LA FRANCE AU "CENTRE" ? FAITS... DE 1945 À 2020
- Dominique Neirynck
- 24 janv.
- 13 min de lecture
Dernière mise à jour : 14 juil.
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Question pour un débat : et si c'était le centre, et non la droite ni la gauche, qui repousserait les extrêmes ? Le "centre" compris comme le lieu, à la fois, de l'équilibre et du refus de l'occupation du champ politique par l'ensemble gauche/droite. Ou comment, sur plus d'1/2 siècle, la politique s'expliquerait par le rassemblement (ou non) de "2 Français sur 3".
À Norbert Ségard, qui serait devenu Maire de Lille et leader politique du Nord de la France si la cigarette ne l'avait tué. Il fut le symbole du centre dans la région, par le gaullisme social.
Les oxymores c’est aussi en politique
La politique est pleine de paradoxes : l’apparence cache souvent une réalité différente, voire contraire à la première vision qu’on en perçoit. Les exemples sont nombreux et on peut parler d’oxymores politiques, en faisant référence à cette figure de style par laquelle on donne un sens inattendu à un groupe de deux ou plusieurs mots qui, isolés, sont pourtant contradictoires. Exemples de paradoxes :
Dans le domaine des positions politiques : on se réfère fréquemment à un scandaleux état de pauvreté, qui serait existant ou croissant, dans notre société ; en réalité, objectivement, jamais cette dernière n’a produit autant de développement, autant de richesses, autant de protection sociale.
Une partie de l’extrême-gauche a pour leader un sénateur, soumis à l’impôt sur la fortune lorsqu’il existait encore, qui n’a pratiquement jamais travaillé en dehors du champ politique (6 années seulement).
A l’étranger : ainsi Donald Trump, pour développer le pouvoir d’achat des ouvriers américains, applique-t-il des mesures protectionnistes, ce qui pourtant, à moyen terme, donnerait l’effet inverse.
On ne peut pas prévoir en politique mais on peut faire appel à la longue mémoire
Les électeurs n’ont pas de mémoire : ainsi lorsque la presse donne la parole à François Hollande début 2018, en tant qu’ancien Président, pour relayer ses propos présentant son successeur Emmanuel Macron comme "le Président des super-riches", tout le monde a oublié — les électeurs dans leur mémoire, les journalistes en ne le lui rappelant pas — que la présidence de François Hollande, pourtant chronologiquement si proche, est marquée par son mépris des pauvres, qu’en privé il appelle "les sans-dents". Pourtant, exploiter la longue mémoire en politique permet d’asseoir parfois une forme de prévisionnisme. L’expression me vient de Mylène Descamps. Je suis alors (de 1986 à 1988), auprès du Ministre Jean-Jacques Descamps, Chargé de mission au Cabinet du Ministère de l'Industrie, des P. et T. et du Tourisme : suivi et communication des interventions politiques inter-Cabinets ministériels, pour les dossiers de niveau national dans la région Nord-Pas-de-Calais, dans tous les domaines d'action du Gouvernement, notamment économiques. Ancienne attachée de presse, à l’UDF, de Valéry Giscard d’Estaing, et épouse de Jean-Jacques Descamps, Mylène me dit, un jour de 1987 : "Pour se donner une chance de prévoir en politique, il faut bénéficier d’une longue mémoire", ce qui était évidemment son cas. Précisément, à l’occasion d’un vote qui concerne des élus, elle prédit une réaction, contraire au requis naturel, de la part d’un élu de droite du Nord : elle prévoit qu’il votera contre une position du gouvernement de Jacques Chirac. Non seulement il s'avèrera qu'elle ne s'était pas trompée, mais de plus Mylène conteste le fait que j’utilise alors le mot "trahison", parce que c’est une interprétation appuyée sur la seule actualité. Mylène me rappelle plutôt le parcours passé de cet élu : avant de se retrouver intégré dans un parti de droite libérale, le RPR, derrière le Premier ministre Jacques Chirac, il avait en effet été MRP (Mouvement Républicain Populaire). Et par son vote d'opposition — surprenant, mais en apparence seulement — il ne faisait en fait que retrouver ses très anciens réflexes partisans.
Pourquoi, depuis 1945, l’extrême-droite est-elle marginalisée en France lorsque le centre est puissant ? Centre versus extrême-droite ?
Certes la proximité chronologique avec le Régime de Vichy aura longtemps pour conséquence, après 1945, de sortir l’extrême-droite du champ politique français et européen. Mais ce n’est pas la seule explication.
Le centre, lieu du refus de l'antagonisme gauche/droite
Un rôle essentiel doit être mis au crédit du refus (et des "refuseurs") des antagonismes, et particulièrement du refus de l’antagonisme qui oppose gauche et droite. C’est ce que Valéry Giscard d’Estaing martelait : l’appel permanent à l’"union". Car l’antagonisme pour l’antagonisme — notamment : gauche ramassée contre droite ramassée — génère et implique l’expression et la progression des extrêmes, en raison de son absence d’efficience (ressentie) ; l’opposition gauche/droite produisant peu, concernant la gestion de la société, sur le long terme elle appelle; attire et développe en conséquence les extrêmes, par horreur du vide.
Pas d'extrême-droite lorsque le centre est puissant ?
L’inverse est tout aussi vrai : il n’y a pas d’extrême-droite en France lorsqu’un centre puissant et fédérateur se mobilise. Ce centre sera représenté successivement par Charles De Gaulle (et se poursuivra par effet d’inertie sous Pompidou) puis par Valéry Giscard d’Estaing. Ce dernier défend et pratique l’accroche du centre gauche à la droite ; on pouvait alors rencontrer bien des élus qui auraient été classés à gauche et qui, par cette stratégie, étaient en réalité ancrés fortement dans la majorité du Président. L’UDF de Valéry Giscard d’Estaing, c’était :
2 grands partis : le PR (Parti Républicain) et le CDS (Centre des Démocrates Sociaux),
mais aussi 2 petits partis qu’on pourrait aujourd’hui classer aussi bien à gauche qu’à droite : le Parti Radical, le PSD (Parti Social Démocrate).
Certes l’extrême-droite, dans ces époques, existe bel et bien. Et se présente à la présidentielle, comme en 1965 avec Jean-Louis Tixier-Vignancour. Mais elle est exsangue. Ce ne sont en effet ni la droite ni la gauche qui repoussent l’extrême-droite : cette dernière n’a cessé de progresser sous les présidences successives de Mitterrand, Chirac, Sarkozy, Hollande, Macron. C’est le centre qui repousse électoralement l’extrême droite, en grande partie parce qu’il existe une similitude fondatrice entre eux, qui crée un phénomène de vases communicants de l'électorat (de l'extrême droite vers le centre) : le refus de la découpe gauche/droite.
De 1945 à 1958, le centre c’est en un premier temps le MRP (Mouvement Républicain populaire)
Charles de Gaulle prend le pouvoir après le conflit mondial en 1945 puis à nouveau en 1958. Il n’est alors pas classé à droite. Ce sera, plus tard, la structuration d’une gauche organisée qui, par effet-miroir, le poussera vers la droite. Commençons par le commencement : tout vient du MRP, et les évolutions qui suivront se dérouleront en filiation, ou en creux, ou en opposition, par rapport à lui.
Qu’est-ce que le MRP ? Le MRP est le Mouvement Républicain Populaire. Il est centriste, précisément démocrate-chrétien. À la sortie de la 2e Guerre mondiale, marqué par la fidélité à Charles De Gaulle, il regroupe notamment la résistance démocrate-chrétienne.
Quelle est son origine ? Le MRP est fondé en 1944 et est mené par les catholiques non politiques de la Résistance, particulièrement les syndicalistes CFTC et les ACJF (Action catholique de la jeunesse française). La figure de François de Menthon, injustement oubliée, est centrale ici : il préside l’ACJF entre les 2 guerres mondiales, et devient le pilier chrétien de la Résistance. Il crée, avant la 2e Guerre mondiale, la JOC (Jeunesse ouvrière chrétienne) et, pendant la guerre, Liberté, l’un des principaux mouvements de résistance, dans la ligne de Jean Moulin. Il rejoint Charles De Gaulle à Alger en 1943. Garde des Sceaux à la Libération, il met sur pied l’épuration puis se consacre à l’Europe : il siège au Comité qui crée le Conseil de l’Europe. Laurent Ducerf, Agrégé d’histoire, qui enseigne au Lycée Pasteur de Lyon, en CPGE (Classes préparatoires aux grandes écoles), a publié en 2006 sa biographie : François de Menthon : un Catholique au service de la République, 1900-1984.
Quel est son environnement politique ? La France compte 3 grands partis après la 2e Guerre mondiale : le MRP, le Parti Communiste (PCF), la SFIO (ancêtre du Parti Socialiste).
Par quoi est motivé son électorat ? Les femmes viennent de se voir accorder le droit de vote et sont un socle important de la base électorale du MRP ; le second socle c’est la fidélité à Charles De Gaulle.
La 1re force politique française. Charles De Gaulle quitte la scène politique parce qu’il n’arrive pas à faire accepter un régime présidentiel et le MRP restera la principale force politique française jusqu’au retour en politique de Charles De Gaulle en 1958. Il est significatif que le MRP se fait appeler la "Troisième Force", entre les partis de gauche (communistes et socialistes) et le nouveau et éphémère RPF (Rassemblement du peuple Français) institué de 1947 à 1955 par Charles De Gaulle.
Le co-fondateur de l’Europe. Ces années MRP de la IVe République seront mises à profit par ce parti pour lancer la création de l’Europe. C’est un MRP, Robert Schuman, Président du Conseil, qui prend contact avec les autres chrétiens-démocrates d’Europe : Alcide De Gasperi à Rome et Konrad Adenauer à Bonn. On connaît la suite.
L’effacement du MRP après le retour de Charles De Gaulle en 1958. Le MRP soutient le retour de Charles De Gaulle et la constitution de la Ve République puis s’efface de la scène.
Conclusion : le 1er parti centriste après la 2e Guerre mondiale, le MRP, est issu de la Résistance et du catholicisme. Le MRP est gaulliste et européaniste.
De 1958 à la réactivation du centre en 1962, c'est l’UNR (Union pour la Nouvelle République) qui occupe le champ politique
Quand Charles De Gaulle revient au pouvoir en 1958 et crée la Ve République, une véritable droite est absente en France, du fait de la proximité chronologique du régime de Vichy. Indépendants — ce qui signifie indépendants du rapport gauche/droite— et gaullistes gouvernent ensemble. Et ils s’opposent, ensemble, au champ gauche/droite, rejeté comme l’est alors la IVe République. Concrètement, le MRP gouverne donc avec le nouveau parti gaulliste, l’UNR (Union pour la nouvelle république), puis s’efface. 2 évolutions s’ensuivent en parallèle :
L’UNR sera déplacée petit à petit vers la droite, puis marquée à droite, de manière exacerbée, par Mai 68. Et ne l’oublions pas : l’UNR donnera plus tard naissance, successivement, à l’UDR, suivi par le RPR, suivi par Les Républicains.
En même temps, et petit à petit également, au sein de l’UNR le fondement centriste ne perdurera qu’à la marge et sans grande influence, en un lieu double : d’une part les Résistants comme Maurice Schumann, d’autre part les "gaullistes de gauche", ou "gaullistes sociaux", comme plus tard Philippe Séguin. Ils défendent et promeuvent leur héritage de 1945 : des Affaires étrangères polycentrées (l’ancêtre du multilatéralisme), la poursuite de l’équilibre social (par des concessions aux communistes) et économique (par la pratique de l’interventionnisme et le développement en partie public de l’économie). Beaucoup étaient syndicalistes Force Ouvrière (par anticommunisme) et donc en opposition par rapport à la CGT : F.O. sera toujours considérée comme un syndicat gaulliste dans les années 1970, preuve d’une large connexion entre le gaullisme et une base ouvrière et employée. Le politologue Gaël Brustier rappelle : "En 1965, Malraux pouvait dire à un meeting UNR que ’Marx était un grand penseur’, reprocher à Mitterrand de ne ’même pas avoir été en Espagne’, vilipender ’la seule droite meurtrière, celle du putsch d'Alger et du Petit-Clamart' et se faire applaudir ou ovationner."
La source du retour du centre en 1962 — sous la forme des R.I. (Républicains Indépendants) — : le CNIP de 1949… "I" pour "Indépendants"
Le CNIP (Centre national des indépendants et paysans), à un moment appelé CNI, est un exemple parlant : il naît en 1949 et marque une tendance libérale, face aux partis de gauche et au MRP, interventionnistes. Quant à Charles de Gaulle, il n’a pas encore créé le RPF. Le CNIP tourne autour des 15% de l’électorat sous la IVe République. C’est un CNIP, René Cotty, qui est Président de la République en 1953 ; sans oublier Antoine Pinay, CNIP également. Le CNIP soutient Charles De Gaulle pour son retour en 1958. Et quelles sont ses 2 personnalités de l'époque, illustrantes ici pour l’avenir ? Valéry Giscard d’Estaing et Jean-Marie Le Pen. Le premier structurera durablement le centre, le second partita vers l’extrême droite, ce qui montre la porosité entre ces 2 pôles, et la capacité des électeurs de chacun de ces lieux politiques, à jouer les vases communicants entre les deux. Près de 60 ans plus tard, l’élection présidentielle de 2017 (par le combat entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen) dénoue une situation CNIP de la fin des années 1950 ! Comme auparavant, le CNIP, puis par filiation partielle les R.I. (Républicains Indépendants), se démarqueront du gaullisme : ce sont des libéraux. Cette fracture au sein de la droite existe toujours, telle quelle. Certains débats au sein de Les Républicains aujourd’hui, ce n’est rien d’autre : libéraux versus dirigistes. Comme tout au long de la Ve République : UDF versus UDR (ensuite RPR). Lorsqu’on dit un jour de 1983 en privé à Claude Prouvoyeur, membre du CNIP, qu’il simplifierait sa situation électorale en prenant sa carte au RPR, il répond, sidéré : "RPR, moi ? Jamais !". Lui qui suivait pourtant étroitement une ligne nationale de droite, dans un combat de cette droite contre la gauche, marquait ainsi son indépendance sur le contenu et son indépendance d’origine, par rapport au champ droite/gauche. Le CNIP, pourtant classé à droite, est en réalité un alias du centre, et réciproquement : ce sont des vases communicants. Par leur indépendance farouche (et commune) envers le rapport droite/gauche.
La source du CDS (Centre des démocrates sociaux) de 1966 : la candidature de Jean Lecanuet à l'élection présidentielle de 1965
L'autre élément de transmission, pour le centre, sera réalisé par Jean Lecanuet, vers la future UDF. Une filiation, pour le centre devenu orphelin du MRP, apparaîtra en effet en la personne de Jean Lecanuet, jeune Maire de Rouen, qui se présente contre Charles De Gaulle à la présidentielle de 1965. Il atteint le score de 15%, grâce à une campagne à la Kennedy, qu’il appuie notamment sur un nouvel outil : la télévision. Charles De Gaulle est mis en ballotage au 1er tour, face à François Mitterrand et Jean Lecanuet, et ne passe qu’au 2e tour. Le virus s’implante : Jean Lecanuet fonde alors le CD (Centre des démocrates) en 1966. Le CD, qui deviendra le CDS, sera l’un des 2 principaux partis de… l’UDF de Valéry Giscard d’Estaing. En résumé, l’UNR de 1958 profite de l’effacement du MRP mais, la nature politique ayant horreur du vide, le centre réapparait en 1962 avec Valéry Giscard d’Estaing et ses R.I., et en 1966 avec Jean Lecanuet et son CD : ils créent le pont vers la future UDF de 1978.
1978 : R.I. + CDS = UDF (Union pour la Démocratie Française)… Souvenons-nous : "2 Français sur 3"
Valéry Giscard d’Estaing crée les R.I. (Républicains Indépendants) en 1962, puis l’UDF en 1978. Le centre réapparait en France. Cette période, de 1962 à 2002, débute par la création des R.I. (Républicains Indépendants), dans la filiation du CNIP, puis passe par des "tentatives" individuelles vers le Front National et se clôt par l’élection présidentielle de 2002 et la création de l’UMP :
En 1962 Valéry Giscard d’Estaing quitte le CNIP et lance les Républicains Indépendants (R.I.) ; le CNIP ne s’en remettra pas. Il sera ensuite résiduellement repoussé comme petit allié, à droite des héritiers du gaullisme, ce dernier étant représenté par l’UDR puis par son successeur le RPR.
Le CNIP avait été fondé sur une idéologie profondément centriste (malgré son futur positionnement et son image droitiers) : le refus du clivage gauche/droite. Certes, l’électorat UDF sera plus libéral, moins populaire, plus affiché "droite libérale" que celui de l’UDR mais, pour autant, les tentatives de rapprochement avec le Front National, pendant 20 ans, ne viendront que de l’UDF (histoire oblige) : rappelons les comportements de Charles Millon, Jacques Blanc, Jean-Claude Gaudin, Jean-Pierre Soisson.
La création de l’UDF, remplissant le vide au centre, poussera l’UDR, et donc le futur RPR, à droite. Mai 68 puis mai 81 (l’arrivée de la gauche socialo-communiste au pouvoir) achèveront l’évolution des lointains héritiers du gaullisme : les jeunes du RPR (Edouard Balladur, Jacques Chirac, Alain Juppé, Jacques Toubon) seront clairement marqués libéraux et de droite. Jacques Chirac conservera, au sein du RPR, les différentes tendances du gaullisme, jusqu’à sa campagne présidentielle de 1995. Mais lorsque le RPR évoluera en UMP en 2002, autour de Nicolas Sarkozy, un Philippe Séguin n’adhère pas car l’influence des derniers Résistants historiques a disparu. On est loin du fond politique précédent : "En 1978, une majorité des militants RPR se situaient soit au 'centre gauche' (25%), soit au centre (35%). Les militants post-1981 se mirent à considérer l’UDF comme moins à droite qu’eux. Le libéralisme qu’ils professaient fit fuir l’électorat populaire RPR vers le FN à partir des cantonales de 1982, puis lors des municipales de 1983 et des européennes de 1984." (Gaël Brustier).
1re constante : le moteur de la politique de qualité resterait-il le goût du pouvoir, mais aussi la vision ?
Mars 2018 : Franck Bauer, le père du chanteur Axel Bauer, nous quitte à presque 100 ans. Plus personne ne se souvient de son nom. Et pourtant nous nous souvenons, dans notre inconscient collectif, de sa voix : l’une des voix de Radio Londres pendant la 2e Guerre mondiale. Franck Bauer rappelait régulièrement qu’à son arrivée à Londres, il rallie un général dont il n’avait jamais entendu parler ! C’est dire à quel point il fallait que Charles de Gaulle croie en sa bonne étoile, à quel point il porte une vision, pour devenir plus tard l’un des grands personnages du 20e siècle… D’ailleurs bénéficier d’une vision ne signifie pas faire appel à une boule de cristal mais plutôt être en capacité d’analyser, tellement intelligemment et complètement, à la fois le passé et le présent, qu’on en devient capable de prédire l’avenir. De le prédire comme on le souhaite, de le souhaiter comme on le construit… le projet, puis l’action, suivent naturellement. Le moteur d’une politique de qualité est éternel et universel : la politique reste marquée, en amont, par la vision. C’est une constante de l’activité politique : elle se caractérise par 2 visages. Le goût du pouvoir, la vision. Trop souvent manque le second visage. Malheureusement, car l’activité politique n’est positive, pour une population, que s’il existe une vision du projet : en traçant une route dans son esprit, la personnalité politique peut exploiter son intelligence au service de cette tendance, et encadrer son action pour y parvenir. Vision de l’avenir… Comment, sinon, expliquer :
Qu’un Michel Barnier imagine et réalise les Jeux olympiques d’Albertville, à partir de rien ?
Qu’un Charles De Gaulle, par sa vision de la France appuyée sur son vécu militaire, bouscule positivement l’histoire d’un continent ?
Qu’un Valéry Giscard d’Estaing, pas sa vision de la modernisation de la vie politique appuyée sur la notion de centre, recompose le paysage politique national ?
Autant de grands politiques, parce qu’ils sont visionnaires. Les autres sont caractérisés par la seule motivation du pouvoir pour le pouvoir : pas de vision, pas de projet. Donc pas d’action. Leur action n’est qu’une activité : d’abord prendre le pouvoir, puis s’y maintenir, à tout prix.
2e constante : l’accélérateur de majorité de Charles de Gaulle stabiliserait-il la France depuis 1958 ?
Une spécificité française se maintient depuis 1958 : l’accélérateur de majorité. L’accélérateur de majorité est un trait de génie de Charles De Gaulle en 1958. Il assurera un demi-siècle de stabilité à la France.
1re rupture des années 1990 et 2000 : "les gens" prendraient-ils le pouvoir ?
L’appel à la longue mémoire, pour autant, ne doit pas faire négliger, ou pire renier, les circonstances qui caractérisent, da manière nouvelle voire en rupture, notre société aujourd’hui. La marque la plus forte des évolutions récentes — de la politique comme de nombreux autres champs de la vie en société —, c’est la prise en main par les gens : l’exploitation croissante des réseaux sociaux est une facette de ce comportement sociétal nouveau. Cette expression ("les gens"), qu’utilisait le Parti communiste français dans les années 1980, s’est retournée contre les élus politiques, ou au minimum leur échappe :
la Silicon Valley, ses GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft), ses NATU (Netflix, Airbnb, Tesla, Uber) mais aussi Youtube et le suédois Spotify, sans oublier les BATX Chinois à leur origine (Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi)… "les gens" prennent le pouvoir en direct et tirent le système.
Même si c’est plus ambigu et complexe, la crise française de fin 2018 - début 2019 tire aussi son origine, au moins partiellement mais de manière importante, d’une prise de pouvoir par "les gens".
Rupture au cours des années 1990 : gauche et droite ne seraient-ils plus la réponse ?
Gauche et droite ne sont plus la réponse. Leur opposition entre elles et leur alternance au pouvoir non plus. Le problème devient le fait que, dans ces 2 camps, on constate une baisse terrible de la qualité de l’offre, d’une offre d’élus politiques de qualité et courageux, d’un programme intelligent et adapté. Les talents quittent la scène. Après un tiers de siècle d’une alternance désossée, les électeurs veulent l’alternative.



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