PROJET NORD DE FRANCE
- Dominique Neirynck
- 15 janv.
- 6 min de lecture
Dernière mise à jour : 10 août
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La principale rupture négative pour la région du Nord de la France ce fut l'éviction de nos élites par la France de Louis XIV, incapable de penser Europe. Tout le monde n'est par Charlemagne. Nous ne nous sommes jamais redressés depuis.
Le régionalisme en soi ne résout rien
Consistant à mettre les intérêts de la région au-dessus de tout, cette position exprime une triple erreur :
Si l’hyper-attachement à une région pouvait se comprendre dans le cadre du romantisme propre aux années 1960, cette naïveté sympathique n’a plus aujourd'hui de cadre général idéologique comme référence et est déconnectée des évolutions de l’Europe et du monde.
L’esprit concurrentiel entre territoires était adapté à une planète dans laquelle l’Europe et la France comptaient infiniment plus qu’aujourd’hui. Il n’en est plus rien : la France c’est autour de 1% de la planète, en population comme en poids économique, et l’Europe a fort à faire du fait de l’apparition, en plus de la Russie et des Etats-Unis, d’un quatrième lieu de pouvoir et de puissance : la Chine.
L'anti-parisianisme n’a pas de sens dans une Europe qui doit au contraire s’unir plus et plus vite, et dont la culture et la civilisation sont communes. A ce titre, le choix par les Flamands de Belgique, comme hymne national, du Vlaamse Leeuw, chanté le jour anniversaire de leur victoire des Éperons d’Or contre la cavalerie française, est dépassé et déplacé. La Flandre a brillé par tellement d’autres feux, en quantité comme en qualité, qu’il ne serait pas difficile de revendiquer une autre date-anniversaire, tirée de nos exploits pendant la Renaissance, ou auparavant dans la fondation de la France par les Francs, ou ensuite au cours du Siècle d’Or. Il est aussi stupide de revendiquer une rupture vis-à-vis de la France qu’il fut stupide, de la part de la France de Louis XIV, d’avoir brisé nos liens philosophiques, linguistiques, commerciaux, avec l’ensemble des 17 Provinces des Pays-Bas.
Comment poursuivre l'héritage de Pierre Mauroy ? La piste du développement territorial eurorégional
Revendiquer une fierté territoriale, historique, populaire, culturelle. Nous permettant d’exploiter à la fois notre histoire marchande, flamande et néerlandaise, ET notre lien avec la France. C’est ce que Pierre Mauroy — le seul géant politique du Nord de la France depuis l'Archiduchesse Isabelle — avait parfaitement compris, et commencé à réaliser au cours des années 1990, soutenu par les entrepreneurs, derrière Bruno Bonduelle. La construction, très engagée, d’une Aire métropolitaine européenne entre Lille, Courtrai (Kortrijk) et Tournai, LKT, montrait le chemin et reste le véritable et profond testament de Pierre Mauroy.
Comment s'inspirer des leçons et actions de Jean-Pierre Guillon et Bruno Bonduelle dans les années 1990 à 2010 ?
Seule l'intelligence synergique des organisations génère le développement territorial. L'exemple reste Entreprises et Cités, une institution de développement croisé inter-organisations, générant de l'excellence territoriale. Qui se définit ainsi : "Véritable hub où se côtoient les acteurs économiques, institutionnels, décideurs, politiques, leaders d’opinion". Époque bénie pour le développement régional — qui avait débuté avec le Préfet Chadeau dans les années 1970 —, les années 1990 à 2010 seront marquées par ce trio :
Pierre Mauroy : le développement euro-régional du Nord de la France,
Jean-Pierre Guillon (Entreprises et Cités) : l'intelligence du croisement des organisations au service de l'excellence,
Bruno Bonduelle (Comité Grand Lille) : la foi et la vision territoriales.
Depuis il nous manque cruellement une représentation — économique comme politique, sur les plans régional comme lillois —, de la même qualité.
Que proposer au niveau régional, à partir des éléments ci-dessus ? 9 projets ou outils pour sortir de l'immobilisme
Voici 9 outils ou projets qui sortiraient le Nord de France de son relatif immobilisme des dernières années.
Ré-armer un Comité Grands Nords
Pour reprendre le flambeau du Comité Grand Lille des années 1990 et 2000, créé à l'initiative de Jean-Pierre Guillon et animé par Bruno Bonduelle et Maxence Brachet. Avec pour mission d’intégrer informellement la région Hauts-de-France, la Flandre, Bruxelles, la Wallonie. “Changer d’Aire”, afin de bénéficier à la fois de l’organisation et des structures de la France et d’une réouverture des lignes-forces d’une région de circulation et d’échanges, issue de la Renaissance. Il s’agit de nous mettre en situation de travailler en lien avec Bruxelles/Anvers (Antwerpen) et de profiter de la présence des 4 méga-attracteurs proches — Londres, la Randstad Holland (Amsterdam, Rotterdam, La Haye-Den Haag, Utrecht), la Ruhr, Paris — :
Lui donner un nom symbolique de personnage, qui agrège l’ensemble des territoires : par exemple Willem Van Rubroeck, Josquin des Prez ?
Le consacrer à soutenir des projets à vocation internationale, en s’appuyant sur des dirigeants d’entreprises, des acteurs de la culture, des représentants des pouvoirs publics, afin d’asseoir une convergence entre eux.
Promouvoir ces valeurs : esprit d’entreprise, ouverture politique, culture d’innovation, art de travailler ensemble, fierté territoriale.
Structurer et muscler les Aires métropolitaines "LKT" (Lille-Kortrijk-Tournai) et Côte d’Opale / West-Vlaanderen
En insérant activement dans cette dernière le Tunnel sous la Manche, le plus grand chantier de l’histoire de l’humanité, constamment ignoré par les leaders régionaux malgré un management d’une qualité exceptionnelle. Mettre ces Aires métropolitaines en lien avec Bruxelles pour LKT, et avec Anvers (Antwerpen) pour la Côte d'Opale.
Culture : offre muséale, patrimoine industriel
L'engagement de la culture dans le développement régional peut prendre 2 formes :
Définir une offre muséale commune : notre offre muséale doit être visible de l’extérieur de la région comme en interne. Sur l'exemple de Bruges (Brugge) et d'Amsterdam. Cf. l'article ci-dessus "MUSEA : ANTWERPEN, AMSTERDAM, BRUGGE, BRUSSEL".
Mettre en valeur le patrimoine architectural industriel : promouvoir une mise en valeur, une réhabilitation, une re-qualification conscientes du patrimoine architectural industriel.
Structurer des réseaux d’entrepreneurs, de Boulogne à Bruges et d’Arras à Bruxelles
Croiser les réseaux d'entrepreneurs :
du Nord de la France : MEDEF, CGPME, Clubs professionnels, Fédérations de commerçants, Clubs de zone d’activité, clubs de management,
de la Flandre belge — VOKA, UNIZO, VVB, APZI — et de Wallonie et Bruxelles.
Objectif... 100 services aux entreprises, actrices du développement :
Monter un club des grandes entreprises, les + de 1000, pour croiser les compétences industrielles.
Fonder un club ressources humaines des + de 100, pour attirer les compétences et les cadres.
Lancer un club industrie manufacturière, pour rapprocher entreprises, fournisseurs, partenaires.
Relier les compétences des opérateurs du micro-crédit et du crédit aux TPE.
Constituer des annuaires internet d’entreprises, avec des clés d’entrée géographique, par secteur, par métier, par taille.
S'intégrer dans une façade maritime "Manche Mer du Nord"
Cf. l'article précédent : "PROJET CÔTE D'OPALE".
Construire la 3e gare TGV, près de l’aéroport de Lesquin
Refusée par la Maire de Lille successeur de Pierre Mauroy, soumise à une vision lilloise étriquée, le transfert de la gare TGV de Lille à Lesquin s’appuie sur un constat, exprimé par Bruno Bonduelle dans La Voix du Nord du 3 février 2009, à l’occasion de la parution de son livre XXLille : “En poids économique, le Grand Lille équivaut à Barcelone. L'aéroport de Lille doit être développé. Aujourd'hui, si l'Eurostar vers Londres passe sans détour dans Lille, le Thalys vers Bruxelles perd 25 minutes en rebroussant chemin à Lille-Europe. Il faut capter les TGV reliant Paris à Cologne, Amsterdam et Bruxelles. C'est stratégique. Car Paris a le projet de développer un pôle tertiaire géant dans le quartier de la gare du Nord, justement aux points d'arrivée des Eurostar, Thalys, TGV Est et du futur CDG Express vers Roissy. Et Bruxelles prépare un projet du même type.” Il précise : “La population de Lille ne représente que 20 % de celle de sa communauté urbaine, contre 40 % à Lyon et 80 % à Marseille.”
Initier la construction d’un RER euro-régional
Le 22 avril 2025 Bruno Bonduelle, visionnaire, écrit, dans le cadre du débat public pour le projet REGL (Réseau Express Grand Lille) : "Il faudra construire une nouvelle gare TGV au Sud de Lille, à horizon 2020/2025. Elle permettra aux compagnies européennes, telles Deutsche Bahn, Trenitalia, Renfe, qui se rendent dans les villes rhénanes, d'éviter le détour par Lille-Europe qui occasionne une perte de 25 minutes. Ce Hub ferroviaire permettra les correspondances entre toutes ces LGV européennes, ce qui est impossible dans la gare actuelle qu'on ne peut techniquement pas agrandir. Il est très important de préparer l'avenir à dix ans en situant cette gare TGV à une jonction avec la ligne REGL." Depuis ? Rien. Ce projet doit être relancé, en l'enrichissant par un une notion de RER euro-régional, et non seulement métropolitain lillois. En s'appuyant sur les infrastructures ferroviaires existantes entre Lille, Courtrai (Kortrijk), Tournai.
Mettre sur pied un plan 3 langues
Anglais, néerlandais, français. Pour exploiter la réalité d’un environnement humain et économique trilingue.
Promouvoir l'intelligence et l'action économiques
Par 2 outils :
Bénéficier d’une agence d’Intelligence économique collective.
Créer un magazine d’information consacré à l'ensemble de ces activités.



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