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LE PRÉSIDENT TRAHIT-IL LE CANDIDAT ?

  • Dominique Neirynck
  • 21 janv.
  • 17 min de lecture

Dernière mise à jour : 16 juil.

Documents 11

Ne pas confondre le centre d'un Philippe Seguin (ni de gauche ni de droite) et le vide politique d'un Emmanuel Macron (et de gauche et de droite). Un président français révélé au cours de ses 2 mandats... Absence de vision, inconstance ?


Photo en-tête : le site de L'Elysée en juin 2025.


Au cours de la première moitié du 2e mandat d'un président — pour Emmanuel Macron en 2022-2023 —, se cristallise souvent une image-bilan crue. En l'occurence : absence de vision, montée des extrêmes, politique étrangère en échec, inconstance. Qu’en est-il ? En tuant gauche et droite pour pouvoir se situer comme "et de gauche et de droite", Emmanuel Macron fait monter en puissance les extrêmes de gauche et de droite, jusqu'aux portes du pouvoir. Ou la politique par le vide. Dans un seul objectif : se maintenir au pouvoir en apparaissant comme un rempart : élu par défaut mais élu. Une attitude centriste, au contraire, même si elle incarne le refus d'un combat gauche/droite jugé stérile, ne remet pas en question l'existence d'une gauche et d'une droite républicaines. Avec lesquelles elle peut s'allier. Alors, qui incarnera, pour la fin des années 2020, le centre en France ?


2 éléments très positifs dans le bilan de Macron

Il restera deux éléments très positifs dans le bilan de Macron :

  • la réduction relative de l’imposition sur la classe moyenne,

  • l’augmentation du budget de la Défense ; même si sur ce point le compte n’y est pas et si l’inflation sur 2 mandats ruine une partie des efforts, il n’en reste pas moins que la Défense passe, autour de 2025 et pour arrondir, de 30 à 60 milliards d’euros de budget par an. Le niveau souhaitable reste cependant 100 milliards : pour les États-Unis c'est 1000 milliards...


On regrette la capacité d'action et la vision d'un de Gaulle

Mais au-delà de ces éléments positifs — non négligeables —, aucune vision n’est jamais exprimée sur la France ni sur sa propre stratégie politique à moyen et long termes. Il est vrai, à sa décharge, qu’il a été précédé par 3 rois fainéants (selon l’expression de Franz-Olivier Gisbert). On regrette l’action et la vision d’un de Gaulle. Et d’un Giscard.


Macron et les "Affaires étrangères" : un bilan extérieur en eau de boudin ?

Si un “lieu” politique permet de juger l’action et la présence d’un chef d’État, il s’agit bien, en interne, de la sécurité — le fiasco est total (victimes innocentes du trafic de drogue, attaque de fêtes de village, meurtres à la sortie des collèges, enseignants assassinés, etc.) — et, en extérieur, de la politique étrangère et des “Affaires étrangères”. La débandade est ici systématique, et s’agrège en 2023 :

  • Le couple franco-allemand, longtemps locomotive naturelle de l’Europe, est tiraillé en permanence.

  • La France est au mieux inaudible, non écoutée parce que non respectée et non crédible ; exemple : le conflit israélo-palestinien de fin 2023.

  • Le crédo européen est rabâché mais sans action entreprise. Ainsi le résultat pour l'Europe en matière d'échanges est-il catastrophique : d'un côté les Etats-Unis mènent une politique industrielle volontariste, de l’autre, comme le dit Richard Arzt sur slate.fr le 12 décembre 2023 : "Le montant des importations de l'Union européenne en provenance de Chine dépasse celui de ses exportations de 400 milliards d'euros. Ce déficit a été multiplié par 10 au cours des 20 dernières années et a quasiment doublé depuis 2020."

  • La présence de la France en Afrique finit en eau de boudin, en 2022 et 2023, au profit de Poutine et de la Chine, alors que le capital de départ était considérable.

  • Le pays se couvre de ridicule, par sa naïveté et sa prétention déplacée (croire qu’il pourra inverser la décision de Poutine) dans les premiers mois après de l’invasion de l’Ukraine par Poutine. Par la suite, Macron corrige le tir mais la France reste un petit contributeur en faveur de l’Ukraine au combat.

  • Concernant le pogrom en Israël le 7 octobre 2023, extraits de l'émission Les Informés, sur France Info 1 an après, le 7 octobre 2024 :“Il a beaucoup louvoyé, le chef de l’Etat” dit Gilles Bornstein, éditorialiste politique à France Info Télé, qui parle de “ses différents atermoiements”. Renaud Dély réagit ainsi :“succession de postures contradictoires, de prises de position, parfois un peu échevelées, du chef de l’Etat” ; ce dernier “n’a cessé de changer”, et le journaliste constate une “mise en spectacle à caractère un petit peu narcissique.”

Dans Le Monde du 23 octobre 2024, Philippe Ricard analyse : "(...) en matière de politique étrangère, qu’Emmanuel Macron considère relever de son 'domaine réservé'. Car, s’il est un domaine où le chef de l’Etat a fait preuve d’'esbroufe', c’est-à-dire, à en croire les bons dictionnaires, d’un 'étalage de manières prétentieuses et insolentes', c’est bien celui-ci."


La communication pour la communication ?

Dans le pays, si le premier mandat de Macron masque le creux dû à l’absence de vision, grâce à une majorité confortable à l’Assemblée Nationale et à un activisme nécessaire face à l’épidémie de coronavirus, le second mandat révèle la faille : un président souvent isolé, hors-sol, en vase clos. La presse marque, fin 2023, l’effet zig-zag et la communication sans fond.


Du "en même temps" au "zig-zag" ?

Une politique marquée par le “en même temps” enfantera avec le temps, faute de vision et de chemin, le “zig-zag”. Les articles reflétant le désarroi de ses propres troupes sont légion :

  • Le Président de l’Association des Maires de France dénonce fin novembre 2023 son inconstance, du fait de son absence répétée à leur Congrès annuel.

  • À la une du Parisien le 16 novembre 2023 : Marche contre l’antisémitisme, fin de vie, Israël : les zigzags d’Emmanuel Macron déboussolent ses troupes. Sous-titre : Sur bien des sujets, les atermoiements du chef de l’État sèment le trouble parmi les Marcheurs, qui réclament un ‘cap’.

  • L’affichage en faveur de l’écologie, notamment par le recrutement de Nicolas Hulot, s’accompagne de l’établissement, dans le dos de ce dernier, de relations suivies avec les chasseurs pour des raisons électoralistes. Avec un leader des chasseurs qui basculera en faveur du Rassemblement National en 2024… Le Monde du 2 décembre 2023 : “COP28 : les deux discours d’Emmanuel Macron sur le climat. Le président français, présent à Dubaï, reste l’un des responsables les plus offensifs pour le climat sur la scène internationale. Une position qui tranche avec la façon dont il porte cette question en France.”

  • Idem pour l’affichage en faveur de l’Europe, tout en refusant officiellement de payer son dû à l’Europe, pour ne pas avoir atteint le seuil de 23 % d’énergies renouvelables — éolien, solaire, hydraulique — dans la consommation finale brute énergétique (Le Monde, 22 novembre 2023).

  • Jugement de Daniel Cohn-Bendit au magazine Le Point le 11/12/2023 : “Macron a de bonnes idées, mais il n’arrête pas de tergiverser.” Les Ukrainiens n’ont-ils pas, en 2022, comme nous l’apprend l’ensemble de la presse, inventé un nouveau mot : “macroner” ? Sera-t-il appelé un jour Tergiversator ?

Parmi les sources pour ce paragraphe :


La "com' pour la com'" donnerait-elle un résultat "riquiqui" ?

Pendant 7 ans on assiste à la succession de “coups” de communication sans contenu, improvisés, enchaînés les uns derrière les autres :

Autant de “machins” — centrés exclusivement autour de la personne de Macron — qui, systématiquement, ne produisent rien, remettent en cause le parlement et son rôle, décrédibilisent la fonction présidentielle. Or ces échanges forment, en situation normale, la véritable fonction, constitutionnelle, du parlement ; rappelons l’article 20 : “Le Gouvernement détermine et conduit la politique de la nation. (…) Il est responsable devant le Parlement (…)”. Assiste-t-on, pour la première fois depuis 1958, au déroulement d’une activité politique a-gaulliste, voire anti-gaulliste ?


Pas de vision, beaucoup de précipitation ?

Au cours de la campagne présidentielle initiale et au début du 1er mandat, est revendiquée une farouche volonté de “réformer la France”. Mais réformer c’est de la gestion, pas de la vision : réformer, mais pour faire quoi, pour aller où ?


Réformer, c'est de la gestion, pas de la vision

La réforme pour la réforme, cela donne la réforme des retraites en 2023 : on ne touche pas aux régimes spéciaux (contrairement à la promesse initiale du 1er mandat) et on impose une réforme qui ne s’appuie pas sur des éléments objectifs ; ce qui nécessitera le débarquement du responsable du COR (Conseil d’orientation des retraites), pourtant initialement appelé à la rescousse mais qui se révèle finalement ne pas être dans la ligne.


Dès 2023 : "fin de règne" à l'Elysée

Le Monde du 18 novembre 2023 : “Guerre de clans (…). (…) fond de jalousies et de rivalités autour du chef de l’Etat”. Editorial du Monde du 21 novembre 2023 : “Il reste encore quatre ans à Emmanuel Macron avant 2027 et pourtant, une ambiance de fin de règne s’est déjà installée.”


Dissoudre l'Assemblée Nationale en 2024 : "audace de l'imbécile"

Contre toute attente, vexé par le résultat des élections européennes de 2024, Emmanuel Macron dissout l’Assemblée Nationale, ouvrant la porte à une enième progression de l’extrême-droite, tout en affichant son opposition à ce camp politique. Cette décision a été improvisée en 10 jours avec 4 collaborateurs (que des hommes), au secret, comme le décrit en détail le quotidien Le Monde dans plusieurs articles et podcasts de juin 2014. En n’informant ni Edouard Philippe ni François Bayrou — les 2 autres responsables politiques de sa majorité —, ni son propre Premier Ministre Yvan Attal ! Elle sera qualifiée d’”irresponsable” par de nombreux leaders politiques et médiatiques. Dont Lionel Jospin — qui parlera d’”arrogance’”, de “légèreté”, de “précipitation” — et Daniel Cohn-Bendit, qui utilisera le terme “totalement irresponsable”. Un article de Solenn de Royer dans Le Monde du 31 août 2024, relatant l’historique de la relation d’Emmanuel Macron avec un ancien Premier Ministre, sous-titre “Nihilisme, légèreté, manque de clarté”. Quelques sources de presse :


Macron : un mépris souverain et déplacé envers les gens ?

Son mépris est affiché envers le Français, qualifié en privé de “Jojo”, et cible de remarques malheureuses et répétées, particulièrement au cours du 1er mandat. Le tout semble avoir pour socle une forme d’auto-persuasion d’être le plus intelligent. Ce qui, au vu des résultats, reste à démontrer…


"Les retards du 'maître des horloges'"

Un seul domaine pour exemple : ses retards…

  • Aux 80 ans du Débarquement en Normandie, Emmanuel Macron et sa femme se permettent d’arriver avec 20 minutes de retard, le 6 juin 2024, aux cérémonies américaine et britannique, au Mémorial britannique de Ver-sur-Mer. Personne ne l’a attendu : le Premier ministre britannique a assuré son discours puis Camilla et le roi Charles III sont entrés sur le site, seuls.

  • Ensuite, même opération, cette fois avec une demi-heure de retard au cimetière américain de Colleville-sur-Mer. Non seulement le couple Biden doit attendre, mais — plus grave — les Vétérans sur place, très âgés, “ont dû être déplacés pour ne pas subir une insolation”, comme le précise Nathalie Segaunes dans Le Monde du 8 juin, dans un article titré Les retards du “maître des horloges”.

  • Le 26 mars 2024, Macron fait attendre le Président Lula, au Brésil, mais aussi le chef indien Raoni — âgé de plus de 90 ans… —, pendant 2 heures et demie.

Est-ce pour se rendre (et se croire) intéressant et au-dessus du lot ?


"L'orgueil, encore une fois"

Louise Vallée, dans Le Monde du 3 septembre 2024, concernant les conséquences des élections législatives de mi-2024, rappelle que la presse occidentale “pointe la responsabilité du président français. En refusant d’accepter la défaite de son camp, et en poursuivant sa présidence jupitérienne alors que le résultat des législatives imposerait de changer de politique, Emmanuel Macron a rendu la France ‘ingouvernable’, estime-t-elle en cette rentrée.” La journaliste cite The Guardian : “C’est l’orgueil, encore une fois, qui a entraîné le président dans ce bazar.” Daniel Cohn-Bendit, dans La Tribune du 16 juin 2024, explique la dissolution de l’Assemblée Nationale par, chez Macron, une “blessure narcissique” ; l’article est titré : “Daniel Cohn-Bendit : ‘Macron est enfermé en lui-même’”. La presse :

Ce mépris envers les gens entraînera des réactions : gilets jaunes, mouvement anti-réforme des retraites, progression des extrêmes.


Conséquence du mépris : la montée des extrêmes vers les sommets

Titre du quotidien Le Monde du 10 décembre 2023 : "Emmanuel Macron cherche toujours la parade face au Rassemblement national — 'RN, enquête sur un renoncement'. Si le camp présidentiel peine à trouver une stratégie efficace pour contrer la progression de l’extrême droite, le chef de l’Etat a parfois entretenu un positionnement ambigu à l’égard du RN, un adversaire jugé plus commode à affronter dans les urnes.” Le plus marquant restera-t-il qu’il aura été le Président qui aura fait progresser très fortement le Rassemblement National ? Louise Vallée, dans Le Monde 3 septembre 2024, cite le journaliste suisse Alain Campiotti  dans Le Temps : “Macron, s’il se retournait, ‘verrait peut-être (…) une femme blonde avançant non sur un fil mais sur une passerelle qu’il aura contribué à construire.’”


"Agent du chaos"

Au vu de ses affirmation répétées que son intention est le contraire, faut-il expliquer ce phénomène par de l’incompétence politique ? Ou par une volonté d’implanter le chaos ? Jean-Éric Schoettl, ancien secrétaire général du Conseil constitutionnel, parlera en juin 2024 d’“agent du chaos”, et Najat Vallaud-Belkacem dira à la même époque : “Le chaos (…) c’est ce qu’il souhaite.”


Macron maintient la Légion d’honneur d’un chef d’État corrompu

Nicolas Sarkozy a été condamné pour corruption et traffic d’influence dans l’affaire des écoutes, à 3 ans de prison dont 1 an de prison ferme. Le général François Lecointre, grand chancelier de la Légion d’honneur, précise alors que le retrait de la Légion d’honneur est “de droit”. Le Monde du 15 juin 2025 : “Le retrait des décorations de ce type est automatique quand un récipiendaire est définitivement condamné pour un crime ou obtient une peine d’emprisonnement égale ou supérieure à un an ferme. Mais Emmanuel Macron, grand maître de l’ordre de la Légion d’honneur, avait refusé de dégrader son prédécesseur.” L’argument avancé : “Je pense que c’est très important que les anciens présidents soient respectés.” Nous avons effectivement affaire à quelqu’un de très respectable… Plusieurs enfants ou petits-enfants de décorés saisissent la justice administrative en mai, écrivant : “Retirer la Légion d’honneur et l’ordre national du Mérite à l’ancien président de la République Nicolas Sarkozy n’est pas manquer de respect à la fonction de président, c’est bien la protéger.” La justice administrative leur donne raison. Le général Lecointre publie donc l’arrêté au Journal Officiel le 15 juin. C’est le 2e chef de l’État qui se voit retirer la Légion d’honneur. L’autre c’est Pétain, en 1945 pour haute trahison et intelligence avec l’ennemi.


Ne pas confondre le centre (ni de gauche ni de droite) avec le vide politique créé par Macron (et de gauche et de droite)

Le “ni de droite ni de gauche” des centristes était axé sur un “centre”, élargi, de l’échiquier politique, matrice d’équilibre. Macron le transforme dès 2017 en “et de gauche et de droite”, centré autour de sa personne. Car en tuant ainsi gauche et droite pour pouvoir se situer comme "et de gauche et de droite", il fait monter en puissance les extrêmes de gauche et de droite, jusqu'aux portes du pouvoir. Ou la politique par le vide. Dans un seul objectif : maintenir sa personne au pouvoir en apparaissant comme un rempart. Élu par défaut mais élu.


De "ni de droite ni de gauche" à "et de droite et de gauche", et ça change tout : du centre pour tous à Macron tout seul

Cette intention de réduire la place de la gauche et de la droite — la nature politique aussi a horreur du vide — fait automatiquement monter en chandelle les deux extrêmes. Régulièrement et inexorablement. Ou l’apprenti-sorcier. Une attitude centriste, au contraire, même si elle incarne le refus d'un combat gauche/droite jugé stérile, ne remet pas en question l'existence d'une gauche et d'une droite républicaines. Avec lesquelles elle peut s’allier, pour créer un socle stable et lisible politiquement. Ce que De Gaulle et Giscard avait compris. Et ce dernier l’a théorisé dans son livre Deux Français sur trois. Alors, qui incarnera dorénavant le centre en France ?

Pour approfondir :


Qu’est-ce que le "centre", notion qui fait élire Macron ? Illustration directe, par la "promesse" de Macron pour l’élection présidentielle de 2017

Si Emmanuel Macron, au moment de son élection, apparaît comme un ovni, pourquoi cela a fonctionné ? Au long de sa campagne, 3 lignes sous-tendent, donnent l’armature à sa position politique et sociétale comme candidat :

  • l’exigence quant à la qualité morale et la compétence (qu’on ne confondra pas avec la dépolitisation),

  • le pouvoir pour l’action (et non le pouvoir pour le pouvoir),

  • "ensemble" (qu’on ne confondra pas avec le rassemblement) ;

  • sans oublier une méfiance envers les institutions et les corps intermédiaires.

L’expression de ce positionnement est, en 2016, permis par les circonstances : l’organisation de primaires à gauche et à droite ; elles vont exprimer le dégagisme des Français envers les 2 présidents précédents (Nicolas Sarkozy, François Hollande), au bilan considéré comme inexistant. Détaillons :

  • Exigence : qualités morales et compétence. C’est ce qu’attendent les électeurs en 2017 : comme un air frais. Cela s’apparente en partie à l’idée du grand remplacement des élus politiques par une technocratie des compétences, qui fut initiée par la pensée de José Ortega Y Gasset. Le philosophe, sociologue, homme de presse espagnol de la 1re moitié du 20e siècle, défend dans La révolte des masses, son essai majeur paru en 1929, l’idée que, notamment, l’élite, sélectionnée sur le mérite, doit s’émanciper des masses. Il sera un des fondateurs de l’européisme.

  • Le pouvoir pour l’action (réformer), et non plus pour le pouvoir. C’est la manière dont le train des futures réformes est présenté au cours de la campagne présidentielle. Le journaliste Eric Le Boucher (directeur de la rédaction de Enjeux —Les Echos, cofondateur de Slate) en 2018 : Emmanuel Macron "a en face de lui les armées des immobilistes ligués. Et je ne regarde que cela : un président qui relance enfin la France et l’Europe. (…) Il y a l’immédiat, l’arthrose accumulée depuis trente ans, depuis ce Jacques Chirac, le roi fainéant devenu, comme c’est curieux, un président bien aimé (et vous allez voir les louanges quand il s’éteindra !). L’élection impose un devoir impérieux : les réformes, les réformes, les réformes. Notre système social date d’un système économique qui a explosé. Il ne marche plus, il faut le reconstruire en fonction des nouveaux modes de production et de consommation. Tâche inédite, immense, historique." La droite et la gauche sont en 2017 rejetées par un type de 39 ans sorti de nulle part, qui illustre a contrario 20 ans d’inaction de ses 3 prédécesseurs.

  • Ensemble : gauche et droite. Cette notion de centre s’appuie avant tout, pour la situer, sur un refus du conflit gauche/droite. Valéry Giscard d’Estaing puis François Mitterand le pratiquaient à leur manière : le premier, de droite, crée l’UDF en intégrant le centre-gauche ; le second, de gauche, intègre à ses gouvernements le centre-droit (souvenons-nous de Bernard Tapie, Lionel Stoleru). Le centrisme est bien une forme de politique et non pas un refus de la politique, une dépolitisation. Refuser clivages et oppositions dures est une politique en soi et non la négation de la politique. "Et en même temps" répond à une attente manifeste de l’électorat en 2017 : le rejet des hommes politiques, du fait de leur inefficience ou de leur malhonnêteté (ou des deux), n’est pas le rejet du champ politique, mais l’appel vers une autre pratique de la politique. Le centrisme c’est ne plus cliver mais chercher le plus large accord : soudain "on pouvait être Daniel Cohn-Bendit et en même temps Alain Madelin", pour reprendre l’expression de Gaël Brustier. C’est bien la médiocrité de l’offre politique de droite, la médiocrité de l’offre politique de gauche qui, après quelques décennies de répétition, aboutissent à un rejet dont il faut bien analyser l’objet et l’objectif. Emmanuel Macron ouvre donc 2017 par son élection à la Présidence de la République, le dimanche 14 mai. Le premier coup d'arrêt à la montée régulière des populismes dans le monde depuis 10 ans. Contredisant ce qui est en permanence affirmé, ce coup d'arrêt ne vient pas de la gauche, il ne vient pas de la droite, il vient du centre. Surprise… c'est le centre qui repousse les extrêmes. Certes grâce à l'accélérateur de majorité voulu par Charles De Gaulle dans la Constitution de 1958 (ou comment stabiliser un grand pays). Mais surtout selon la théorie visionnaire de Valéry Giscard d'Estaing en 1984 (2 Français sur 3, ou comment avoir raison 33 ans trop tôt). Qui défend l’idée que le pouvoir s’appuiera désormais sur la droite et le centre, ou sur la gauche et le centre ; la gauche ou la droite n’arrivant au pouvoir que si elle est capable de déborder légèrement vers le centre de la partie adverse, et de l’inclure. À la fois Madelin et Cohn-Bendit : car Emmanuel Macron, après une campagne marquée par le "ni de gauche ni de droite", invente le "et de gauche et de droite". Du ni-ni au et-et ; du clivage au consensus : "Et en même temps". Pour autant ce "ensemble" n’est pas un "rassemblement national". Parce que le "rassemblement national", dans l’histoire, mène généralement au fascisme, qui semble en être sa forme aboutie. Ici il n’en est rien. Rappelons les travaux du Suisse Philippe Burrin (né en 1952), depuis 2008 Directeur de l’IHEID de Genève (Institut de hautes études internationales et du développement — Graduate Institute of International and Development Studies), spécialiste de l’Europe entre les 2 guerres mondiales (idéologies, mouvements, partis politiques). Dans La dérive fasciste. Doriot, Déat, Bergery, 1933-1945, paru en 1986, il propose cette définition du fascisme : "Le fascisme ambitionnait de former une communauté nationale, mobilisée en permanence sur des valeurs de foi, de force et de combat ; une communauté inégalitaire, comprimée dans une unité totalitaire excluant toute autre allégeance que la fidélité exclusive à un chef qui personnifiait le destin collectif et en décidait absolument ; une communauté militarisée, soudée en vue d'une entreprise de domination qui était à elle-même son principe et son but." On le constate : refuser les oppositions, unifier les gens, bref s’opposer à l’opposition, ce n’est pas s’opposer au débat ni au pluralisme. C’est clairement vouloir canaliser, vers l’action, l’énergie perdue dans l’attitude d’opposition, alors qu’elle se perdait auparavant en calculs et postures. Il ne s’agit pas d’un populisme anti-populiste. "La République en marche" n’est pas anti-partis (c’est même devenu un parti), simplement les partis ont failli. De ce fait l’opposition se déplace et vient des extrêmes.

Ce groupe de 3 caractéristiques (exigence, action, ensemble) s’accompagne d’une méfiance envers les contre-pouvoirs, notamment la presse et les syndicats. Cette méfiance est probablement due au caractère inattendu de l’élection, celle d’un homme sans parti et totalement atypique. C’est probablement une forme d’extension de la méfiance envers l’opposition gauche/droite. Si on utilise la campagne de l’élection présidentielle de 2017 comme un 1er exemple, le centre, au vu du programme d’Emmanuel Macron, c’est une exigence en matière de qualités morales et de compétence, l’utilisation du pouvoir pour agir par des réformes (et non pour le pouvoir en soi), le "ensemble".


Illustration a contrario : la promesse de Macron est trahie, entraînant la panne du pouvoir et de la société, par les événements de fin 2018 - début 2019

La question, après l’élection présidentielle de 2017, est : Emmanuel Macron transformera-t-il cet essai, en rassemblant "2 Français sur 3" ? La réponse n'attendra pas 2022, année de l’élection présidentielle suivante : elle intervient en novembre 2018. Des manifestations violentes se répètent chaque samedi : nous les appellerons ici "les événements de fin 2018 - début 2019" ; en effet leur appellation "gilets jaunes", utilisée de manière exclusive, notamment par les médias, est réductrice : elle n’intègre pas l’ampleur du soutien populaire dont bénéficient les manifestants revêtus d’un gilet jaune. Ces événements de fin 2018 - début 2019 révèlent une triple panne, du pouvoir mais aussi de la société tout entière :

  • Une panne collective : la cohésion du pays est mise à mal par des attitudes et des "petites phrases" du Président de la République qui déstabilisent la population puis génèrent la colère ; et à chaque fois que l’auteur affirme qu’il cessera dorénavant, il lance une nouvelle petite phrase sans délai. D’autant que survient également une panne d’image et de réputation : la succession des affaires (rejet inélégant du chef des armées, polémique autour de celui qui deviendra Président de l’Assemblée Nationale en 2018, choix funeste d’un collaborateur) vide le capital de crédibilité du Président de la République et de son parti.

  • Une panne sociale et économique : des citoyens, nombreux et soutenus, se sentent économiquement marginalisés.

  • Une panne sociétale et politique : des citoyens, nombreux et soutenus, se sentent déboussolés par la mondialisation et l’immigration, et à ce titre exclus de la représentation électorale et médiatique.

Questions très ouvertes pour finir : le risque n’existe-t-il pas…

  • Que la stratégie d’Emmanuel Macron opposer son multiculturalisme patriotique à l’extrême-droite, en éliminant soigneusement toute expression de l’opposition gauche-droite  se retourne contre son objectif, à force de mettre en valeur ceux qu’ils identifie comme ses meilleurs ennemis (les plus à même d’être battus par lui), les nationalistes… ? Le politologue américain du 20e siècle Murray Edelman aimait rappeler que toute bureaucratie a pour caractéristique de “construire les problèmes comme justifications des solutions qu’elles proposent” (Pièces et règles du jeu politique, Seuil, Paris, 1991).

  • Que l’exacerbation du couple multiculturalisme / nationalisme génère la domination arrogante et exclusive d’un couple dominant et dominateur : d’un côté les humanitaristes libéraux, superbes et princiers, d’un autre les “sacs à vent réactionnaires” , “jumeaux opposés du mal médiatique américain” (selon les expressions de Serge Halimi dans Le Monde diplomatique de juillet 2020, présentant le livre de Matt Taibbi, plume de “Rolling Stone” : “Hate Inc. Why today’s media makes us despise one another”, dont la couverture est illustrée par un montage dos-à-dos Rachel Maddow, sur MSNBC / Sean Hannity, sur Fox News), avec l’hystérie pour dénominateur commun ?

Emmanuel Macron n'est-il pas élu en 2017 parce qu'il est ressenti comme un candidat du centre ? Ne serait-il pas en échec en 2018 parce qu'il n'est pas un Président du centre ? Pourtant il agit, ce qui ne fut pas le cas de ses 3 prédécesseurs. Mais il n'est pas un Président du centre. La question se pose : Emmanuel Macron Président de 2017-2018 trahit-il Emmanuel Macron candidat de 2017 ? À la fois par sa stratégie d’opposition centrisme multilatéraliste versus populisme nationaliste, et par son incapacité à rassembler ?


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