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LA PHOTO À ARLES, AUTOUR DE MARIE-JEANNE : PREMIÈRE GALERIE

  • Dominique Neirynck
  • 29 déc. 2024
  • 13 min de lecture

Dernière mise à jour : 25 juil.

Vécu 3

Les Rencontres d'Arles : expos, portfolios, stages et... dîners chez Brigitte ou chez Caro. Que de bons souvenirs !

À Hadewijch Van Antwerpen, mystique flamande du 13e siècle : elle est l'une des fondatrices de la littérature d'Europe

Hadewijch Van Antwerpen (1re moitié du XIIIe siècle) est l’une des plus grandes mystiques européennes. Elle nous a laissé 45 Chants (sa mystique), 31 Lettres (sa pensée) et 14 Visions (sa relation avec Dieu), ainsi que 16 Lettres rimées. Ses vers, couronnement de la poésie courtoise, occupent une place à part dans la littérature de l’Europe, au même titre que ceux de Dante. Le Chant 9 ou Lied 9 compare les amants aux oiseaux. Or les oiseaux forment l’un des principaux thèmes de travail de Marie-Jeanne :

"De voghelen hebben lange geswegen,

die blide waren hier te voren :

hare blijscap es gheleghen,

dries si den somer hebben verloren.

Si souden herde saen gheseghen,

hadden sine wederghecregen,

want sie hebbenne vore al vercoren

ende daertoe werden si gheboren.

Dat mach men dan an hen wel horen."

Les oiseaux depuis longtemps gardent le silence,

eux qui jadis étaient heureux :

leur gaieté s’est couchée

parce qu’ils ont perdu l’été.

Ils triompheront sous peu

à condition de le retrouver,

car ils le préfèrent aux autres saisons

et c’est pour cela qu’il sont nés :

il suffit de les entendre alors.

(Traduction : Daniel Cunin)

Les Chants de Hadewijch, écrits en ancien néerlandais, paraissent en 2019, en français, chez Albin Michel, traduits par Daniel Cunin (cf. l'article FRANCS, GHILDES, BEFFROIS, PRIMITIFS. D'OÙ VENONS-NOUS ?) La spécialiste contemporaine de Hadewijch est la théologue néerlandaise Annette van Dijk.


Photo de la série Banquets d'oiseaux de Marie-Jeanne ; la série est projetée à la MEP de Paris (Maison Européenne de la Photo) en juin 2017.
Photo de la série Banquets d'oiseaux de Marie-Jeanne ; la série est projetée à la MEP de Paris (Maison Européenne de la Photo) en juin 2017.


Après Roubaix, en 2012 vient Arles, capitale mondiale de la photo : nous vivons les Rencontres de la photographie, autour de Marie-Jeanne

Chaque été de 2012 à 2017, Marie-Jeanne nous emmène dans un tourbillon photographique… Arles, capitale mondiale de la photo. L’événement dure 2 mois et demi, de début juillet à mi septembre. Nous y résidons la première semaine de juillet, celle dite Semaine des Rencontres : relativement peu de touristes, mais l’ensemble du monde de la photo est présent. Nous y réservons un gîte ou une chambre d’hôtel. Nous y sommes parfois avec Caroline Vanhée, parfois avec Marie, parfois aussi avec Victoire, une amie de Marie. Les Rencontres d’Arles fêteront leurs 50 ans en 2020 et ont passé le cap des 100 000 visiteurs.


"La" galerie de la 1re moitié de la décennie 2010 à Arles... Les Comptoirs arlésiens de la jeune photographie : Line Lavesque

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Line Lavesque, initialement formée par Claudine et Jean-Pierre Sudre, est, de 1994 à 2016, la directrice artistique, bénévole, de l'association À Travers le Paysage. Elle aura notamment, au cours de sa carrière précédente, constitué une collection photographique exceptionnelle (plus de 1000 tirages originaux !), pour le Conservatoire du littoral. À ce titre elle a appelé 30 photographes à intervenir, et Line aura été la commissaire de 10 expositions par an et participé à l'édition de 40 catalogues et monographies. Cette collection unique s’intègre dans l’inventaire photographique de la Délégation interministérielle à l'aménagement du territoire et à l'attractivité régionale (DATAR). D’ailleurs, à l’occasion des 40 ans du Conservatoire, les Rencontres d’Arles 2015 organisent une exposition consacrée à cet ensemble, dont Line Lavesque est commissaire, et qui est inaugurée par Sam Stourdzé, le Directeur des Rencontres. Line Lavesque, dans sa galerie, les Comptoirs arlésiens de la jeune photographie, promeut, à partir de 2011, des femmes photographes. Line est la fondatrice et la responsable de cette galerie, à deux pas du Forum, et qui restera, jusqu’à sa fermeture en 2016, la meilleure galerie d’Arles. Le vide est grand à Arles. Heureusement, en 2015, Isabelle Wisniak ouvre "FLAIR Galerie", rue de la Calade à Arles, une remarquable galerie d’art contemporain, ouverte à de nombreux arts, dont la photo, et dédiée à la représentation animale.


2013… Line Lavesque devient la galeriste de Marie-Jeanne

Revenons en juillet 2013 : un matin tôt, Marie-Jeanne quitte le mythique hôtel Nord-Pinus, où nous résidons cette année-là ; elle part timidement présenter son travail récent (consacré aux bouquets) à Line Lavesque. Examen difficile : Line est minimaliste, d’un caractère entier, exigeant à la fois une sensibilité et une attitude de vérité. Coup de tonnerre : Marie-Jeanne revient 1 heure plus tard… Line Lavesque est sa galeriste. 3 mois seulement passent et Line Lavesque met sur pied ce qui sera pour Marie-Jeanne sa première exposition à Arles : le samedi 5 octobre 2013, et jusqu’en fin d’année, Line présente Merveille !, une exposition collective. Elle est consacrée à Marie-Jeanne et 2 autres photographes, dont la jeune photographe originaire de Vancouver, Camille McOuat.

La photographe Camille McOuat, originaire de Vancouver.
La photographe Camille McOuat, originaire de Vancouver.

Camille McOuat vit là également sa première exposition et présente sa superbe série it was so beautiful I died ; plus tard, ses photos paraîtront dans Libération, le Guardian, Neon magazine, le Wall Street Journal, Madame Figaro. Le site internet de Camille McOuat : http://camillemcouat.com.

La 1re exposition pour Marie-Jeanne dans la galerie de Line Lavesque, est l'occasion de voir Marie-Jeanne... aux fourneaux (ici avec Line). Au menu : ris de veaux maison.
La 1re exposition pour Marie-Jeanne dans la galerie de Line Lavesque, est l'occasion de voir Marie-Jeanne... aux fourneaux (ici avec Line). Au menu : ris de veaux maison.

Marie-Jeanne, elle, présente dans cette exposition sa nouvelle série Bouquets. Marie-Jeanne sur son site internet : "Série de bouquets réalisés en novembre 2012 avec des fleurs : les dernières de l’automne, des baies, des feuillages, issus du jardin ou cueillis au bord des routes. L’idée est de montrer la résistance de ces fleurs avant l’hiver."

La série Bouquets de Marie-Jeanne est retenue par Line Lavesque pour l'exposition d'octobre 2013 à Arles (galerie Comptoirs Arlésiens de la jeune photographie).
La série Bouquets de Marie-Jeanne est retenue par Line Lavesque pour l'exposition d'octobre 2013 à Arles (galerie Comptoirs Arlésiens de la jeune photographie).

Série Potirons, diffusée par Line Lavesque après la série Bouquets.
Série Potirons, diffusée par Line Lavesque après la série Bouquets.

Stages et portfolios : le parcours de la photographe à Arles (et Venise)

Année après année, Marie-Jeanne vivra à Arles le parcours classique d’une photographe : stages, portfolios. Ainsi Marie et Marie-Jeanne suivent-elles en 2016 le stage-portrait de Ludovic Carème, portraitiste français publié dans Libération, Le Monde, Elle, Vogue, Télérama, l’Express, The New York Times, The Guardian. Les Portfolios proposés par les Rencontres d’Arles permettent, eux, de présenter et soumettre son travail à des personnalités du monde de la photographie : photographes, éditeurs, journalistes, galeristes. Marie-Jeanne se souviendra, pour 2017, des échanges avec Françoise Bornstein (Galerie Sit Down), Valérie Cazin (Galerie Binome, toutes deux dans le Marais à Paris), Clémentine de la Féronnière (Galerie éponyme, et maison d’édition, dans l’Ile Saint-Louis à Paris). Sans oublier les longues périodes de 11 mois entre les Rencontres, bien remplies ; comme ce stage à Venise en 2014 avec l’Américain David Alan Harvey, photographe Magnum. Qui martelait 2 messages : "Si tu n’as rien à dire, arrête la photo. Regarde et étudie les photos des 10 meilleurs photographes au monde qui travaillent sur le même thème que toi."


Les Nuits de la Photographie : Hiroshi Sugimoto, Martin Parr et... Matthieu Chedid

Les Rencontres ce sont les expositions le jour, mais aussi les spots dansants le soir le long du Rhône. Et les Nuits de la Photographie, notamment au Théâtre Antique ou dans l’usine des anciennes Papeteries. Projections multiples dans les Papeteries, conférences/concerts au Théâtre Antique… Les conférences sont menées par les plus grands photographes de la planète. Devant 1000 personnes. Reste gravée en mémoire la prestation pleine d’humour et la leçon magistrale du Japonais Hiroshi Sugimoto, architecte et photographe, le 2 juillet 2013. Ou encore MMM le 7 juillet 2015 ; traduction : M Meets Martin, ou quand Matthieu Chedid et Martin Parr investissent le Théâtre Antique… conférence pleine d’ironie du plus grand photographe britannique, appuyée sur un diaporama accompagné par la musique de Matthieu Chedid. Et suivie sans transition par un concert endiablé de Matthieu Chedid, à la guitare électrique, jusque dans la foule ! Dans la journée, Martin Parr exposait une sélection de ses photos en l’Eglise des Frères Prêcheurs, également sur une musique de Matthieu Chedid. Magies d’Arles...


Jean-Marie Périer, Martin Parr, Edouard Baer, Frère Jean et Frère Joseph

Arles ce sont aussi des dizaines de fidèles incontournables. Ces figures qu’on croise sans cesse, de Jean-Marie Périer à Martin Parr (selfie annuel rituel avec Marie), de l’Arlésien Edouard Baer (selfie annuel rituel avec Marie) à Frère Jean et Frère Joseph. Frère Jean et Frère Joseph… couple inséparable de moines ; ils viennent presque en voisins, de leur monastère orthodoxe de Sainte Foy, perché dans les Cévennes. Et si c’était eux les vrais people d’Arles ? Le Cévenol Frère Jean fut photographe de presse, ça ne s’invente pas ! Sous son vrai nom, Gérard Gascuel, il fut élève à l'école Louis Lumière à paris. Ses portraits de Juliette Gréco, d’Audrey Hepburn, du mime Marceau ont été exposés à Paris, Tokyo, New York. Aujourd’hui Frère Jean est moine cuisinier et Frère Joseph a restauré de ses mains ce prieuré du 16e siècle dont ils ont fait le remarquable et accueillant Monastère Sainte Foy.


Expos et restos… printemps 2016 : Chez Caro c’est sans Caro

Et soudain Caro ferme. Un jour du printemps 2016. Caro c’est Chez Caro, à Arles. Et Chez Caro c’est Caro : simplicité, honnêteté, créativité, amour du métier. Place du Forum, une très grande restauratrice est en devenir. Et soudain le vide. Caro a fermé. Chez Caro nous manque.

Chez Caro à Arles (photo de Hervé Hôte, diffusée à l'époque sur le compte Facebook du restaurant).
Chez Caro à Arles (photo de Hervé Hôte, diffusée à l'époque sur le compte Facebook du restaurant).

2 restauratrices à Arles dans la 1re moitié de la décennie 2010 : Brigitte au Gibolin, Caro Chez Caro

Car autour de Marie-Jeanne, été après été, ce sont aussi les dîners qui rythment nos Rencontres de la Photographie d’Arles (le midi c’est salade…). Ressortent immédiatement 2 femmes : Brigitte et Caro :

  • Brigitte Cazalas au Gibolin rue des Porcelets. Avec aux fourneaux l’excellent Luc Desrousseaux, pour une cuisine familiale. Le couple arrive à Arles en 2009. Le meilleur guide, Fooding, rappelle que Le Gibolin est nommé "meilleure cave à manger de l’édition 2010" et précise : "Odeurs de graillon, bruits de bouchons, quilles éparpillées, service rustaud… La définition vivante de la cave à manger, en somme ! Au frais, les vins vivants de Brigitte Cazalas attendent leur heure : Temps des Cerises, Clos du Tue-Bœuf, Hervé Souhaut… A éponger sur Formica ou à la table des copains, avec les petites bistroteries de Luc Desrousseaux (ex-Vin de Zinc et Chapeau Melon à Paris). Ce jour-là, au menu (…) : piquillos farcis de morue – ou velouté glacé de courgette, le légume entier et sa fleur en tempura ; cuisse de pintade musclée et rôtie, frites maousses et salade verte – ou dos de cabillaud juteux et tian de légumes ; puis baba rebondi sur une mer de rhum – ou grosse part de clafoutis."

  • Et Caro (Chez Caro, place du Forum). Caro : été 2015… personne ne l’imagine, mais c’est la dernière année ; Caro progresse encore, fortement, nettement, en créativité et inventivité. Ce n’est qu’après la fermeture que je comprends : je découvre, le printemps suivant, en préparant cet article, que Caro est la fille des restaurateurs légendaires Jean-Louis et Mireille Pons. Dans les Alpilles, ils auront fait vivre, de 1984 à 2010, le mythique Bistrot du Paradou. Chez eux les voisins avaient table ouverte ; et ils s’appellent souvent Jean Reno, Charles Aznavour et tant d’autres.


Les hommages en témoignent : esprit, vivacité, gaité

Dans son blog culinaire Les pieds dans le plat, référence s’il en est, le grand critique Gilles Pudlowski utilise en 2013 des mots qui ne trompent pas : esprit, vivacité, gaité. Et il nous décrit son menu : "le foie gras de canard de papa, la cervelle d’agneau juste sautée, l’os à moelle sur toast ou l’œuf cocotte aux champignons. Ensuite ? Lotte aux petits pois ou juteux carré d’agneau aux tomates confites. On achève sur un tiramisu, une brave tarte aux pommes ou, pour les fous de chocolat, un mi-cuit réussi. Tout en faisant honneur aux découvertes vineuses du jour." Le Monde, dans son Magazine du 23 août 2013, conseillera "ce restaurant, très apprécié des Arlésiens" : "la cuisine locale de Chez Caro : fille de Jean-Louis Pons, fondateur de l'historique Bistrot du Paradou (...). Piquillos, brandade et roquette, carré d'agneau de pays... Une cuisine simple et réussie, au cœur de la vieille ville."


28 avril 2016 : "Je vous aime, vous vous reconnaîtrez ! Caro."

A la fois terrible et plein d’amour, le message tombe au printemps 2016 sur le compte Facebook du restaurant : "Chers Amis, c'est demain la fin d'une très belle histoire partagée avec vous tous depuis déjà 5 ans... C'est donc ce soir l'occasion pour vous de passer nous faire une bise, boire un coup, nous faire un câlin (on va en avoir besoin)... ! Bien sûr vous aurez très vite des nouvelles de moi car je ne compte pas m'arrêter de partager avec vous des moments de plaisir, de fiesta, et de franche rigolade ! (…) Mille mercis à tous, à mon équipe, mon incroyable Cécile qui ne m'a jamais lâchée, à tous ceux qui ont travaillé ici (la liste est trop longue désolée), à mes Amis de la vie (© Virginie), et bien sûr à ma famille pour tout le soutien que j'ai reçu. Merci aussi à tous les amis restaurateurs du Forum, d'Arles et de Camargue, vraiment merci pour votre générosité. (…) Merci Merci Merci. Je vous aime, vous vous reconnaîtrez ! Caro." Papa peut être fier de sa fille Caro, qui se sera fait beaucoup plus qu’un prénom… Quel vide. Mais que de bons souvenirs !

Caro apparaît sur ce groupe de photos de Chez Caro (diffusée à l'époque sur le compte Facebook du restaurant).
Caro apparaît sur ce groupe de photos de Chez Caro (diffusée à l'époque sur le compte Facebook du restaurant).


Plus tard, en 2018, Caro ouvrira Simone & Paulette... et plus encore en 2019

De 2018 à 2021 Caroline Pons ouvre à Arles, avec Numa Muller, la cantine Simone & Paulette (des prénoms de leurs grands-mères). C'est au 21 de la rue du Pont (de Trinquetaille). L'équipe propose de plus des "Repas de fêtes", avec pour références, par exemple, la Fondation Van Gogh, LUMA Arles, Actes Sud et, en été 2017, un "dîner pour le Président de la République, lieu privé"… Tout au long de l’été 2019, Caroline Pons prend les rênes de Tawlet Arles, cantine solidaire libano-arlésienne. Présentation par les Rencontres d’Arles : "Après avoir donné carte blanche à l’équipe du Paris Pop-Up deux étés durant et créé Le Chiringuito, les Rencontres d’Arles invitent à la découverte des richesses culinaires et culturelles du Liban à la cantine gastronomique du Tawlet Arles, née de la rencontre entre Kamal Mouzawak et Caroline Pons. Le premier est le fondateur, au Liban, des restaurants coopératifs Tawlet, qui mettent en avant le savoir-faire de femmes issues de différentes communautés et la cuisine traditionnelle dans un esprit de partage. S’attachant à préserver les traditions culinaires et l'agriculture durable, Tawlet, qui signifie 'table' en arabe, valorise le partage, la transmission et l’inclusion sociale au travers de la cuisine. La restauratrice arlésienne Caroline Pons, quant à elle, est une passionnée du Sud aux expériences culinaires multiples. Elle a ouvert en 2018 à Arles la cantine Simone et Paulette, où elle propose une cuisine résolument généreuse. Pour Tawlet Arles, trois femmes de l’équipe de Kamal Mouzawak sont présentes à Croisière durant la semaine d’ouverture des Rencontres pour échanger et élaborer des plats avec des cuisiniers locaux. Alliant savoir-faire traditionnels, philosophie 'slow food' et partage d’expérience, Tawlet Arles fait se rencontrer deux traditions gastronomiques méditerranéennes et régale tout l’été les festivaliers aux appétits gourmands."


Caro et Numa : les éloges du "Fooding" 2019

Laissons parler le guide Fooding en 2019 : "Simone et Paulette ? Deux grand-mères pour le prix d’une géniale cantine arlésienne ! Celle(s) de Caroline Pons (ex-Chez Caro) et de l’ancien cuistot de Jean Reno, Numa Muller (qui signe aussi la carte du resto Arles à Amsterdam), unis par les liens sacrés de la camaraderie. Sur la rocade ceinturant la vieille ville, ils ont planté leur vitrine de traiteur pour 'repas de fête' qu’ils ouvrent chaque midi, en semaine. Au programme : cuisine enfaïencée, tables pliantes, couverts en pots et, sur l’ardoise, neuf épisodes inspirés des aventures du globe-cooker Muller, chef à la popote aussi volubile qu’enracinée dans le terroir local. Ce lundi-là : œufs mollet et mayo pas niaise infusée aux herbes de la garrigue (4,50 €) ; frissonnantes asperges blanches servies tièdes avec une vinaigrette au banyuls et de la poutargue de Martigues (9 €) ; bol exquis de soba au bouillon de légumes et poudre de nori, avec petits pois, haricots plats, aubergines rôties au miso et tarmarin (14 €) ; et riz au lait de guedin topé de noisettes concassées (6 €). Côté glouglou, bière artisanale arlésienne (4,50 €) et bons jajas à prix frais : rouge ligérien du Domaine de la Garrelière (6 € le verre), blanc cévenol du Domaine de Cressance (22 € la bouteille), etc. Le soir, privatisation possible à partir de huit personnes – à partir de 38 €, sans les vins. // J.G."


À Arles qu'apprend-on ? Que la photographie c'est : émotion versus posture

En photographie les "postures" sont possibles car la photo est une activité techniquement abordable, contrairement à la musique par exemple. Apparemment. Car un artiste, donc un photographe, doivent communiquer, échanger, transmettre de l’émotion ; il ne suffit pas d’aligner une série de façades de maisons de lotissements, ni d’intégrer des objets dans un paysage, ou des animaux dans un tableau, ni de capturer des images sur internet en les retravaillant… histoire de montrer qu’on est plus malin. En réalité on démontre qu'on est imbu de soi, donneur de leçons, élitiste, inintéressant, suiveur de modes, pas intelligent ; et c'est là malheureusement ce que proposent la plupart des organisateurs de festival, et pas seulement en photo. Non : le photographe doit traiter un sujet qui lui tient à cœur (le mot est prononcé), exprimant ainsi son intégrité, son honnêteté, sa force. Par rapport aux autres mais aussi par rapport à lui-même. Histoire de montrer qu’il a quelque chose à dire et transmettre, et qu’il a envie de le dire. C’est nécessaire pour rester dans l’histoire, en évitant le pseudo art qui sera oublié, puisque n’importe qui peut le produire. C’est ce qu’on appelle une œuvre. Versus convention, voire arnaque. Et c’est ce qui démontre une personnalité.


À Arles qu'apprend-on ? Que la photo peut servir le développement d'un territoire

J'y reviens dans l'article où je parle du développement d’Amsterdam autour des musées : la photo a fait d’Arles une capitale mondialement connue. Où l’on vient et revient. Parce que des créateurs d’un festival y ont cru voici des décennies, à partir de rien. De rien du tout. Parce qu’un Maire, l’un des derniers maires communistes de France, Hervé Schiavetti, y a cru, dans une petite ville ouvrière de province. Et parce qu’il soutiendra le processus tout au long de ses mandats. Parce que Maja Hoffmann y monte sa Fondation Luma, centre d'art, de recherche et de production, investi dans l'art contemporain : elle y accueille photo, édition, documentaire, multimédia. Elle construit un projet majeur, se souvenant de son enfance à Arles, elle qui, Suissesse, est leader d’une des principales entreprises pharmaceutiques au monde, Roche. Elle se souvient aussi de son père, l’ornithologue Luc Hoffmann, qui crée en 1948 le Centre de recherche de la Tour du Valat en Camargue : il structure la Camargue autour d’un thème scientifique et sauve les flamants roses ; cette image planétaire de la Camargue, c’est grâce à lui. On le constate : le développement du territoire passe aussi par des outils soft (la culture, un festival, un art, la science), qui génèrent du hard (des financements, des investissements, des bâtiments, du flux) et de la richesse. Mais à une double condition : que des individus, à la fois passionné(e)s et intelligent(e)s, travaillent ensemble.


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