadia : “Le temps est venu de faire un choix. Il se doit d’être celui du courage : celui d’affirmer que l’Europe est le nom d’un ensemble de valeurs héritées de son histoire. (…) Etre fier, à l’aune des sources historiques de l’Europe, d’être démocrate et laïque (…) être fier de croire à la dignité de la personne humaine (…) être fier d’oser affirmer que ces valeurs ne sont pas négociables.”

  • Christian Lequesne : “Il ne peut pas y avoir de projet européen sans récit et sans symboles. Les populistes l’ont compris : ils contestent l’Europe en utilisant des formules courtes et percutantes qui savent toucher le citoyen. La contradiction ne saurait leur être apportée par des politiciens qui parlent uniquement de taux de croissance et de réduction des droits de douane. Il faut des discours qui parlent d’histoire commune, de communauté et d’identité. La science politique sur l’Europe a pour sa part moins besoin de spécialistes des politiques publiques que de philosophes du politique qui s’intéressent à la question normative du récit. (…) Le principal enjeu se trouve dans la capacité à assumer pleinement un récit, des controverses et de la symbolique. C’est de l’art de la politique (au sens le plus classique du terme) que dépend le futur de l’Europe.”


Du concret pour symboliser l’Europe au service de celles et ceux qui ne souhaitent pas pratiquer la mobilité

La fracture, dans le monde, en Europe, se joue entre celle et ceux qui aiment, pratiquent, sont favorables à toutes les mobilités, et celles et ceux qui sont plus à leur aise dans l’immobilisme. C’est la nouvelle dominante : les pro- et les anti-mobilité. Ce qui ne recoupe pas la découpe peuple/élite, ni la découpe gauche/droite. Ce débat doit être assumé par les Européens, d’abord en expliquant que la mobilité a permis un effondrement des coûts des biens et services. La symbolique aussi a sa place en politique :

  • Pourquoi ne pas donner le nom d’illustres Européens aux grands programmes collectifs (comme le plan d’accompagnement économique et social de l’Europe face à l’épidémie de Covid en juin 2020), aux grands événements (comme les Jeux Olympiques), aux lieux ou structures emblématiques (comme la Banque centrale) ? Pourquoi pas la Banque Erasme ? Le Plan de relance Léonard de Vinci ? L’aéroport Charlemagne ? Et Molière, Bach, Proudhon, Clovis, Beethoven, Shakespeare, Brueghel, Josquin des Prez, Socrate, Rembrandt, Haendel, Platon, Van Gogh, Keynes, Rameau, Aristote, Descartes, Picasso, Debussy, Spinoza, Gauguin, Diderot, Purcell, Marx, Rubens, Goya, Rousseau, Michel-Ange, Rabelais, Dali, Voltaire ? Pourquoi ne pas les utiliser, eux et des dizaines d’autres ?… Leurs noms parlent à l’inconscient collectif de tous les Européens (et de bien des non Européens) et on a bien été capable de le pratiquer pour le plus grand programme estudiantin international de l’histoire, qui porte le nom d’Erasme. La plupart des étudiants d’Europe disent “J’ai fait mon Erasmus”… c’est comme ça qu’on construit l’Europe. On a bien appelé Roissy “Charles de Gaulle”… Pourquoi Orly et Lille restent orphelins ?

  • Pourquoi ne pas construire un manuel d’histoire de l’Europe, autour de personnalités sur 2 millénaires, en demandant à chaque pays de recommander quelques noms de personnes qui ont participé à construire l’Europe ?

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