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FRANCS, GHILDES, BEFFROIS, PRIMITIFS. D'OÙ VENONS-NOUS ?

  • Dominique Neirynck
  • 28 févr. 2025
  • 33 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 6 heures

Nos origines 1

Nord(s), Flandre(s), Plats-Pays... 200-1500 : notre héritage. Des Celtes aux Gallo-Romains puis aux Francs Saliens. Nos ancêtres les Mérovingiens, dont Clovis, parlent thiois (qui donnera le néerlandais), langue pratiquée jusqu'à Charlemagne. Ghildes, Hanses, foires seront nos premières organisations économiques, Beffrois et Halles nos premières marques de liberté communale. La pré-Renaissance (14e siècle) et la 1re Renaissance (15e siècle), avec les primitifs flamands, annoncent la Renaissance du 16e siècle.

À Willem Van Rubroeck : le premier et le plus grand écrivain européen de voyage au Moyen Âge


Méthode de travail

L’histoire objective n’existe pas. Parce que l’histoire est une activité humaine. On peut toutefois tendre vers l’objectivité. C’est l’objet de cet article et des 4 suivants : rééquilibrer notre histoire en respectant l’entièreté de nos racines familiales, donc en réintégrant l’importante part de néerlandicité qui est en nous. La logique de ces 5 articles s’appuie sur nos origines :

  • la Flandre française pour le grand-père de mon grand-père, Charles Neirynck, agriculteur à Bambeke, et ses descendants ;

  • la Flandre belge (Beveren) pour l’arrière grand-père de mon grand-père et ses ascendants, jusqu’à la Béguine Neirynck, du béguinage de Courtrai (Kortrijk), au 12e siècle. Merci à mon lointain cousin le mathématicien et romancier Jacques Neirynck (https://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Neirynck) de l'avoir révélée.

Ainsi, pour respecter toutes les générations précédentes, le territoire d’origine de la famille est considéré ici comme la Flandre dans son ensemble (française et belge) et les Pays-Bas des 17 Provinces (dans laquelle la Flandre est intégrée jusqu’à la fin du 16e siècle). Précisément, sont donc inclus au sein de notre territoire d’origine, par ordre chronologique :

  • les plaines du delta du Rhin, pour la période franque et mérovingienne autour du 4e siècle ;

  • l’ensemble des Pays-Bas des 17 Provinces, pour la période avant la partition de 1581 entre les Pays-Bas du Nord (les actuels "Pays-Bas") et les Pays-Bas du Sud (ou Espagnols : les actuels Belgique et Nord de la France) ;

  • les Pays-Bas du sud, espagnols, pour la période 1581-1678 (année de la conquête de l’actuelle Flandre française par la France), puis pour celle de la réunification éphémère de 1815 (recréation d’un Koninkrijk der Nederlanden  Royaume-Uni des Pays-Bas, regroupant les Pays-Bas du Nord et la future Belgique) à 1830 (scission de la Belgique) ;

  • la Belgique, de 1830 au début du 20e siècle (moment du passage de la lignée en France) ;

  • la France, pour les 3 derniers siècles, du fait de son annexion de la partie ouest de la Flandre en 1678.

Compliqué ? Non, Non : Européens, vous dis-je… Selon 2 processus permanents, sur 2 millénaires : l'assimilation et la créolisation. Définitions de la créolisation, dans un article du journaliste Vincent Bresson paru sur slate.fr le 1er octobre 2021, consacré à ce concept créé par le poète Martiniquais Edouard Glissant (1928-2011). Younous Omarjee, réunionnais, Député européen : “La créolisation, c'est la rencontre des altérités qui produit des situations nouvelles. C'est pourquoi il ne faut pas s'en inquiéter ! C'est une lecture très optimiste, et c'est pour ça qu'elle est intéressante.” Françoise Simasotchi-Bronès, professeure des universités en littératures francophones à l'université Paris 8 et co-autrice du livre Archipels Glissant : “C'est l'idée que des humanités différentes qui se trouvent réunies dans un endroit du monde participent à la création d'une nouvelle identité.” Evolution lente et permanente qui intègre tout nouvel apport, en s’enrichissant, pour générer des résultats imprévisibles.


L'un des premiers livres récents sur notre histoire (1987) : Les Pays-Bas (Stichting Ons Erfdeel)
L'un des premiers livres récents sur notre histoire (1987) : Les Pays-Bas (Stichting Ons Erfdeel)

Le premier humain dans l'actuel Nord de la France : à Wimereux

À Wimereux a été découverte la première preuve de présence humaine dans le Nord de la France : 500 000 ans avant notre ère. La région est alors peuplée de cerfs, rhinocéros, ours.


6 cultures lithiques se succèdent à la fin du paléolithique

6 cultures lithiques (et artistiques), différentes et en évolution, s’expriment au cours de la fin du paléolithique (première et plus longue période de la préhistoire, de l’apparition de l’Homme dans l’actuelle Afrique vers 2,6 millions d’années AP, à 10000 AP) :

  • Le MOUSTÉRIEN, de 350000 à 35000 avant le présent (l’ère glaciaire commence en 115000 AP). C’est la dernière période du Paléolithique moyen et l’Homme y développe en grande quantité une production variée d’outils lithiques, en partant d’éclats de silex : pointes, racloirs, coups de poing. Les premiers Homo Sapiens arrivent d’Afrique en Europe voici 60000 ans AP. Ils se métissent avec les Néandertaliens. Comme le montrent les travaux d’Eva-Marie Geigl et Thierry Grange (CNRS et Université Paris-Cité), une crise volcanique majeure, vers 40000 AP, les fait disparaître en grande partie et une seconde vague d’Homo Sapiens s’implante, également le résultat d’un métissage ancien avec les Néandertaliens. Ce sont nos ancêtres directs.

  • L’AURIGNACIEN, de 43000 à 29000 AP, caractérisé par les figurines de Vénus et qui ouvre en Europe le Paléolithique supérieur (jusqu’à 12500 avant JC, marqué par l’extension de l’Homme moderne, anatomiquement, sur toute la planète). L’Homme exprime une culture très accomplie en représentation figurative (peintures), crée des parures et domestique le chien.

  • Le SOLUTRÉEN, de 23000 à 18000 AP, qui connaît le point culminant de l’ère glaciaire en 21000 AP, correspondant à une baisse de 120 mètres du niveau des océans, des températures inférieures de 10°, une atmosphère poussiéreuse. Le travail de la pierre gagne en délicatesse dans le façonnage : les lames de silex s’amincissent fortement, le feu est utilisé pour préparer le silex.

  • Le BADÉGOULIEN, de 17000 à 15000 AP. Le travail de la pierre s’affine considérablement, notamment par la finesse des retouches.

  • Le MAGDALÉNIEN, de 17000 à 14000 AP. Se développe le travail de l’os : harpons, etc. Des gravures et peintures sont réalisées par milliers : naturalisme avancé, expression poussée des proportions et des détails. Apparaît l’art mobilier (décorations figuratives ou géométriques sur les objets de la vie courante et les armes), la gravure sur plaquettes, l’art musical (pratique et fabrication d’instruments : conques, flûtes).

  • L’AZILIEN, de 14000 à 12000 AP, qui marque la fin de l’ère glaciaire (de 115000 à 11700 AP) ; l’abstraction se généralise dans l’art.

A la fin du paléolithique, autour de 12000 AP, l’Europe continentale se sépare de l’Angleterre. Avant cette séparation :

Jean Lestoquoy nous le rappelle dans le Que sais-je ? titré Histoire de la Flandre et de l’Artois (1949) : les populations locales humaines, pré indo-européennes, ont connu la fin de cette époque.


La culture indo-européenne et la naissance de l'Europe : notre culture Yamna vient des steppes de l'Ukraine

Suit la période indo-européenne. Se cristallisent :

  • une culture commune : la culture kourgane, dont la culture Yamna,

  • un tronc linguistique commun,

  • un ADN commun.

Localisation : dans la steppe pontique (du Danube à l’Oural : actuels Roumanie, Ukraine et sud de la Russie). La culture Yamna, au nord de la mer Noire et de la mer Caspienne, s’exprime de 3600 à 2300 avant JC. Cette culture essaime fortement vers la Mongolie et l’Inde d'un côté, vers l’Europe de l'autre (l'actuelle Hongrie) à partir de 3000 avant JC. Les peuples issus de la steppe ont été en contact avec les pré Indo-Européens du néolithique vers 4500 AP et les ont remplacés.


Cheval, chariot, appartenance culturelle, céramique, 3 fonctions sociales

Notre culture est marquée par :

  • la domestication du cheval (entre 5200 et 4500 AP), qui permettra l’extension de la zone d'existence et d'influence,

  • l’invention de la roue et du chariot,

  • la conscience de l’appartenance culturelle,

  • la pratique de la céramique cordée (poteries décorées, avant cuisson,  par impression de cordelettes sur l'argile crue) et du campaniforme (gobelets céramiques en forme de cloche déposés dans les tombes),

  • l’organisation de la société autour de 3 fonctions : sacrée, guerrière, productive.


Des Celtes aux Gallo-Romains puis aux Francs Saliens

10000 ans plus tard, avant le début du 1er millénaire, notre région de l’actuel Nord de la France est occupée par les Celtes, arrivés entre le 6e et le 3e siècles avant Jésus-Christ :

  • Ménapiens sur la bande côtière (de Calais au Rhin),

  • Nerviens (à l’est de l’Escaut : Bavay),

  • Atrébates (entre Lys et Escaut),

  • Morins (entre la Canche et l'Aa).

Ces peuples se fondent dans l’ensemble gallo-romain après la conquête par les Romains ; des embryons de villes fortifiées se structurent, reliées par les voies romaines : Arras, Bavay, Cassel, Cambrai, Thérouanne, Tournai.

Les tribus celtes sont localisées ici au 3e siècle avant Jésus-Christ, avant leur conquête par les Romains en 50 avant Jésus-Christ. Les voies romaines (lignes droites en rouge) datent d'après la conquête romaine. Les marécages entre le littoral du 4e siècle et l'actuel (en pointillé) seront comblés en 900.
Les tribus celtes sont localisées ici au 3e siècle avant Jésus-Christ, avant leur conquête par les Romains en 50 avant Jésus-Christ. Les voies romaines (lignes droites en rouge) datent d'après la conquête romaine. Les marécages entre le littoral du 4e siècle et l'actuel (en pointillé) seront comblés en 900.

1er flux. Du 3e au 8e siècles, les fondations : les Francs Saliens

3 implantations se déroulent, en même temps que la montée de la mer (zone de marécages maritimes d’Anvers-Antwerpen) à Calais : la mer ne se retirera qu'entre les 6e et 9e siècles) :

  • Les Francs Saliens pénètrent la région à partir de 235. Jusqu’en 440 ils se déplacent massivement des actuels Pays-Bas (sur les rives de la Meuse et du Rhin), vers l’ouest, précisément vers l’ensemble actuel Nord de la France + Ouest de la Flandre belge + Ouest de la Wallonie.

  • Les Saxons peuplent la zone côtière du Pas-de-Calais, de Boulogne au Touquet (tracés par les noms de lieu en -thun, Béthune étant le plus éloigné de la mer).

  • Les Frisons s’implantent en Frise, au nord des Pays-Bas, et le long de la bande côtière.

Le fond préexistant à ces invasions, gallo-romain, sous forme de villas réparties sur tout le territoire, fusionne petit à petit avec les arrivants pour façonner le socle de ce que nous sommes. Du fait de la disparition de l’Empire romain, cette fusion créatrice sera accompagnée et structurée par l’Eglise chrétienne. Les villes s’organisent et les villages apparaissent. La future Flandre sera issue de ces invasions franques. De même, vers 500 les Saxons, les Angles, les Jutes quittent les rivages de l'actuel Danemark pour envahir, cette fois par la mer, la future Angleterre.

La carte montre le territoire d'origine des Francs Saliens, sur le Rhin, et leur avancée vers l'ouest sous Clodion, au 1er tiers du 5e siècle.
La carte montre le territoire d'origine des Francs Saliens, sur le Rhin, et leur avancée vers l'ouest sous Clodion, au 1er tiers du 5e siècle.

La 1re dynastie, de nos premiers rois : les Mérovingiens. De Tournai à Paris

Une lignée, celle de nos premiers rois, rassemble les peuples  précédemment implantés ou récemment arrivés , qui deviennent les Mérovingiens :

  • Clodion (390-450) : il conquiert l’ensemble Tournai (Doornik)  Cambrai (Kamerijk)  Arras (Atrecht) ;

  • Mérovée (412- 457) : il réside à Tournai (Doornik) ;

  • Childéric (436- 481) ;

  • enfin Clovis (roi des Francs de 481 à 511).


Clovis : de Tournai (Doornik) à Paris

Clovis fonde la France, par 3 moyens :

  • sa victoire contre le Romain Syagrius à Soissons en 486,

  • sa conquête des Wisigoths et Burgondes vers le sud et des Alamans et des Francs ripuaires vers l’est,

  • enfin son choix de Paris comme capitale.


La création de nos monastères

L'époque de 3 à 4 siècles, de 476 à 800, est marquée par la création de nos monastères, lieux de culture, de travail, d’intelligence, de passage, comme le Groenberg à Bergues (Sint-Winoksbergen).


L’Empire mérovingien : des élites qui s'adaptent

L'historien Bruno Dumézil (Sorbonne Université), caractérise le royaume de Clovis comme un Empire, dans son livre de 2023 L'Empire mérovingien — Ve-VIIIe siècle (slate.fr 13 février 2024). De la fin du 5e siècle au milieu du 8e (476 : fin de l’Empire Romain ; 800 : Empire carolingien), le Regnum Francorum d’appuie “sur le consensus, des règles dynastiques souples et un art du gouvernement adapté aux territoires”. La clé : des élites qui s’adaptent, notamment après la mort de Clovis en 511 : “Le roi sera désormais choisi parmi les descendants de Clovis, mais devra avoir l'accord des grands du royaume pour régner et se maintenir.” Quitte à choisir un étranger à la dynastie : “Ce qui compte, ce n'est pas d'avoir du sang mérovingien, mais d'être reconnu comme un fils de Mérovingien.”

L'empire mérovingien, Bruno Dumézil, 2012.
L'empire mérovingien, Bruno Dumézil, 2012.

La clé de l'empire mérovingien et de sa longévité : l'adaptabilité

Les Francs suivent un consensus, en permanence adaptable, entre règles électives et respect de la dynastie : “L’appartenance au sang de Clovis constituait plus le résultat d'un consensus entre les leudes que celui d'une enquête généalogique poussée.” Cette notion d’adaptabilité s’applique aussi à l’administration de l’Empire, différente selon les territoires, organisés par cercles concentriques eux-mêmes adaptables. Idem pour la hiérarchie de la société : “La hiérarchie sociale n'est pas fondée sur l'ethnicité, mais sur la fidélité au palais : au sommet, on trouve les leudes qui ont un accès direct au roi.” L’adaptabilité permet de durer ; le ciment de stabilité, c’est la sacralité et la structure que fournit l’Eglise : “Jusqu'au bout, la dynastie aurait fait de la défense de l'Église sa raison d'être et sa force.” C’est de cette manière que l’Empire Mérovingien va évoluer : “le VIIe siècle est ainsi une période d'essor de la noblesse, qui s'appuie sur les mouvements monastiques et de nouveaux réseaux. C'est de ces recompositions qu'émergent peu à peu les Pippinides qui, au début du VIIIe siècle, ont le monopole de la mairie du palais puissant poste d'administrateur des rois.” Dont seront issus les Carolingiens avec Pépin le Bref. Bruno Dumézil : “cette perpétuelle réinvention est la clé du succès de la plus pérenne des royautés barbares.”

Mérovée (412- 457), au cœur de la lignée de nos premiers rois. Il réside à Tournai (Doornik).
Mérovée (412- 457), au cœur de la lignée de nos premiers rois. Il réside à Tournai (Doornik).

De Clodion à Charlemagne, en passant par Clovis, notre langue est le thiois, ou ancien-francique, qui génèrera le néerlandais

Les langues germaniques se divisent, au milieu du 1er millénaire avant Jésus-Christ, en 3 groupes :

  • les langues germaniques septentrionales, qui donneront les langues scandinaves ;

  • les langues germaniques orientales, qui disparaissent : vandale, burgonde ;

  • les langues germaniques occidentales. Ces dernières se scindent en 2, d’une part l’allemand, d’autre part un groupe de 3 langues : le saxon (qui donnera l’anglais), le frison, le thiois.

Les Francs Saliens parlent thiois, ou ancien-francique, l’ancêtre du néerlandais. En latin on disait theodiscus et en parler local dietsch. La langue s’impose dans tout l’actuel nord de la France : en 700 on le parle au nord d’une ligne Etaples-Béthune-Lille. C’est notre langue, de Clodion à Charlemagne, le plus grand chef d'état de notre histoire, qui unifiera l'Europe. La toponymie est marquée par cette époque : abeel (peuplier), beke (ruisseau), berg (mont), broeck (marais), dael (val), eeck (orme), hem (lieu habité), hout (bois), hove (ferme), kerck (église), lynd (tilleul), schoote (bande de terre entourée d’eau de mer), steen (pierre), straet (chemin), voorde (gué), veld (parcelle cultivée).

Charlemagne, Bruno Dumézil, 2012.
Charlemagne, Bruno Dumézil, 2012.

Plus tard, le néerlandais s’imposera comme la langue de l’ensemble du delta des grands fleuves de la Mer du Nord

La 1re phrase en ancien-néerlandais, comme l’indique l’historien Thomas Beaufils, est "Hebban olla vogala nestas hagunna / hinase (h)ic enda thus / Uuat unbidan uue nu." Elle est écrite sur la page de fin d’un manuscrit de l’abbaye de Rochester, dans le Kent, par un copiste flamand à la fin du 11e siècle. En néerlandais (selon la traduction par Wikipedia) : "Hebben alle vogels nesten begonnen (behalve) ik ende/en u/jij wat (ver)beiden we nu?". En français : "Tous les oiseaux ont commencé leur nid, sauf toi et moi. Qu'attendons-nous maintenant ?". Le néerlandais vient de naître, marqué par une déclaration d'amour.


Mottes féodales : 19 chefs-d’œuvre presque 2 fois millénaires, abandonnés

Les mottes féodales ont été révélées par les travaux de passeurs d’histoire : Dom Jean Boutry, de l’Abbaye Saint-Paul de Wisques en 1975, puis l’Ingénieur topographe Guy Lefranc en 1976. Les mottes féodales sont d’abord des refuges contre les eaux, dans une région imperméable, humide, au sol gras, plat. Elles sont donc entourées d’un fossé et protègent les gens, les habitations, le bétail, les récoltes. Puis, aux 10e et 11e siècles, elles prennent un caractère défensif. Guy Lefranc, qui était professeur de topographie au lycée technique d’Armentières, en a relevé 19 entre Dunkerque et Lille, avec descriptif, photo, relevé, plan, étude des vestiges, dans son livre Vestiges de mottes féodales en Flandre intérieure (Atlas archéologique de l’APAR, association pour la promotion de l’archéologie régionale). Presque toutes sont aujourd'hui intégrées dans une ferme en exploitation. Qui se soucie de ce pan magistral, et presque 2 fois millénaire, de notre histoire profonde, de sa mise en valeur, de sa conservation ?

La motte féodale d'Ochtezeele (reproduction d'une page du remarquable Atlas de Guy Lefranc)
La motte féodale d'Ochtezeele (reproduction d'une page du remarquable Atlas de Guy Lefranc)

Première nuit de notre histoire : les guerres Flandre/France au Moyen Âge... Une forme de guerre civile

Méandres de la politique ! Car ces guerres sont une forme de guerre fratricide, de guerre civile : la France — héritière directe des Francs — attaque les Flamands, héritiers directs des Francs ! Du 9e siècle au 13e siècle, se succèdent des guerres incessantes entre la Flandre et la France, qui ruinent le décollage prometteur des siècles précédents. Même si l’activité économique et le dynamisme intellectuel et artistique commencent à s’exprimer.


Du 11e au milieu du14e siècles : la révolution des villes

La Flandre, comme toute notre Europe, vit la révolution des villes, du 11e au milieu du 14e siècles : Bruges (Brugge), Ypres (Ieper), Gand (Gent) et, plus tard, Anvers (Antwerpen), du fait de l’ensablement du Zwin de Bruges (Brugge).


883 : Baudouin II fonde la Flandre, un Comté ravagé

La dynastie carolingienne s’effrite. Conséquence : naissent les comtés, dont la Flandre. Baudouin II (878-918) fonde la Flandre en 883, à la fin des invasions des Vikings. Il récupère un comté ravagé par les incursions et pillages des Vikings. Il renforce et construit des places-fortes et les confie à des châtelains : Bergues (Sint-Winoksbergen), Bruges (Brugge), Gand (Gent), Ypres (Ieper), Saint Omer (Sint Omaars). Ses successeurs structurent la Flandre, jusqu’à Baudouin V (1012-1067), qui crée une fonction publique et des châtellenies locales. Cette époque est celle de la naissance des Ghildes et Hanses, de la construction des Beffrois et Halles.


La Flandre au début du 10e siècle. On distingue les 3 Evêchés, la côte plus méridionale qu’aujourd’hui. La Flandre c’est alors la partie nord du bassin de l’Escaut (Jean Lestoquoy, Que sais-je ? titré Histoire de la Flandre et de l’Artois -1949).  Dunkerque (Duynkerk) n’existe pas et serait en mer ; Bergues (Sint-Winoksbergen) et Saint-Omer (Sint-Omaars) sont côtières. 3 évêchés : Thérouanne (Terenburg), Tournai (Doornik), Arras (Atrecht). L’ensemble parle thiois, l’ancêtre du néerlandais et de ses formes dialectales, dont le flamand.
La Flandre au début du 10e siècle. On distingue les 3 Evêchés, la côte plus méridionale qu’aujourd’hui. La Flandre c’est alors la partie nord du bassin de l’Escaut (Jean Lestoquoy, Que sais-je ? titré Histoire de la Flandre et de l’Artois -1949). Dunkerque (Duynkerk) n’existe pas et serait en mer ; Bergues (Sint-Winoksbergen) et Saint-Omer (Sint-Omaars) sont côtières. 3 évêchés : Thérouanne (Terenburg), Tournai (Doornik), Arras (Atrecht). L’ensemble parle thiois, l’ancêtre du néerlandais et de ses formes dialectales, dont le flamand.

Avant 1100 : la naissance de nos villes

Les villes, au sens moderne du terme, apparaissent en Flandre et aux Pays-Bas entre 1070 et 1100. C’est l’explosion commerciale de la draperie qui structure les villes, notamment par le fait que les marchands prennent le pouvoir politique et constitutionnel local.


Un enchaînement cohérent : industrie drapière, villes, ports

L’immense historien et universitaire belge Henri Laurent, dans son livre La draperie des Pays-Bas en France et dans les pays méditerranéens — 12e 15e siècle (Librairie Eugénie Droz Paris, 1935, réédition par Gérard Monfort en 1978), montre que la voie vers le développement de la draperie néerlandaise à destination des rivages de la Méditerranée est ouverte d’abord par Arras (Atrecht), jusqu’en 1200. Puis suivront les ports flamands, qui naissent du fait des besoins de l’industrie drapière : Bruges (Brugge), Anvers (Antwerpen).


La draperie devient notre première forme d’industrie

Henri Laurent montre la puissance de la première industrie moderne de l’histoire de l’humanité : la draperie. Avec ces éléments pour la caractériser : "production de richesses : perfection de sa technique, intensité de sa production, étendue de son marché, durée de sa fortune ; répartition des richesses : nombre, composition, besoins, nature sociale de la classe ouvrière, rapports créés entre le capital et le travail.”


Les premiers conflits ouvriers datent du 13e siècle, en Flandre

On constate que les premiers conflits ouvriers, particulièrement violents, datent du 13e siècle en Flandre, à Ypres (Ieper), et s’étendent, contre l’exploitation de la misère, dans tous les Pays-Bas, en France, en Normandie. L’historien montre aussi que la draperie industrielle est issue des savoir-faire hérités de la période des Francs : dans les futurs Pays-Bas on produisait alors les panni Frisonum, les draps des Frisons, qui s’exportaient en Europe centrale. Mais à partir de l’an 1000 la rupture évolutive de cette activité est triple :

  • prééminence de la facette commerciale et d'échange,

  • caractère de grande exportation, et non plus domestique,

  • passage d’une économie agricole à une économie commerciale.


Un incroyable dynamisme économique et commercial

Cette évolution débute en 1000, jusqu’à s’intégrer au 16e siècle dans la Renaissance. Les travaux d’Henri Laurent illustrent en détail l’incroyable dynamisme économique et commercial de cette activité, vers la Champagne le Rhône, la Lombardie, Gênes, Marseille, Sicile, la Palestine, Fréjus, Nice, Milan, Parme, Bologne, Florence, Sienne, Rome, Venise, Poitiers, l’Espagne et le Portugal, la Gascogne.

L’immense historien et universitaire belge Henri Laurent, dans son livre La draperie des Pays-Bas en France et dans les pays méditerranéens — 12e 15e siècle (Librairie Eugénie Droz Paris, 1935, ici la réédition par Gérard Monfort en 1978), décrit la naissance de l'industrie en Europe, par l'exemple de la draperie néerlandaise.
L’immense historien et universitaire belge Henri Laurent, dans son livre La draperie des Pays-Bas en France et dans les pays méditerranéens — 12e 15e siècle (Librairie Eugénie Droz Paris, 1935, ici la réédition par Gérard Monfort en 1978), décrit la naissance de l'industrie en Europe, par l'exemple de la draperie néerlandaise.

Henri Laurent nous livre une connaissance époustouflante de l'industrie drapière en Flandre

Pour ces destinations et d’autres, moins importantes, il cite les familles, illustre les pratiques, les documents, les foires et marchés, les voies d’accès terrestres, maritimes, les produits, la distribution, la production, le rôle des Ghildes et des Hanses, les équipements sur le terrain (dortoirs, galeries marchandes, magasins de dépôt, écuries pour les caravanes).

Illustration tirée du livre ci-dessus : les plombs à sceller les draps, achetés par la Ville d’Ypres (Ieper) au cours du 14e siècle, se chiffrent par millions.
Illustration tirée du livre ci-dessus : les plombs à sceller les draps, achetés par la Ville d’Ypres (Ieper) au cours du 14e siècle, se chiffrent par millions.

Ghildes, Hanses, foires : nos premières organisations commerciales

Malgré les difficultés, la nature profonde des habitants résiste ; ainsi ce Moyen Âge flamand est-il aussi celui des Ghildes et Hanses :

  • Les ghildes, premières formes d’organisation économique urbaine, apparaissent autour de 1100. Objectif : permettre l’importation de la laine d’Angleterre vers la Flandre, en sécurité et avec régularité, à destination de l’industrie drapière naissante.

  • Puis les ghildes se regroupent en fédérations : les hanses. En 1187 une fédération des fédérations naît : la Hanse de Londres, très maritime. Elle regroupe notamment Bergues (Sint Winoksbergen), Bruges (Brugge), Furnes (Veurne), Ypres (Ieper), Bailleul (Belle), Poperinghe, Lille (Rijsel), Tournai (Doornik), Dixmuide. En 1230 apparaît la Hanse des 17 Villes (plus méridionale), qui en regroupe 22 au départ : 10 de Flandre — Arras (Atrecht), Saint-Omer (Sint-Omaars), Tournai (Doornik), Gand (Gent), Bruges (Brugge), Ypres (Ieper), Dixmuide, Lille (Rijsel), Douai (Dowaai), Bailleul (Belle) —, 2 du Ponthieu (Abbeville, Montreuil-sur-mer), 4 du Vermandois (Amiens, Saint-Quentin, Beauvais, Péronne), 2 de Champagne (Aubenton, Châlons-sur-Marne), Reims, 1 de Liège (Huy), 2 du Hainaut (Cambrai, Valenciennes).


Au 11e siècle la Flandre passe des marchés agricoles aux foires commerciales

Entre 1050 et 1100, de manière contemporaine, naissent les foires flamandes. Elles se différencient des marchés, locaux et agricoles :

  • elles sont marchandes,

  • la marchandise se traite en gros,

  • les acteurs sont des marchands professionnels de toute l’Europe,

  • elles durent 1 mois,

  • elles se répartissent intelligemment sur toute l’année, hors-hiver.

On construit les Halles pour protéger les marchés et les foires.

 Le livre Beffrois, Halles, Hôtels de Ville, paru en 1948 sous la signature d’un enseignant du lycée de Douai. Il documente et illustre les 3 outils politico-commerciaux que la Flandre construira pour servir au départ l’activité de nos Ghildes et Hanses.
 Le livre Beffrois, Halles, Hôtels de Ville, paru en 1948 sous la signature d’un enseignant du lycée de Douai. Il documente et illustre les 3 outils politico-commerciaux que la Flandre construira pour servir au départ l’activité de nos Ghildes et Hanses.

Beffrois : l'indépendance politique communale contre l'Église ou le Seigneur

Les Beffrois et Halles marquent la liberté du commerce ; la bourgeoisie marchande prend ses quartiers et organise la vie municipale (politique, judiciaire, économique, milicienne). Concernant les beffrois, la naissance de la vie communale au 11e siècle se produit souvent contre le pouvoir de l’Eglise et/ou du Seigneur local, et parfois de manière violente, comme le montre l’Abbé Lestoquoy dans Beffrois, Halles, Hôtels de Ville (éditions Brunet, Arras, 1948). Il s’agit bien de la génération d’un pouvoir nouveau, celui des marchands ou bourgeois, appuyé sur le commerce. Et le beffroi symbolise cette révolution de la liberté. Beaucoup seront détruits par l’Eglise ou par le Seigneur féodal ou par le Roi de France : Cambrai en 1226, Boulogne sur mer en 1263. Au 13e siècle les Beffrois sont à leur apogée et ne deviendront décoratifs qu’à partir du 15e siècle. La plupart des beffrois comportent des sous-sols (caves et prisons), une salle au 1er étage (réunions présidées par le bourgmestre, coffres avec trésor, sceaux, chartes), une salle au 2e étage (arsenal), une salle de guet et une cloche tout en haut. Comme le beffroi, la cloche est le symbole de l’indépendance communale : elle sert à rassembler ou alerter en cas de danger, à marquer les horaires de travail et le couvre-feu, à saluer une personnalité reconnue qui entre en ville. Chacune est gravée, comme à Gand (Gent) en 1314 : "Myn naem is Roelant. Als ik kleppe, dan is’t brand. Als ik luyde, is’t storm in Vaderland" (Mon nom est Roland. Quand je tinte, c’est l’incendie. Quand je sonne à toute volée, c’est la tempête sur la Flandre). Les Communes les plus riches groupent les cloches, nombreuses, en un carillon. Ce qui fait naître le métier de carillonneur et permet de composer un hymne communal et de proposer des concerts publics. Le beffroi est couronné d’une girouette pour indiquer le vent, et d’une pique pour les drapeaux.

Le beffroi de Dunkerque (58 mètres), construit en 1440. Inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco en 2005. Photo Nord-escapade.
Le beffroi de Dunkerque (58 mètres), construit en 1440. Inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco en 2005. Photo Nord-escapade.
Le beffroi de Bruges (Brugge), tiré du livre de l’Abbé Lestoquoy Beffrois, Halles, Hôtels de Ville (éditions Brunet, Arras, 1948).
Le beffroi de Bruges (Brugge), tiré du livre de l’Abbé Lestoquoy Beffrois, Halles, Hôtels de Ville (éditions Brunet, Arras, 1948).

Halles : l'indépendance économique communale

Aux 13e et 14e siècles, les Halles servent et caractérisent l’indépendance économique et marchande, marquée principalement par la draperie. Les plus vastes et les plus belles Halles sont celles d’Ypres (Ieper), construites au long du 13e siècle, détruites par les bombardements allemands en 1915, reconstruites à l’identique. La 1re pierre en est posée par le Comte de Flandre Baudouin IX le 1er mars 1200.

Les Halles d'Ypres (Ieper). Photo Past to Present, Vintage Photo Gallery.
Les Halles d'Ypres (Ieper). Photo Past to Present, Vintage Photo Gallery.

Les Papes lancent notre Europe dans leur guerre sainte : les Croisades

Flamands et Francs y participeront activement : pendant tout le 12e siècle, vont se succéder 7 croisades. La plupart du temps à l’initiative des Papes, qui lancent notre Europe dans une guerre sainte qui épuisera notre continent. Objectif : libérer Jérusalem pour permettre les pèlerinages. Les croisades seront un échec, pour 2 raisons.


Négliger l'Empire turc et l'Empire romain d'Orient génère un échec géopolitique

Résumer le monde entre des Croisés venus d’Europe occidentale et des Arabes qui occupent les lieux saints de la chrétienté est réducteur. C’est oublier — excusons du peu… — les 2 Empires qui se trouvent entre les deux. Faute stratégique et politique funeste, car c’est précisément compter :

- D’une part sans les Turcs. Or ils sont organisés en empire puissant et il faut traverser leur territoire.

- D’autre part sans les Européens de l’Est : l’Empire romain d’Orient, dont la capitale est Constantinople. Nos concitoyens Européens de l’Est ne sont la plupart du temps pas consultés lors des appels à la croisade ; leurs réactions seront donc diverses, souvent inattendues, voire d’opposition.


L'impréparation génère un échec logistique et humain

Déplacer plusieurs dizaines de milliers d’hommes, sur une longue distance, n’est pas suffisamment préparé, concernant :

- les moyens de déplacement  : traversée maritime, structures de repli ;

- l’entretien : particulièrement la nourriture.


Expression de cette improvisation : un raté destructeur des Croisades, par les exactions

Les exactions menées par les Croisés seront nombreuses, permanentes, terribles. Elles se dérouleront aussi bien en Europe que hors d'Europe : massacres (d’Européens, de Juifs, de Turcs, d’Arabes), destructions de cités. D’autant que, sur le plan humain, bien des troupes sont constituées de la lie de la société, à la recherche d’une aventure ou d’un rachat spirituel.


Le symbole terrible : la destruction d'une de nos grandes capitales de l'Europe, Constantinople

Le Proche-Orient est dévasté et notre Empire romain d’Orient s’effondre. Le plus significatif est la mise à sac de Constantinople le 12 avril 1204, par les Croisés : une cité multi-séculaire au passé majestueux, détentrice de la moitié de la culture et de l’histoire de l’Europe, défendue par des Grecs ! Part en fumée, ou est volée par les Croisés, une grande partie de l’héritage européen : palais magnifiques, arts grec et romain antiques, manuscrits inestimables, de notre Antiquité et de notre Moyen Âge. Malgré l’interdiction du Pape, cachée par le clergé qui participe à la croisade. Wikipédia : “Le ‘début de la fin’ pour la civilisation gréco-romaine et chrétienne orthodoxe de l'Empire, vint donc non des musulmans, mais des chrétiens d’Occident.”


Conséquence : la ruine et le sous-développement de l'Europe

L’Europe occidentale subit un sous-développement structurel : le clergé, les chevaliers, les princes et rois, la population qui participent à ces croisades sont détournés d’une activité créatrice en faveur de notre continent. La Flandre et en général les Francs vont sacrifier beaucoup dans cet effort, qui se solde par des dizaines de milliers de morts dans les rangs des Européens. Sans oublier le financement, qui ruine bien des fortunes, familiales ou collectives, et saigne l’Europe. Il faudra attendre la pré-Renaissance, au 15e siècle, pour que notre continent commence à redresser la tête.


L'un des 3 tomes de Histoire des Croisades, de René Grousset (parution au milieu des années 1930), livre qui reste une référence sur ce thème.
L'un des 3 tomes de Histoire des Croisades, de René Grousset (parution au milieu des années 1930), livre qui reste une référence sur ce thème.

L'éveil, au 13e siècle, de notre littérature ancien-néerlandaise aux Pays-Bas

Le haut Moyen Âge est marqué par l’obscurité intellectuelle, la faiblesse de la diffusion culturelle et commerciale, la tradition orale. Puis la littérature réapparaît partout en Europe à partir de 1200. Les Pays-Bas n’y échappent pas. 4 grands auteurs émergent, en ancien-néerlandais, par la symbolique qu’ils représentent et par leur talent. Ils sont contemporains :

  • Hadewijch Van Antwerpen (probablement 1200-1260), l’une des premières autrices du mysticisme moyenâgeux, dont les écrits paraissent autour de 1240 ;

  • Willem Van Rubroeck (entre 1210 et 1230 - 1295), le premier écrivain de voyages (avant Marco Polo), dont le déplacement en Mongolie dure de 1253 à 1255 ;

  • Willem die Madocke maecte (environ 1200 - environ 1250), auteur du Van den vos Reynaerde, version ancien-néerlandaise du Roman de Renart, autour de 1260 ;

  • Jacob Van Maerlant (environ 1235 à Bruges - environ 1295 à Damme), à l’œuvre prolifique.


De Willem die Madocke Maecte en 1260 au site internet contemporain Buitenleven (ici leur page de garde)… Reynaert de vos a toujours fasciné.
De Willem die Madocke Maecte en 1260 au site internet contemporain Buitenleven (ici leur page de garde)… Reynaert de vos a toujours fasciné.

Hadewijch Van Antwerpen, Brabançonne, l’une des premières auteures européennes du mysticisme moyenâgeux

Hadewijch était oubliée. C’est le père Jésuite Johannes Josephus Franciscus (Jozef) van Mierlo (Turnhout 1878 — Mortsel 1958), auteur en 1928 de la Geschiedenis van de Oud- en Middelnederlandsche letterkunde (Histoire de la littérature néerlandaise), professeur à l’Université de Louvain (Leuven), qui fait ressurgir la puissance littéraire de l’Anversoise. Elle est Brabançonne : le Brabant couvre alors le centre et le nord-est de l’actuelle Belgique, dont Bruxelles et Anvers (Antwerpen). Sa production est importante et diversifiée, marquées par la poésie et le mysticisme. Probablement très indépendante dans sa démarche, dotée d’une personnalité exceptionnelle, elle écrit notamment :

  •  45 Chants (sa mystique), sous forme de poèmes,

  •  31 Lettres (sa pensée),

  •  14 Visions (sa relation avec Dieu), dans un Livre de Visions,

  • 16 Lettres rimées (Mengeldichten).

Elle maîtrise le latin (ce qui l’ouvre aux textes de théologie) et le français (ce qui l’ouvre aux textes de l’amour courtois). Elle enrichit considérablement le néerlandais de l’époque, par les objectifs qu’elle s'impose : convaincre, illustrer, décrire

“DE VOGHELEN” (TRADUCTION EN FRANÇAIS : DANIEL CUNIN)

“De voghelen hebben lange geswegen,

die blide waren hier te voren :

hare blijscap es gheleghen,

dries si den somer hebben verloren.

Si souden herde saen gheseghen,

hadden sine wederghecregen,

want sie hebbenne vore al vercoren

ende daertoe werden si gheboren.

Dat mach men dan an hen wel horen."

Les oiseaux depuis longtemps gardent le silence,

eux qui jadis étaient heureux :

leur gaieté s’est couchée

parce qu’ils ont perdu l’été.

Ils triompheront sous peu

à condition de le retrouver,

car ils le préfèrent aux autres saisons

et c’est pour cela qu’il sont nés :

il suffit de les entendre alors.

Hadewijch Van Antwerpen, l'une des premières autrices européennes.
Hadewijch Van Antwerpen, l'une des premières autrices européennes.

Willem Van Rubroeck : le premier et le plus grand écrivain européen de voyage au Moyen Âge

"Moi, mes souliers ont beaucoup voyagé :

Ils m’ont porté de l’école à la guerre.

J’ai traversé sur mes souliers ferrés

Le monde et sa misère."

Félix Leclerc (chanson Moi, mes souliers, paroles et musique : Félix Leclerc, Editions Raoul Breton)

Willem naît à Rubroeck, au sud de Dunkerque, entre 1210 et 1230. Il mourra après 1295. Moine franciscain, il parle néerlandais (sa langue maternelle), latin, français. Il se rend dans l’Empire mongol, porteur d’un message de Saint Louis. Objectif, en partant de Constantinople : l’éphémère capitale Karakorum, pour rencontrer le successeur de Gengis Khan, l’un de ses petits-fils devenu Grand Khan.


De 1253 à 1255 : 16000 km à pied et à cheval pour rencontrer le successeur du Grand Khan

L’élément nouveau, par rapport aux missions précédentes, est que Willem Van Rubroeck rédige un compte-rendu écrit au Roi, en latin, qui est un chef-d’œuvre de la littérature du Moyen Âge. Willem Van Rubroeck précède Marco Polo. Avant lui, le Pape Innocent IV a envoyé le moine franciscain Jean de Plan Carpin et le moine dominicain Ascelin de Lombardie, ensemble, en 1244, puis Saint Louis a missionné le moine dominicain André de Longjumeau. Ces premiers échanges ont été des échecs : les descendants de Gengis Khan refusent le contact et prennent de haut les propositions des Européens. Ces tentatives de négociation sont motivées chez Saint Louis, d’une part, par le fait que les Mongols comptent beaucoup de chrétiens nestoriens, d’autre part, par le souvenir cuisant, et récent, de l’approche sanglante de l’Europe par les Mongols (prise de Moscou en 1238, de Kiev en 1240, de Zagreb, de la Pologne). C’est dans ces circonstances que Willem Van Rubroeck emporte des lettres de convenance pour le Khan dans lesquelles Saint Louis, échaudé par les réponses précédentes, demande que Willem soit bien accueilli, avec son compagnon de route, le frère italien Barthélemy de Crémone, dans le but de promouvoir la religion chrétienne.


3 janvier 1254 : le premier échange fructueux avec les Mongols

Les Tartares considèreront Willem comme un ambassadeur, et Saint Louis attend de lui des détails sur la société mongole. Conversations, description des lieux, des objets, détails de la vie quotidienne, organisation de la société : le récit est époustouflant, comme lors de la première rencontre avec une horde, celle de Batou, un petit-fils de Gengis Khan, devant la cour au complet, sur la Volga. 3000 km plus loin et 2 mois et demi plus tard, accompagnés par un riche marchand mongol, vêtus à la mongole, les moines rencontrent l'empereur Mongku, 46 ans, autre petit-fils de Gengis Khan. L’échange se déroule le 3 janvier 1254, après un accueil solennel par les Mongols chrétiens nestoriens, qui forment l’administration mongole. Willem est frappé par le quartier des Sarrasins, à la grande activité commerciale, par le quartier chinois, artisan, par les marchés aux 4 portes de la capitale : un demi-millier de chariots de marchandises et des troupeaux entiers y arrivent chaque jour pour nourrir la ville. Willem rencontre les nombreux chrétiens d’Europe déportés par le Khan. Il constate la diversité et l’ouverture religieuses des Mongols : 2 mosquées, une église, 12 temples taoïstes ou boudhistes. Sans oublier le chamanisme mongol. De cette capitale il ne reste rien aujourd'hui, à part le superbe mur d’enceinte et ses 4 portes.


"Peu de livres supérieurs dans toute l'histoire des Voyages"

L’orientaliste écossais du 19e siècle Henry Yule, spécialiste de Marco Polo : "(Le récit de Willem Van Rubroeck), par son caractère richement détaillé, la vivacité des images, l’acuité d’observation et le robuste bon sens, me paraît constituer un livre de voyages à plus juste titre que n’importe quelle série de chapitres de Marco Polo ; un livre certes à qui il n’a jamais été rendu justice car il en est peu qui lui soient supérieurs dans toute l’histoire des Voyages." (Yule : The Book of Ser Marco Polo, cité par le journaliste Nicolas Montard dans Ouest-France le 26 juillet 2017). Le principal manuscrit de Willem Van Rubroeck, original, se trouve au Corpus Christi College de Cambridge, et une copie à l’Université de Leyde. Le livre est édité en français par l’Imprimerie Nationale en 1997 en édition de luxe, puis par Payot en 2019 en format poche.

Reproduction de la couverture du livre de l'Imprimerie Nationale sur Willem Van Rubroeck. Egalement chez Payot en livre de poche (ci-dessous).
Reproduction de la couverture du livre de l'Imprimerie Nationale sur Willem Van Rubroeck. Egalement chez Payot en livre de poche (ci-dessous).

Le même livre, de Willem Van Rubroeck, réédité par Payot en 2019 en format poche.
Le même livre, de Willem Van Rubroeck, réédité par Payot en 2019 en format poche.

Willem die Madocke maecte, auteur du "Van den vos Reynaerde", version ancien-néerlandaise du "Roman de Renart"

L’épopée animale parodie la chevaleresque. Le texte paraît autour de 1260, inspiré par le Roman de Renart français, Le Plaid, écrit vers 1160 par Perrout de Saint Cloude.


Jacob Van Maerlant : une œuvre prolifique

Jacob Van Maerlant (environ 1235 Bruges, environ 1295 Damme) produira 230000 vers, souvent traduits du latin et du français. Son œuvre principale est Alexanders Geesten (La geste d’Alexandre le Grand), qui est réédité en 1882 par Wolters à Groningen, enrichi d’annotations et d’une étude scientifique en néerlandais. Le fac-similé de ce livre paraît en 1991 grâce à la Cornell University Library (Ithaca, dans l’Etat de New-York) et l’entreprise Xerox.

Jacob Van Maerlant : page de Die Heimelicheit der heimelicheden.
Jacob Van Maerlant : page de Die Heimelicheit der heimelicheden.

2e flux. La pré-Renaissance (14e siècle) et la 1re Renaissance (15e siècle) annoncent la Renaissance du 16e siècle

Les 14 et 15e siècles sont une période sombre : peste noire autour de 1350, poursuite du conflit franco-flamand. La période bourguignonne (1384-1477) de la Flandre permet d'unifier, entre le Saint-Empire et la France, ce qui aurait pu devenir une nation centrale ; elle regroupe en effet finalement, sous Charles le Téméraire : Bourgogne, Franche-Comté, Lorraine, Luxembourg, futurs Pays-Bas des 17 Provinces. Mais c'est au prix de guerres et d’invasions. On considère que :

  • le 14e siècle voit se mettre en place les conditions potentielles de cette révolution : la pré-Renaissance ;

  • le 15e siècle voit se structurer une première vague, partielle mais déjà structurée : la 1re Renaissance.


Les Pays-Bas : 3 millions d'habitants et des grandes villes

L’historien Christian Defebvre précise qu'à la fin du 16e siècle, les Pays-Bas "comptent 3 millions d'habitants vivant dans 6000 villages et 300 villes. Anvers, Gand, Bruxelles, Bruges et Lille dépassent 50000 habitants et de nombreuses autres villes comme Utrecht, Douai, Valenciennes, Arras ou Leyde comptent plus de 20000 habitants." La Renaissance annonce son éclosion dans quelques territoires européens, dont Florence et la Flandre.


Renforcement du pouvoir communal

En Flandre les prémices de la Renaissance y sont contemporains du renforcement du pouvoir communal, qui devient le nouveau lieu de pouvoir. Le pouvoir politique communal est détenu par les Echevins : ils représentent les bourgeois à partir du début du 13e siècle. Dès le 14e siècle, le Stadhuis (Hôtel de Ville) s’ajoute aux Beffrois et Halles. On y réunit les Echevins, organise les fêtes et repas, reçoit les hôtes de la Ville, structure la vie administrative, tient les archives. La place de l’Hôtel de Ville, qui s’appelle souvent Grote Plaats (Grand’Place) ou Grote Markt (Grand Marché), devient le cœur de la commune : processions, marchés, convergence des rues, exécutions, kermesses, cavalcades, théâtre, Rederijke Kamers (Chambres de Rhétorique).


La Renaissance, une quadruple révolution positive

La Renaissance sera une immense révolution, aux conséquences planétaires. Elle construira notre culture et nos comportements. C’est une quadruple rupture positive : en même temps culturelle, économique, sociétale/comportementale, politique.


La révolution de la Renaissance frémit et se met en place : nouveaux savoirs, chiffres indo-arabes, transferts culturels, marché de l’art

Les savoirs nouveaux se diffusent, particulièrement les chiffres indo-arabes, entre le 10e et le 14e siècles. Les transferts culturels se renforcent dans toute l’Europe : Flandre et Pays-Bas, Bourgogne, Espagne, Gênes, Italie, Portugal. Un marché de l’art apparaît. S’y investissent prélats, princes, banquiers, marchands, bourgeois.


Tapisserie : de Bruxelles à Paris, une production gigantesque

À Arras, Lille, Tournai, Bruxelles, Paris, aux 14e et 15e siècles, la production est gigantesque. Elle s’appuie sur :

  • une main-d’œuvre mobile,

  • l’uniformité des processus techniques et la circulation des modèles,

  • la décentralisation des ateliers jusque dans les maisons des villages,

  • la collaboration intelligente entre les villes,

  • la complémentarité entre les producteurs et les entrepreneurs marchands.

La référence : Deux siècles d’histoire de la tapisserie (1300-1500) — Paris, Arras, Lille, Tournai, Bruxelles, de Mgr. Jean Lestoquoy, paru en 1978 à Arras (Mémoires de la Commission départementale des monuments historiques du Pas-de-Calais).


Les peintres primitifs flamands de la 1re Renaissance : Jan Van Eyck, Hans Memling

La peinture flamande est en rupture dès le 15e siècle, grâce aux primitifs flamands : Henry Blès, Jheronimus Bosch, Dieric Bouts, Pieter Brueghel den Oude, Robert Campinc, Gérard David, Juste de Gand, Hans Memling, Joachim Patenier, Jean Provost, Hugo Van der Goes, Rogier Van der Weyden (Roger de la Pasture), Jan Van Eyck. Sur les 4 principaux primitifs flamands (Jan Van Eyck, Hans Memling, Brueghel Den Oude, Jheronimus Bosch), les 2 premiers vivent au 15e siècle. C’est pourquoi je les aborde ici. Jan Van Eyck marque le début du 15e siècle, Hans Memling la fin du 15e siècle.


Jan Van Eyck, premier grand primitif flamand

Jan Van Eyck naît vers 1390, probablement à Masseik, près de Liège dans le Limbourg. Il meurt à Bruges (Brugge) le 9 juillet 1441. Ce sont les premiers portraits réalistes et Jan Van Eyck signe ses toiles. Liège dépendant de Jean III de Bavière, évêque et prince de Liège et par ailleurs Comte de Hollande et de Zélande, Van Eyck, dont les 2 frères sont peintres, travaille à La Haye (Den Haag), à la cour, de 1422 à 1425. Toutes ses œuvres de cette époque ont disparu. Il part ensuite à Bruges (Brugge), à la mort du prince, et travaille à Lille pour le duc de Bourgogne, Philippe le Bon, qui le rémunère toute sa vie. Non seulement comme peintre, mais surtout comme diplomate et espion, très bien payé, notamment pour des missions à Jérusalem. Ce qui explique l’exactitude documentaire de bien des peintures, comme par exemple Les Trois Marie au tombeau. Il se rend aussi en Espagne et au Portugal. En 1430 il revient à Bruges (Brugge), y termine le retable De aanbidding van het Lam Gods (Retable de l’Agneau mystique), que son frère Hubert avait commencé. Le retable se trouve dans la Sint Baafskathedraal (cathédrale Saint-Bavon) à Gand (Gent). Il travaille pour le duc, pour des commandes de particuliers (le portrait de Tymothéos en 1432, L'Homme au turban rouge en 1433, Les Epoux Arnolfini en 1434, La Vierge au chanoine Van der Paele en 1436), et pour la ville (la polychromie de statues de la façade de l’hôtel de ville en 1435).


Rupture : abandon du gothique pour le réalisme et le naturalisme

À l’initiative de Till-Holger Borchert, directeur de Musea Brugge — les 12 bâtiments ou musées de Bruges (Brugge) —, Jan Van Eyck fait l'objet en 2002 d'une exposition Jan van Eyck, les primitifs flamands et le Sud - 1430-1530, au Groeningemuseum de Bruges (Brugge). On prend conscience de la rupture positive apportée par Van Eyck : l’abandon du gothique pour le réalisme et le naturalisme. Son héritage technique est donc immense :

  • perfection de la technique de la peinture à l’huile, grâce à un liant à l’huile siccative,

  • précision et réalisme des détails,

  • création de la notion moderne de portrait, notamment par le regard, dirigé vers le spectateur.

Till-Holger Borchert rappelle que les Pays-Bas, par Jan Van Eyck, mais aussi Robert Campin, Rogier Van der Weyden, rompent avec le gothique pour reproduire la réalité, de manière réaliste ou naturaliste : "Cette peinture influencera à son tour la création artistique du reste de l’Europe."


Les révolutionnaires français détruisent la Cathédrale et sa tombe

La tombe de Jan Van Eyck, honneur exceptionnel, est dans la Sint Donaaskathedraal (cathédrale Saint-Donatien) de Bruges (Brugge). Les révolutionnaires français détruisent la cathédrale en 1799, faisant disparaître la tombe de l’un des plus grands peintres de l’histoire humaine.

Jan Van Eyck : retable De aanbidding van het Lam Gods (Retable de l’Agneau mystique). Le retable se trouve dans la Sint Baafskathedraal (cathédrale Saint-Bavon) à Gand (Gent).
Jan Van Eyck : retable De aanbidding van het Lam Gods (Retable de l’Agneau mystique). Le retable se trouve dans la Sint Baafskathedraal (cathédrale Saint-Bavon) à Gand (Gent).

Couverture du livre de Till-Holger Borchert, directeur de Musea Brugge (les 16 musées de Bruges-Brugge), publié à l'occasion de l'exposition de 2002.
Couverture du livre de Till-Holger Borchert, directeur de Musea Brugge (les 16 musées de Bruges-Brugge), publié à l'occasion de l'exposition de 2002.

Hans Memling, d’Allemagne à Bruges (Brugge)

Hans Memling naît en Allemagne vers 1435 et meurt à Bruges (Brugge) le 11 août 1494. Il est enterré au cimetière de la Sint Gilliskerk (église Saint Gilles), comme Jan Provoost. De leurs tombes il ne reste aucune trace. Il est formé à Bruxelles par le peintre primitif flamand Rogier Van der Weyden (Tournai 1400 — Bruxelles 1464).


Bruges (Brugge), ville riche, ouverte, active, attire les talents de la peinture

En juin 1464, à la mort de son maître, il s’implante à Bruges (Brugge), alors une ville riche, cosmopolite, ouverte, active. Métropole reconnue, elle attire les talents artistiques, commerciaux, artisanaux, d’Allemagne, d’Angleterre, d’Espagne, d’Italie. Les grands peintres brugeois de l’époque ne sont pas nés là : Jan Van Eyck, Hans Memling, Petrus Christus, Gérard David, Jan Provoost et tant d’autres. Jan Memling s’imprègne sur place de l’art de Jan Van Eyck et crée une norme qui s’impose pour la Renaissance, synthèse entre Rogier Van der Weyden et Jan Van Eyck. Les commandes pleuvent, de particuliers (hommes d’église, marchands, banquiers) d’une grande partie de l’Europe comme d’institutions.


100 œuvres de Memling parviennent jusqu'à nous

Devenu Bourgeois de la commune, Memling vivra riche. Il sera un producteur prolifique et polyvalent, dont 100 œuvres sont parvenues jusqu’à aujourd’hui ; parmi les peintures les plus emblématiques :

  • Jan Crabbe drieluik (triptyque de Jan Crabbe, dispersé entre le Groeningemuseum, la Piermont Morgan Library de New York, le Palazzo Chiericati de Vicence), du nom du client, l’abbé de l’Abbaye des Dunes, alors à Coxyde (Koksijde), lié aux Médicis, dont la banque finance les abbayes cisterciennes par son intermédiaire.

  • Angelo di Jacopo Tani, banquier de Florence, lui commande le triptyque Het Laatste Oordeel (Le Jugement dernier), qui n’arrivera pas à Florence : un corsaire polonais le vole et le triptyque se trouve au musée national de Gdańsk en Pologne !

  • Vers 1470, le banquier italien Tommaso Portinari, directeur de la banque Médicis à Bruges (Brugge), lui commande Taferelen uit de Passie van Christus (Scènes de la Passion du Christ) qui se trouve à la Galerie Sabauda à Turin.


"Memling transmit à tout le sud de l’Europe les caractéristiques et les innovations du portrait primitif flamand"

Les portraits de Memling font l’objet d’une exposition en 2005, successivement au Museo Thyzzen-Bornemisza (Madrid), au Groeningemuseum (Bruges), à The Frick Collection (New York). Menée par Till-Holger Borchert, directeur de Musea Brugge (les 16 musées de Bruges) l’exposition bénéficie d’une ambitieuse politique de prêts — 23 musées de 9 pays — et le catalogue publie des travaux de recherche internationaux concernant le portrait chez Memling.


L'exposition de 2005, un "travail colossal" dû à Till-Holger Borchert

Le Monde parle d’un "travail colossal". La vie et l’œuvre de Memling sont excellemment décrits dans le livre de Till-Holger Borchert, Allemand d’origine, comme le peintre. Portraitiste novateur, Memling est le premier à intégrer un paysage en arrière-plan. À l’aube de la Renaissance il est le portraitiste le plus recherché.


"Memling transmit à tout le sud de l'Europe les caractéristiques et les innovations du portrait primitif flamand"

Et aujourd’hui ? Jean-Pierre Stroobants, correspondant du journal Le Monde en Belgique (07/08/2005) : "Il a innové en introduisant des décors (paysages, intérieurs, fonds), qui, malgré leur foisonnement de détails, n’enlèvent rien à la sobriété des tableaux et à l’étrangeté des personnages. L’étude du visage, des mains, du corps donne à la majorité de ces œuvres un caractère envoûtant et permet à Till-Holger Borchert, conservateur du musée Groeninge, d’affirmer que c’est bien Memling qui transmit à tout le sud de l’Europe les caractéristiques et les innovations du portrait primitif flamand, qui allait notamment influencer les peintres florentins, vénitiens ou lombards."

Hans Memling : Taferelen uit de Passie van Christus (Scènes de la Passion du Christ).
Hans Memling : Taferelen uit de Passie van Christus (Scènes de la Passion du Christ).

Couverture du livre de Till-Holger Borchert, directeur de Musea Brugge (les 16 musées de Bruges-Brugge), publié à l'occasion de l'exposition de 2005.
Couverture du livre de Till-Holger Borchert, directeur de Musea Brugge (les 16 musées de Bruges-Brugge), publié à l'occasion de l'exposition de 2005.


Parmi les sources, pour cet article et les 2 suivants :

  • Beffrois, Halles, Hôtels de Ville, Jean Lestoquoy (éditions Brunet, Arras, 1948)

  • Histoire de la Flandre et de l’Artois, Jean Lestocquoy (collection Que sais-je ?, Presses universitaires de France, 1949)

  • L'Empire mérovingien — Ve-VIIIe siècle, Bruno Dumézil (Passés/composés, 2023) ; 13 février 2024 : La dynastie des Mérovingiens a tout d'un empire. https://www.slate.fr/story/265795/dynastie-merovingiens-empire-contre-attaque-histoire-france-moyen-age-livre-bruno-dumezil

  • Histoire des Pays-Bas, Maurice Braure (collection Que sais-je ?, Presses universitaires de France, 1974)

  • Vestiges de mottes féodales en Flandre intérieure, Guy Lefranc (1976)

  • Charlemagne, Bruno Dumézil (PUF, 2012)

  • La draperie des Pays-Bas en France et dans les pays méditerranéens - 12e 15e siècle, Henri Laurent, Librairie Eugénie Droz Paris, 1935, réédition par Gérard Monfort en 1978

  • Deux siècles d’histoire de la tapisserie (1300-1500) — Paris, Arras, Lille, Tournai, Bruxelles, Mgr. Jean Lestocquoy, Mémoires de la Commission départementale des monuments historiques du Pas-de-Calais, Arras, 1978

  • Le Néerlandais, langue de vingt millions de Néerlandais et de Flamands, Omer Vandeputte (traduction Jacques Fermaut, éditions Stichting Ons Erfdeel, 1981)

  • Alexanders Geesten, Jacob Van Maerlant (The Cornell University Library, Ithaca, 1991)

  • Les Pays-Bas, histoire des Pays-Bas du nord et du sud, J.A. Koosmann-Putto et E.H. Koosmann (éditions Stichting Ons Erfdeel, 1997)

  • De lage landen, Marnix Beyen, Judith Pollmann, Henk te Velde (Ons Erfdeel, 2021)

  • Le siècle de Van Eyck - 1430-1530 - Le monde méditerranéen et les primitifs flamands, Till-Holger Borchert, directeur de Musea Brugge (les 16 musées de Bruges), livre publié à l'occasion de l’exposition Jan van Eyck, les primitifs flamands et le sud, 1430-1530 organisée par le Groeningemuseum de Bruges (Brugge) (Ludion, 2002)

  • Les portraits de Memling, Till-Holger Borchert, directeur de Musea Brugge (les 16 musées de Bruges), livre publié à l'occasion de l’exposition Les portraits de Memling : Museo Thyzzen-Bornemisza Madrid, Groeningemuseum Brugge, The Frick Collection New York (Ludion, 2005)

  • Histoire des Pays-Bas des origines à nos jours, Thomas Beaufils, docteur en ethnologie et anthropologie sociale, maître de conférences en civilisation des pays néerlandophones à l'Université de Lille (Tallandier, 2018). Sur notre histoire, à la fois le meilleur ouvrage, le plus récent, le plus agréable à lire. Thomas Beaufils est le créateur, en 2007, de la revue DESHIMA, éditée par les Presses universitaires de Strasbourg : "revue thématique annuelle publiant des études sur l’histoire globale, la culture, les arts et les sociétés des pays du Nord ; le Nord étant considéré dans son sens le plus large possible, c’est-à-dire les pays ayant une ouverture maritime vers la mer de la Baltique, la mer du Nord, la mer du Groenland et la mer de Barents. DESHIMA accueille des contributions de chercheurs en sciences humaines, sociales ou exactes, originaires aussi bien de France que de l’étranger." Deshima est le nom japonais de l'île utilisée par les Néerlandais pour commercer avec les Japonais, du 17e au 19e siècle. https://pus.unistra.fr/collection-revue/deshima/

  • Série des livres Le Comté de Flandre en cartes, de Christian Defebvre

  • Les travaux sur le sujet du cheval autour de la culture Yamna ont pour auteurs Bridget Alex, jeune paléo-anthropologue de Harvard (Discover magazine, 25/12/2023), Martin Trautmann (biologiste et anthropologue, Université de Helsinki), Volker Heyd (archéologue, Université de Helsinki).


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