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RETROUVER LA PROXIMITÉ

  • Dominique Neirynck
  • 17 janv.
  • 6 min de lecture

Dernière mise à jour : 10 août

Documents 15

Et le girondisme de Nicolas de Condorcet ?



Recréer du pouvoir d’achat pour la classe moyenne : "dés-imposer" la France, en réduisant le train de vie de l’Etat et des élus politiques, en requalifiant la présence du secteur public

La haine des politiques, de leur train de vie, mais aussi du train de vie de l’Etat (au minimum mal déployé), est une raison fondatrice, un ciment des événements de fin 2018 - début 2019. Et ce qui s’exprime particulièrement c’est le rejet de la classe politique et de ses privilèges financiers et sociaux. Bien supérieure à une opposition pauvres/riches, il s’agit d’une haine envers les élus politiques qui vient sous-tendre le mouvement, même si c’est de manière épidermique. Après tout, on peut poser la question et en débattre : pourquoi un élu politique est-il rémunéré comme un cadre, voire un cadre dirigeant, plutôt que comme un salarié gagnant 1 ou 2 fois le SMIC ? Les médias sont rejetés également, parce qu’ils apparaissent comme complices des élus politiques. Les élus politiques sont pointés du doigt comme ne donnant pas l’exemple, en matière d’austérité. Leur attitude est ressentie comme non solidaire.


Alléger l’Etat par un véritable Acte II de la décentralisation, à la fois pour financer le projet et pour nourrir la réforme de l’Etat et le rapprocher des citoyens

Albert Einstein : "On ne résout pas un problème avec les modes de pensée qui l'ont engendré". C'est ce principe qui sous-tend les 4 propositions qui suivent.

  • La pression fiscale est l’un des reproches majeurs exprimés par les manifestants de fin 2018 - début 2019, avec l’absence de proximité des administrations et des fonctionnaires. Car l’un des leviers de blocage de la France après des années de présidence d’Emmanuel Macron reste l’absence, chez ce dernier, de culture de décentralisation et sa difficulté à envisager la réforme de l’Etat. Toute une société est bloquée sur ce concept de train de vie de l’Etat. Jusqu’au vocabulaire : lorsque la Cour de Comptes alerte, en juin 2019, sur la compensation incertaine des baisses d’impôts et des dépenses nouvelles annoncées au cours du 1er semestre 2019, Le Monde titre… "Les baisses d’impôts devraient alourdir le déficit de la France en 2020" ! Non ! Ce ne sont pas les baisses d’impôts qui sont en cause, mais bien l'aggravation de la dépense publique. La France a un problème conceptuel de vases communicants, entre les charges et les produits… Quand on manque d’argent public, on n’a pas le réflexe de faire des économies pour dépenser moins, on a le réflexe de renforcer ou d’ajouter des impôts.

  • Des chiffres : la fonction publique d’Etat en France ce sont 2,5 millions de fonctionnaires d’Etat, dont 1 million pour l’Education Nationale (sans compter 0,8 million dans la fonction hospitalière et 2 millions et demi dans la fonction publique territoriale). 2,5 millions de fonctionnaires d’Etat en France et 2 millions de fonctionnaires fédéraux aux Etats-Unis… cherchez l’erreur. Vincent Jauvert, journaliste auteur de Les Intouchables d'Etat, rappelle que la rémunération des 600 fonctionnaires nommés en Conseil des Ministres est secrète ! Conséquence : "ces gens-là, que l’on appelle parfois la noblesse d’État, ne considèrent pas qu’ils doivent rendre des comptes aux citoyens".

  • Séquence mémoire : Pierre Mauroy, en 1982, lance l’Acte I de la décentralisation, structurée sur les régions. Cette 1re décentralisation confie malheureusement, sur la plupart des sujets non régaliens, les mêmes compétences à l’Etat et à la Région (avec un très net avantage financier à l’Etat). Avec pour conséquence, tout de même, de mettre les 2 interlocuteurs autour de la table pour travailler ensemble, dans le cadre des CPER (contrats de plan Etat-Région, hexannuels). Une décentralisation régionale aboutie, Acte II de la décentralisation, permettrait, à la fois, d’être plus proche des gens et de leurs préoccupations (par un redéploiement qualitatif reconstruisant de la proximité) et de différencier et spécialiser les politiques menées par l’Etat de celles menées par les Régions. Regrouper encore les Régions pour en obtenir entre 5 et 10, avec des compétences qui leur sont spécifiques et ne sont donc plus détenues par l’Etat central, peut être le pivot central de la réforme à venir de l’Etat (tant annoncée, jamais entamée), en détachant un grand nombre de fonctionnaires d’Etat dans les Régions. Tout en gelant toutes les embauches. Cela génèrerait 2 conséquences à la clef : d’une part éviter bien des conflits nationaux globalisés qui mettent le Président de la République et le Gouvernement en permanence en première ligne ; d’autre part demander aux collectivités locales, en échange, de participer fortement à la réduction du train de vie de la sphère publique.

  • Valoriser le phénomène métropolitain. Les 4 fractures françaises actuelles — économique, catégorielle, comportementale et culturelle, sociétale — s’expriment par le fait métropolitain. Je conclus un article sur la métropolisation par ce constat : "La métropolisation, immense chance et caractéristique essentielle des décennies 1950 à 2020, est ressentie négativement par les laissés pour compte. (...) Le défi aujourd’hui est : comment briser le cercle vicieux de cette évolution puissante : développement métropolitain / concentration des investissements, richesses, activités à forte valeur ajoutée / renforcement du poids économique, politique, culturel / regroupement des CSP supérieures ? Avec pour corollaire : délaissement des villes moyennes et de la ruralité / sous-développement et récession / sentiment de délaissement et enracinement de l’extrême-droite. Un continent, un pays, ne peuvent tenir durablement en opposant ainsi de manière croissante ses territoires internes et ses populations." Une régionalisation renforcée, dynamique, centrée sur les métropoles, est la réponse incontournable à cette dérive. En leur temps, le Préfet de Région Chadeau et Pierre Mauroy n’ont-ils pas, en parlant de Lille, popularisé l’expression "métropole d’équilibre" ?


Relire le Girondin Nicolas de Condorcet

La permanence du verticalisme chez Macron, son jacobinisme centralisateur sont des accélérateurs et renforceurs puissants de la crise de fin 2018 - début 2019. Car ce verticalisme génère en réponse le pouvoir des foules, cache sous le tapis les solutions écologiques, s’entête en faveur de l’immigration, contre la volonté très majoritaire :

  • Quand on s’occupe de tout, quand on endosse tout, quand on explique tout, quand on maîtrise tout, on se prend toutes les claques. L’absence d’intermédiaires et l’absence de représentants imposent la confrontation directe entre un pouvoir et une foule (foule qui prétend être le peuple) et génèrent l'ochlocratie (le pouvoir des foules) en réponse. Comme professait en 1re leçon Gérard Mulliez, fondateur d'Auchan, aux cadres de l'entreprise qui suivaient l'école interne : "C'est toujours la balle qu'on envoie qui vous revient". Renforcer le caractère présidentiel de l’Etat n’est pas antinomique avec, d’une part, la simplicité, la modestie, l’humilité et, d’autre part, le lancement d’un Acte II de la décentralisation (qui structurera un fort recul de la sphère publique dans son ensemble) et le renforcement de l’Europe (mais sur des bases différentes). Voilà qui nourrirait une véritable modernisation des institutions.

  • Il en est de même de l’écologie : la priorité au nucléaire arrogant doit céder la place à la priorité aux éoliennes réalistes, avant qu’un Fukushima nous touche. En janvier 2020, le Conseil constitutionnel français affiche la "valeur constitutionnelle" de la protection de l’environnement. Ceci peut aller jusqu’à limiter la liberté d’entreprendre : l’exportation des pesticides interdits en Europe et produits en France est interdite vers le reste du monde ; en conséquence leur production est de facto interdite. A quand le tour du nucléaire ? Le Royaume-Uni installe à marche forcée la production d’électricité par éoliennes. En 2020 on est à près de 10000 MW installés : plus de 2 fois la centrale nucléaire de Gravelines. Avec une projection, pour 2030, d’1/3 de l’électricité produite par des éoliennes. Pourquoi l’éolien, offshore ou dans les terres, n’est-il pas une industrie en France ?

  • Il en est de même de l’immigration : on ne peut aller contre la volonté très majoritaire de la réduire. Il faut se souvenir de la formule des formations d’entreprise à la vente pendant les 30 Glorieuses : "Le client a raison, même s’il a tort. Surtout s’il a tort". Remplaçons client par citoyen et ça se passera mieux. Les récents replis de société (élection de Donald Trump, Brexit par exemple) sont d’abord motivés, presque exclusivement, dans la population, par le seul refus de l’immigration. En n’écoutant pas les gens sur ce seul point, même si on pense qu'ils ont "tort", on permet au populisme tout entier de progresser. Alors qu’en réalité les peuples ne remettent pas en cause le progressisme dans son ensemble (beaucoup s’en faut), mais la seule politique d’ouverture migratoire, jugée outrancière.

Et il faut relire le Girondin Nicolas de Condorcet, l’écrivain des Lumières, le réformateur du système pénal, le champion de l’école gratuite et obligatoire, l’initiateur de la statistique, de la liberté de la presse, du droit d’auteur.


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