ROMANTISME FLAMAND. D'OÙ VENONS-NOUS ?
- Dominique Neirynck
- 25 févr. 2025
- 15 min de lecture
Dernière mise à jour : 2 mai
Nos origines 4
Nord(s), Flandre(s), Plats-Pays... 1750-2000 : notre héritage. 19e siècle : naissance du Mouvement flamand ("Vlaamse beweging")… romantisme, écriture, poésie, journalisme. Et nouvelles écoles en peinture et littérature.
À Jan-Frans Willems (philologue), Jan-Baptist David (universitaire), Hendrik Conscience (écrivain), Guido Gezelle (poète, prêtre, enseignant), Albrecht Rodenbach (poète, parolier), Hugo Verriest (prêtre), August Vermeylen (universitaire, sénateur), Frans Van Cauwelaert (dirigeant de presse). Ils ont permis la ré-acquisition de la conscience flamande. Par la philologie, l'enseignement, l'écriture, la poésie, le journalisme. Sur ces valeurs : tolérance, libéralisme, fierté linguistique, ouverture d'esprit, modernité, socialisme, européanisme.
Les 2 articles précédents, consacrés respectivement à la Renaissance et au Siècle d’Or de nos Pays-Bas, de 1500 à 1750, se terminent sur le ravage des Pays-Bas du Sud par les Etats-Nations Espagne et France au cours des 2 derniers tiers du 17e siècle, après la mort d’Isabelle. En 2 temps :
l’annexion sanglante du futur Nord-Pas-de-Calais par la France (1635-1678), qui détruit la région ;
l’effondrement qui suit au 18e siècle et aboutit à la création de la Belgique francophone en 1830, qui fait à son tour naître "De Vlaamse Beweging" (Le Mouvement Flamand). Lancé dans un esprit romantique par des intellectuels, des artistes, des prêtres, des écrivains, notamment Hendrik Conscience, Guido Gezelle, Albrecht Rodenbach.
Le romantisme du "Vlaamse Beweging" (Mouvement flamand), aux 3 marques : identité, tolérance, pensée sociale
"De flamingant ne me traitez, être Flamand c'est dur assez" : le chanteur et poète Wannes Van de Velde. Lorsque la Belgique se crée en 1830, tout comme dans le Nord de la France à partir de Louis XIV, le français est imposé et devient la langue de la nouvelle élite. Mais la population, en Flandre, continue à parler néerlandais sous sa forme flamande, qui se scinde en dialectes locaux, dont le westvlaemsch pour le Westhoeck (Nord de la France et West-Vlaanderen en Belgique). Un immense mouvement romantique, surtout culturel et littéraire, s’empare de la Flandre après la création de la Belgique. C’est ce qu’on appellera le Vlaamse Beweging (Mouvement flamand). Il est mené d’abord par des prêtres, des intellectuels, des universitaires. 2 personnalités le lancent :
Le philologue Jan-Frans Willems (Boechout 1793 - Gand-Gent 1846) : philologue, il participe à l’unification des formes du néerlandais utilisées alors en Belgique et aux Pays-Bas. Premier néerlandophone à entrer, en 1835, à l’Académie Royale des Sciences de Belgique, il est considéré comme le fondateur du Vlaamse Beweging, sur ces valeurs : tolérance, libéralisme, promotion du néerlandais. Il est enterré au cimetière Campo Santo de Sint-Amandsberg, près de Gand (Gent). En 1851 le Willemfonds, d’esprit libéral, est créé sous forme de fondation pour promouvoir le néerlandais par la diffusion de livres, la création de bibliothèques, les cours.
L’universitaire Jan-Baptist David (Lierre 1801 - Louvain-Leuven 1886) : formé par Willems, il devient chanoine et enseigne à la Katholieke Universiteit Leuven (Université Catholique de Louvain). En 1875, le Davidsfonds, d’esprit catholique, est créé, avec les mêmes objectifs que le Willemfonds, mais doté d’une puissante maison d’édition. Jan-Baptist David repose dans la Abdij van 't Park (Abbaye du Parc), l’une des plus anciennes d’Europe, fondée en 1129 à Heverlee, près de Louvain (Leuven).
3 écrivains, issus de la bourgeoisie, structurent le mouvement : Hendrik Conscience, Guido Gezelle, Albrecht Rodenbach
Suivent 3 écrivains :
L’auteur d’épopée Hendrik Conscience (Anvers-Antwerpen1812 - Ixelles-Bruxelles 1883), écrivain (fils d’un Français devenu Anversois). Il fait paraître De Leeuw van Vlaanderen (Le Lion de Flandre), en 1838, immense épopée flamande historique. Il est enterré au cimetière Antwerpen Schoonselhof, à Hoboken, près d’Anvers (Antwerpen).
Le poète Guido Gezelle (Bruges-Brugge 1830-1899), poète, prêtre, profondément Brugeois. Comme Conscience, il connait une vie d’abord difficile, avant d’être reconnu comme un très grand auteur. Il écrit ses premiers poèmes, en westvlaemsch (dialecte flamand de l’ouest, le même que celui parlé dans le nord de la France), pour ses élèves de collège, afin de lutter contre le mépris dans lequel le flamand est tenu. Tour à tour enseignant et prêtre de terrain, il sera sanctionné par la hiérarchie de l’église pour ses prises de position en faveur du prolétariat flamand. Sa maison natale est devenue le Gezellemuseum (Rolweg 64). Gezelle déclenche une rupture dans la poésie flamande, comme Verlaine en France : il ouvre la voie à la poésie flamande moderne, abondante, comme le montre la lecture des magazines Ons Erfdeel, Septentrion, ou du site internet de poésie créé par Jozef Deleu, Het Liegend Konijn. Le philologue et écrivain (essayiste, poète, romancier) et exceptionnel traducteur Paul Claes parle d’une poésie "virtuose (…) : harmonie, rythme et plastique y rivalisent dans un lyrisme sublime". Paul Claes (né en 1943 à Louvain-Leuven), qui a notamment traduit en néerlandais Gérard de Nerval, Mallarmé, James Joyce, Rilke, est le meilleur et le plus subtil traducteur de la poésie de Gezelle, qui en français se met à sonner comme du Verlaine ; Paul Claes est à même de traduire les textes les plus difficiles en anglais, en néerlandais, en français, dans n’importe quel sens ! A lire : La Fleur, paru chez l'éditeur anversois Via Libra en 2011 (27 poèmes traduits en français par Paul Claes), et Un compagnon pour toutes les saisons, paru chez l'éditeur marseillais Editions Autres Temps en 1999 (94 poèmes traduits en français par la poétesse et traductrice Liliane Wouters). Guido Gezelle repose au cimetière de Steenbrugge, près de Bruges (Brugge).
Le poète et parolier Albrecht Rodenbach (Roulers-Roeselaere1856-1880) : pourtant mort de tuberculose à seulement 23 ans, Rodenbach influence fortement le Vlaamse Beweging. Elève de Hugo Verriest à Roulers (Roeselaere), il structure le mouvement étudiant flamand, dont sont issues les structures étudiantes ou de jeunesse actuelles en Flandre. Très influencé par Hendrik Conscience, il produit de nombreux poèmes et chants étudiants, dans la veine romantique. Albrecht Rodenbach repose au cimetière de Roulers (Roeselaere).
2 poèmes de Guido Gezelle, tirés du recueil La Fleur (27 poèmes traduits en français par Paul Claes), paru chez Via Libra à Anvers (Antwerpen) en 2011 :
TRANEN
LARMES
‘t Is nevelkoud,
en, ’s halfvoornoens, nog
duister in de lanen ;
de boomen, die ‘k
nog nauwlijks zien kan,
weenen dikke tranen.
Ce froid brouillard
de matinée
obscurcit la route ;
les arbres à
peine visibles
pleurent goutte à goutte.
’t En regent niet,
maar ’t zeevert… van die
fijngezichte, natte
schiervatbaarheid,
die stof gelijkt, en
wolke en wulle en watte.
Il ne pleut pas
mais il bavote…
bruine délicate,
poussiéreuse et
presque palpable
de duvet, d’ouate.
’t Is aschgrauw al
beneên, omhooge, in
’t veld en langs de lanen :
de boomen, die ‘k
nog nauwlijks zien kan,
weenen dikke tranen.
En bas, en haut,
tout est de cendre,
aux champs, sur la route ;
les arbres à
peine visibles
pleurent goutte à goutte.


3 personnalités issues du monde étudiant développent le mouvement, dont Frans Van Cauwelaert
Ces artistes issus de la bourgeoisie sont relayés, au cours du dernier tiers du 19e siècle, par des personnalités issues du milieu étudiant, comme :
Le prêtre Hugo Verriest (1840-1922) : élève de Guido Gezelle puis prêtre de terrain, il propage avec succès le néerlandais dans tout l’enseignement en Flandre. Il repose contre l’église de Ingooigem, près de Courtrai (Kortrijk).
Le socialiste et européaniste August Vermeylen (1872-1945) : Docteur de l’ULB (Université Libre de Bruxelles), il sera Sénateur socialiste belge, Professeur en histoire de l’art et littérature néerlandaise, d’abord à l’ULB puis à la Rijksuniversiteit Gent (Université de Gand). Il en est le 1er Recteur, en 1930, lorsqu’elle devient néerlandophone. Il aura influencé la Flandre, avant la 1re Guerre mondiale, dans un esprit de promotion culturelle et économique, profondément européen. Sa formule est : "Om iets te zijn moeten wij Vlamingen zijn. Wij willen Vlamingen zijn, om Europeërs te worden" ("Pour peser, soyons Flamands. Nous voulons être Flamands pour devenir Européens"). Dès 1895 il fait paraître Kritiek der Vlaamse Beweging, une critique du mouvement Flamand en faveur de l’ouverture. Il existe un Vermeylenfonds, fondation culturelle à tendance socialiste.
Frans Cauwelaert fonde le quotidien "De Standaard", et initie le développement du port d'Anvers (Antwerpen) vers le nord
Frans Van Cauwelaert (Anvers-Antwerpen 1880-1961) : personnalité hors du commun, il est à l’origine de l’initiative de néerlandiser l’Université de Gand. Il s’oppose à l’occupation allemande de la 1re Guerre mondiale et à toute collaboration, et rejoint les Pays-Bas. Dès 1918 il crée ce qui sera pendant 1 siècle le principal titre de presse quotidienne de Flandre, De Standaard. Souvent Ministre, Bourgmestre d’Anvers (Antwerpen), il lance le développement du port vers le nord. Au cours de la 2e Guerre mondiale, certains membres du Vlaamse Beweging se tourneront vers une collaboration ouverte avec les nazis, comme le prêtre Cyriel Verschaeve en Flandre belge. Frans Van Cauwelaert, à l’inverse, émigre à New York le temps de la 2e Guerre mondiale. En 1951, après l’abdication du Roi Léopold III du fait de son comportement pendant la guerre, c’est dans les mains de Frans Van Cauwelaert que le Roi Baudouin prête serment.

Le "Vlaamse Beweging" a réussi : le néerlandais est reconnu
De la fin du 19e siècle à la fin du 20e siècle, les lois belges évoluent vers la reconnaissance du néerlandais en Flandre. Aujourd’hui c’est la langue de 20 millions de Flamands belges et de Néerlandais. En 1988, la Belgique devient un Etat fédéral, avec 3 régions : la Flandre, la Wallonie, Bruxelles. En France, le flamand, encore parlé par 250000 personnes à la sortie de la 2e Guerre mondiale, mettra 50 ans à mourir lentement. Avec pour corollaire la perte du lien avec notre histoire, avec un univers musical et littéraire de premier ordre et la disparition de cette force qu’est le bilinguisme.
En Flandre française, Lodewijk de Baecker, juriste, philologue, de Noorpeene
Lodewijk de Baecker (1814 Saint-Omer - 1896 Paris) a pour père un imprimeur de Cassel. Pour le 200e anniversaire de sa naissance, Wido Bourel — à qui on doit la redécouverte de cet écrivain — fait paraître en 2014 De Saga van Lodewijk. Voorvechter van de Nederlandse Gedachte in Frankrijk. Lodewijk de Baecker étudie le droit à Paris, est avocat à Saint-Omer (Sint-Omaars) puis Juge de paix à Bergues (Sint Winoksbergen). Finalement il se consacrera entièrement aux recherches et études sur la Flandre française, sa langue, ses monuments, ses traditions ; il publiera de nombreux livres et articles. La Révolution française ayant détruit le couvent de Noordpeene, il achète et restaure le château voisin. Il fonde le Comité Flamand de France, avec Edmond de Coussemaker, et donnera plusieurs cours sur le néerlandais à la Sorbonne. Il est enterré au cimetière de Noordpeene. Son fils sera maire de Noordpeene de 1897 à 1910. En 2016, grâce à Mark Ingelaere et Wido Bourel, sa tombe est restaurée, avec cette inscription : “Schrijver en filoloog, trouw aan de Nederlandse gedachte”.

Une nouvelle génération de peintres et sculpteurs
Tous ces peintres sont également de très grands sculpteurs :
James Ensor. Ensor (Oostende 1860-1949) refusera toute école ; il est probablement le plus grand expressionniste flamand. Il cesse de peindre jeune mais laisse une production puissante et originale.
Sint-Martens-Latemse Scholen (Ecole de Sint-Martens-Latem) : Constant Permeke, Albert Servaes. Du nom d’un village au sud de Gand (Gent), sur la Lys, l’école regroupe une trentaine de peintres, répartis en 4 groupes successifs, de 1875 à 2000. Le dernière peintre de cette école est Lea Vanderstraeten, née en 1929. Constant Permeke (1886-1952) et Albert Servaes (1883-1966) font partie du 2e groupe ; ils symbolisent aussi le mouvement expressionniste flamand. Ce seront les grands influenceurs du peintre Arthur Van Hecke (cf. mon article consacré à ce dernier).
Rik Wouters. Wouters (Malines-Mechelen1882 - Amsterdam 1916) est un fauviste. Il meurt à 33 ans d’un cancer, après une courte vie fusionnelle avec Nel, sa muse, son modèle, son épouse.


Louise de Hem, portraitiste flamande
Cas atypique dans la peinture, Louise de Hem naît à Ypres (Ieper) en 1866 et meurt à Bruxelles (précisément à Forest) en 1922. Elle est formée à Paris par le graveur et peintre Benjamin-Constant. Elle retourne ensuite à Ypres (Ieper), puis réside à Forest et fait une carrière de portraitiste mondaine et bénéficie de nombreuses commandes. Le Yper Museum possède 90 de ses toiles. Elle se fera construire une des très belles maisons art déco de Bruxelles, avec son atelier, au 15 rue Darwin à Forest. https://www.ypermuseum.be/werken-louise
Un art nouveau, le roman graphique : Frans Masereel
Frans Masereel naît en 1889 à Blankenberge, sera formé dans les écoles d’art de Gand (Gent) et meurt en 1972 à Avignon. Il est enterré au cimetière Campo Santo de Sint-Amandsberg, près de Gand (Gent) . Il crée une nouvelle forme d’expression, à la croisée de la gravure, de l’illustration, du roman. Le roman graphique est une bande dessinée longue pour adultes. Sa production, tout en noir en blanc, marquera le monde artistique par sa force d’engagement politique (gauche humaniste libertaire), sa créativité, sa nouveauté. Ses titres principaux sont Mon livre d’heures, 25 images de la passion d’un homme, Le soleil, L’œuvre. Il sera l’ami du peintre et caricaturiste allemand George Grosz, de l’écrivain et dramaturge autrichien Stefan Zweig, de l’écrivain et Prix Nobel français Romain Rolland. Le Frans Masereel Centrum se trouve en Flandre, à Kasterlee.



Littérature : Charles Decoster fait connaître Tyl l’Espiègle au monde
Charles Decoster (Munich 1827 - Ixelles-Bruxelles 1879) est francophone. Il est enterré au cimetière d’Ixelles, dans Bruxelles. Son principal écrit, fresque d’histoire, de mythologie, de liberté, dans la ligne de Rabelais, est La Légende et les Aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d'Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au pays de Flandres et ailleurs, qu’on nomme généralement La légende d’Ulenspiegel. Il sera diffusé dans le monde entier. Joris Ivens (le mari de Marceline Loridan) et Gérard Philippe adaptent le roman pour la télévision en 1956, avec Jean Vilar, Jean Carmet (tout jeune).


Dom Louf au Mont des Cats (Katsberg) : le dernier des grands mystiques flamands ?
On dit d’Arthur Van Hecke qu’il est “le “dernier des grands peintres Flamands”. Peut-on dire d’André Louf qu’il est “le dernier des grands mystiques Flamands ?”. Comme Jan Van Ruysbroeck et Hadewijch Van Antwerpen furent les premiers ?

Jaak Louf : une enfance à Bruges (Brugge)
Jaak Louf nait le 28 décembre 1929 à Louvain (Leuven). Son père, André Louf, poète, est avocat à Bruges (Brugge). Jaak y sera élève au collège Jésuite et membre des mouvements de jeunesse catholiques flamands.
Dom Louf, néerlandophone, est moine au Mont des Cats (Katsberg)… à 17 ans
Le 2 février 1954 il entre à l’Abbaye trappiste du Mont des Cats (Katsberg) à 17 ans ! Sous le nom André Louf, qui deviendra Dom Louf. Le père abbé l’envoie se former à Rome de 1955 à1958 : il y étudie la théologie et les Ecritures Saintes. Il y maîtrise le syriaque.
Directeur de la revue de l’ordre cistercien… à 30 ans
En 1959 il devient responsable de la revue d’histoire et de spiritualité de l’ordre cistercien : Collectanea cisterciensia. Il en fera un organe en lien avec le monde universitaire, par le Bulletin de Spiritualité monastique : 20 pages qui listent et analysent les ouvrages consacrés au domaine monastique.
Père Abbé du Mont des Cats (Katsberg) en 1963… à 33 ans. Jusqu’en 1997 : pendant 35 ans
Rome doit lui délivrer une autorisation particulière : on ne peut en principe être Père Abbé qu’à 35 ans. Il choisit “Cum Christo paupere” (“avec le Christ pauvre”) comme devise abbatiale, et “In manus tuas” (“en tes mains”)
Avec Dom Louf l’Abbaye du Mont des Cats (Katsberg) devient une référence en Europe
Le philosophe Paul Ricoeur parraine sa remise du titre de Docteur honoris causa par l’Université catholique de Louvain (Leuven), le 2 février 1994. Le théologien belge Adolphe Gesché y rappellera qu’André Louf fait de l'abbaye flamande, par le rayonnement de son enseignement et de sa personnalité, “l'un des lieux les plus significatifs de l'inspiration chrétienne en Occident”. Dom Louf est dans la lignée du Concile Vatican II, et à ce titre renouvelle considérablement la spiritualité de l’Ordre cistercien au 20e siècle. Charles Wright (Le chemin du cœur. L'expérience spirituelle d'André Louf 1929-2010, Paris, Salvator, 2017) évalue que sa pensée et sa personnalité en font un “des maîtres spirituels du christianisme contemporain”. Bruno Bouvet, Rédacteur en chef, en charge de La Croix L’Hebdo, écrit dans La Croix le 15 juillet 2010 (Dom André Louf, une vie monastique en partage), qu’il est l’une “des plus grandes figures spirituelles de l'époque contemporaine”.
De Jan Van Ruysbroeck à la psychologie, en passant par les orthodoxes
Jan Van Ruysbroeck (1293-1381) fut le premier grand mystique Brabançon. Dom Louf a traduit l’ensemble de son œuvre, écrite en thiois. Mais aussi des textes de la mystique syriaque, notamment Isaac de Ninive (640-700), grand spirituel de l’Orient chrétien, et Syméon de Taibouteh. Par ailleurs, “intéressé par la psychologie qui fait des avancées considérables dans les années 1970, il fait partie des quelques pionniers qui ont essayé de ressourcer la vie spirituelle avec les récents acquis de cette psychologie, notamment celle des profondeurs. Son livre La grâce peut davantage. L'accompagnement spirituel montre comment la psychothérapie, étymologiquement ‘guérison de l’âme', peut féconder l'expérience spirituelle, en déblayer le terrain” (Wikipedia). Il dialoguera avec les othodoxes, notamment avec le métropolite Hilarion (Archevêque de Hongrie), dont il traduira plusieurs livres.
L’appel du Vatican
Le Vatican le met à contribution : en 1967, sous Paul VI, il rédige le Message des religieux contemplatifs pour le Synode des évêques qui suit le Concile Vatican II. En 2004, sous Jean-Paul II, il compose la Méditation du chemin de croix au Colisée.
Ermite en Provence puis enterré au Mont des Cats (Katsberg)
Dès 1972, il envisage de devenir ermite à la Grande Chartreuse, le premier monastère de l’ordre des Chartreux, dans l’Isère, qui refuse. 1997 : il se retire cette fois définitivement, dans l'ancienne étable de l’âne de l’Abbaye de Sainte-Liboa de Simiane-la-Rotonde. Pendant 12 années. Sentant sa santé décliner, il revient en Flandre et meurt à l’Abbaye du Mont des Cats (Katsberg) le 12 juillet 2010. Sa tombe est dans le cimetière de l’abbaye.
Auteur spirituel et mystique : plus de 20 livres, écrits en néerlandais, pour beaucoup traduits en français
Seigneur, apprends-nous à prier : son 1er livre, en 1972. Le début d’une longue série. André Louf maîtrise 10 langues, anciennes et modernes.
Sélection d’ouvrages parus en traduction française :
- Seigneur apprends-nous à prier, Bruxelles, Lumen vitae, 1972.
- La Voie cistercienne. À l’école de l’amour, Paris, Desclée de Brouwer, 1980.
- Seul l’amour suffirait – Commentaires d’Évangile, pour les années A, B, C, Paris, Desclée de Brouwer, 1982-84.
- Au gré de sa grâce – Propos sur la prière, Paris, Desclée de Brouwer, 1989.
- La Grâce peut davantage – L’accompagnement spirituel, Paris, Desclée de Brouwer, 1992.
- Heureuse Faiblesse – Commentaires d’Évangile, pour les années A, B, C, Paris, Desclée de Brouwer, 1996-98.
- À la grâce de Dieu – Entretiens avec Stéphane Delberghe, Namur, Fidélité, 2002.
- L’Humilité, Paris, Parole et Silence, 2002.
- Dieu intime, paroles de moines, Paris, Bayard, 2003.
- Chemin de Croix du Colisée, Namur, Fidélité, 2004.
- À l’école de la contemplation, Paris, Lethielleux, 2004.
- Initiation à la vie spirituelle, Parole et Silence, 2008.
- L’Œuvre de Dieu : un chemin de prière, Paris, Lethielleux, 2005. Initiation à la vie spirituelle, Points, 2012.
- Saint Bruno et le charisme cartusien aujourd’hui, Parole et Silence, 2016.
- S'abandonner à l'amour : Méditations à Sainte Lioba, Salvator, 2017 (sous la direction de Charles Wright, avec la contribution d’André Louf).
- La joie vive : Méditations à Sainte-Lioba II, Salvator, 2017 (sous la direction de Charles Wright, avec la contribution d’André Louf).
- Au gré de sa grâce : Propos sur la prière, Artège Editions, 2018.
- Seigneur, apprends nous à prier, Artège Editions, 2019.
Sélection de traductions :
- Hilarion Domratchev, Sur les monts du Caucase : Dialogue de deux solitaires sur la prière de Jésus, Genève (Suisse), Editions des Syrtes, 2016 (préface d’Hilarion Alfeïev, traduction du russe par André Louf).
Sélection d’ouvrages sur André Louf :
- Alexandre Saraco, La grâce dans la faiblesse. L'expérience spirituelle d'André Louf, Paris, Éditions des béatitudes, 2013
- Alexandre Saraco, Discernement et accompagnement spirituel dans les écrits d'André Louf, Paris, Éditions des béatitudes, 2016.
- Charles Wright (préface de Jacques Dupont), La liturgie du cœur. Méditations à Sainte-Lioba III, Salvator, 2018.
- Charles Wright, Le chemin du cœur, Salvator, 2022 (photo ci-dessus).

De l'État Belge à la Belgique fédérale
5 étapes :
L’Etat belge est créé en 1830. Sa dernière manifestation “naturelle”, c’est l’Exposition universelle de Bruxelles, en 1958. Oui, l’atomium… 42 millions de visiteurs. Suit l’indépendance du Congo en 1960, pris en main par un dictateur. Et, pour la Belgique, la perte de ses immenses richesses. L’austérité s’impose, et elle engendre pendant l’hiver 1960-61 une grève (presque) générale, surtout en Wallonie, où apparaît l’autonomisme Wallon.
1962 : CRÉATION DE LA FRONTIÈRE LINGUISTIQUE. En 1962 la frontière linguistique délimite la Flandre néerlandophone, la Wallonie francophone, Bruxelles bilingue. La Flandre est chrétienne de centre-droit, la Wallonie socialiste.
1963 : LA FLANDRE DÉPASSE ÉCONOMIQUEMENT LA WALLONIE. Dès 1963 c’est le PIB (par habitant) flamand qui passe devant le wallon, puis la Flandre décolle économiquement. Le groupe wallon acier-verre-charbon est dépassé par la cohorte de nouvelles PME flamandes ; comme on en voit voit le long des autoroutes.
MAI 68 : CRÉATION DE LA KATHOLIEKE UNIVERSITEIT LEUVEN. Mai 68 se symbolise en Belgique par une victoire des militants Flamands : la scission de l’Université de Louvain, bilingue, pour créer une Université de Louvain néerlandophone, la Katholieke Universiteit Leuven.
1993 : CRÉATION DE LA BELGIQUE FÉDÉRALE. Le pli est pris : en 1970, la 1re réforme de l’état mènera à terme — par 5 réformes au total —, à la Belgique fédérale en 1993. Enfin, en 2001 et 2014, l’essentiel des compétences de l’Etat finissent de basculer aux Régions.
Pour approfondir :
Cette information est tirée de l’article “Une histoire de TGV et de tube de dentifrice : de l’Etat national à l’Etat fédéral aujourd’hui”, signé François Brabant, paru dans Septentrion en 2024. https://les-plats-pays.com/article/belgique-1958-1968
Parmi les sources francophones, concernant la Belgique et son vécu politique et étatique, citons Wilfried, magazine trimestriel lancé en 2016 par François Brabant, autour de l’Ecole de journalisme de l’Université Catholique de Louvain (Leuven). Forme : une coopérative, fondée sur le crowfunding. https://www.wilfriedmag.be/



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